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Vijaya Teelock, au nom de l?histoire
Après avoir parcouru les couloirs du campus universitaire mauricien, on finit par pénétrer dans l?antre de l?historienne tant réputée qu?est Vijaya Teelock. Un petit bureau sans prétention, de la paperasserie amassée ça et là et derrière, un petit bout de femme, aux cheveux quelque peu ébouriffés, nous accueille avec un sourire sincère. Responsable du département d?histoire à l?université de Maurice, Vijaya Teelock est avant tout une passionnée. L?histoire de l?Afrique, plus particulièrement celle des esclaves et l?histoire moderne de l?Inde dans laquelle elle se sent très impliquée sont, si on peut dire, ses « dadas ».
Si ce qui s?est passé sur la grande Péninsule l?intéresse tant, c?est en raison de l?implication directe de sa famille.
« Mon grand-père maternel faisait partie de l?Indian National Army, il était sous les ordres de Subash Bose qui était le chef de l?armée indienne. Ils se sont battus au Japon pour l?indépendance de l?Inde. Je possède plusieurs archives concernant cette période grâce à mon grand-père, c?est pour cette raison que je m?y intéresse de si près », raconte-t-elle. Mais s?il y a quelque chose qui prime, c?est bien l?histoire qu?elle enseigne, celle de son île Maurice.
Selon elle, chercher à comprendre l?histoire de son pays c?est avant tout une quête d?identité. « Il est important pour chaque individu de savoir d?où il vient et qui il est. Il pourra comprendre cela en commençant par l?histoire de ses ancêtres, de sa famille. Pour une nation, c?est la même chose. Savoir comment notre pays s?est construit, d?où vient la population, nous permet de comprendre davantage qui on est. »
C?est d?ailleurs de cette manière qu?elle introduit ses étudiants au cours d?histoire. Avant de commencer à connaître l?histoire de leur pays, ils font des travaux de recherche sur l?origine de leur famille.
Portant un regard très lucide sur la société, Vijaya Teelock croit en cette nation mauricienne et déplore le fait que les intellectuels aient toujours trouvé des points de séparation entre eux alors qu?il y a tellement de points de ralliement. « On parle beaucoup des différences d?ethnie, de communauté, mais on oublie souvent que ce sont ces mêmes différences qui font de Maurice une nation multiculturelle si riche ! »
Professeur d?université hors pair, Vijaya Teelock a débuté sa carrière en tant qu?enseignante d?histoire et de « Social Studies » dans le secondaire, à la suite de ses études d?histoire en Angleterre.
Après quelques années, elle repart, cette fois pour New York où elle termine sa maîtrise à l?université de Columbia. Elle y fait aussi la connaissance de son époux. Elle décide ensuite de repartir pour l?Angleterre et entame un doctorat. Après son mariage aux États-Unis, elle revient à Maurice et met au monde son premier enfant. Le deuxième suivra quelques années plus tard. C?est alors qu?elle décide de rester à Maurice et d?intégrer l?université où elle devient vite responsable du département d?histoire.
Femme de tête et d?ambition
Son parcours l?amène naturellement à s?intéresser aux sites importants qui retracent notre passé, entre autres l?Aapravasi Ghat, ce site qui commémore l?arrivée des travailleurs immigrés à Maurice et auquel maintenant le nom de Vijaya Teelok est étroitement associé. Présidente de l?Aapravasi Ghat Trust Fund, elle travaille à un projet d?envergure, qui est de classer ce site au patrimoine mondial de l?Unesco. « Cette idée est venue de l?ancien Premier ministre Aneerood Jugnauth. C?est lors de sa rencontre avec le directeur général de l?Unesco, Koichiro Matsura, que l?idée du projet est née. »
À partir de là, des experts sont venus à Maurice pour visiter le site qui devait répondre à certains critères. Tout d?abord l?authenticité. Le site devait refléter l?époque au niveau de son architecture. Ensuite, il fallait que les experts puissent constater l?existence de documents prouvant ce qui s?est passé à cette période.
Il était aussi nécessaire de pouvoir juger si Maurice avait la capacité de gérer un site de cette envergure. C?est à ce moment que les recherches ont débuté. Tous les efforts ont été mis en ?uvre et un dossier complet a été présenté à l?Unesco.
Un comité spécial, le World Heritage Committee, se réunira en juillet de cette année en Lithuanie pour la décision finale. Une délégation mauricienne désignée par le gouvernement s?y rendra pour défendre notre cause. L?obtention de cette reconnaissance internationale sera synonyme d?une grande victoire pour Vijaya Teelock. « C?est la première fois que l?on fait une telle démarche à Maurice. Je pense qu?on a de bonnes chances de réussir et même si ce n?est pas le cas, cette expérience aura été pour moi très enrichissante. »
Femme de tête et d?ambition, Vijaya Teelock souhaite avant tout continuer dans la voie qu?elle s?est tracée, tout en arrivant à remplir aussi bien son deuxième rôle qui lui tient à c?ur, celui de mère.
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