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Méthadone

Plus de Rs 116 millions et des failles dans la distribution

12 septembre 2026, 13:00

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Plus de Rs 116 millions et des failles dans la distribution

Traitement de substitution censé éloigner les patients de l’héroïne, la méthadone fait aujourd’hui l’objet de soupçons de trafic parallèle.

Un document déposé à l’Assemblée nationale le 1ᵉʳ septembre, en réponse à une question parlementaire, révèle l’ampleur du programme de méthadone à Maurice. Entre juillet 2021 et juin 2026, 149 385 litres de ce traitement de substitution ont été procurés, pour un coût total de plus de Rs 116 millions. Un chiffre qui, sur le terrain, se heurte aux mises en garde des travailleurs sociaux dénonçant un système de distribution défaillant, propice au détournement.

Lors de cette séance parlementaire, le ministre de la Santé, Anil Bachoo, a indiqué qu’au 10 juillet 2026, 8 118 personnes étaient inscrites au programme de thérapie de substitution à la méthadone – 7 675 hommes et 443 femmes –, recevant leur dose quotidienne à travers 70 points de dispensation, dont quatre situés en milieu carcéral. La répartition par tranche d’âge montre une nette concentration chez les adultes d’âge moyen : 44,9 % des bénéficiaires ont entre 35 et 49 ans, suivis des 25-34 ans (33,5 %), des 50-64 ans (16,5 %), des 18-24 ans (2,8 %) et des plus de 65 ans (2,3 %).

Les points de dispensation sont répartis comme suit : 15 à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo, Port-Louis, 12 au sir Seewoosagur Ramgoolam National Hospital, Pamplemousses, dix à celui de Jawaharlal Nehru, Rose-Belle, neuf à l’hôpital Victoria, Candos, huit au Brown-Séquard Mental Health Care Centre, huit à l’hôpital sir Anerood Jugnauth, Flacq, trois à celui de Mahébourg, un au Dr Yves Cantin Community Hospital, Grande-Rivière-Noire, et quatre autres sites en milieu carcéral.

Express.mu (620 x 330) (7) Des patients attendant la distribution de méthadone de l’hôpital Dr A. G. Jeetoo, en 2011.

Pour Ally Lazer, travailleur social bénévole depuis 40 ans dans la lutte contre la toxicomanie et responsable d’un centre de traitement, l’ampleur des chiffres cache des failles structurelles dans la distribution. «Combien de jeunes qui n’ont jamais pris de l’héroïne achètent de la méthadone ?», s’interroge-t-il, affirmant avoir déjà accompagné des journalistes internationaux sur le terrain pour documenter ce qu’il décrit comme un système parallèle : d’un côté la distribution officielle quotidienne, de l’autre, une revente informelle. Il plaide pour un encadrement plus strict de la prise du médicament, avec la présence systématique d’un policier et l’administration directe de la dose par un infirmier, afin d’éviter que des fioles ne quittent les centres. «Il y a même eu des cas où des enfants ont bu de la méthadone ramenée à la maison par des proches et en sont morts», rappelle-t-il, évoquant un produit qu’il assimile, dans ses effets, à l’héroïne elle-même.

Le travailleur social revient aussi sur le combat mené pour l’accès des femmes au programme, longtemps refusé, tout en soulignant une tendance à la féminisation et au rajeunissement de la consommation de drogue dans le pays. Il appelle les parents à davantage de vigilance : «Veillez sur vos enfants. Devenez leurs amis. Découvrez leurs fréquentations.»

Des lacunes déjà identifiées

Le cas de Gulshan Govind, qui se serait procuré une dose de méthadone sans figurer sur le registre officiel des bénéficiaires, a mis en lumière les failles du système de contrôle. Les protocoles prévoient pourtant que chaque bénéficiaire consomme sa dose sur place, sous supervision, avant que la fiole vide ne soit détruite. Une enquête menée par une équipe du ministère de la Santé dans la région de l’Ouest, dès novembre dernier, aurait mis au jour plusieurs lacunes dans la chaîne de distribution, susceptibles de contrevenir à la Pharmacy Act et à la Dangerous Drugs Act. Plus de dix mois après, le dossier n’aurait toujours pas connu de suite.

Des dysfonctionnements auraient également été signalés en milieu carcéral ainsi qu’une disparition de stock dans un poste de police, sans qu’aucune conclusion officielle n’ait été communiquée à ce jour. Pour un fonctionnaire au ministère de la Santé, le problème ne se limite pas au stockage : le mode de dispensation mériterait d’être révisé alors que son collègue pense que le dosage doit être revu et ajusté au cas par cas.

Dans un autre registre, le rapport consacré à la réforme de la politique nationale sur le cannabis a été remis au Premier ministre, Navin Ramgoolam, le mercredi 9 septembre, par le Chief Executive Officer de la National Agency for Drug Control, Kunal Naik, et la présidente de l’organisme, Nadia Peerun. Fruit d’un travail multidisciplinaire et de plus de 1 800 contributions recueillies auprès du public et des parties prenantes, le document sera examiné par la National Drug Control Commission, présidée par Navin Ramgoolam, avant d’être soumis au Conseil des ministres.

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Des volumes en forte hausse

Selon les chiffres déposés au Parlement, la quantité de méthadone procurée a connu une progression marquée sur la période sous revue :

image (3)

Le document précise que deux consignments supplémentaires de dix litres chacun sont attendus en septembre et décembre 2026. À ce jour, 17 600 litres sont stockés à la Central Supplies Division, ce qui signifie que 111 785 litres ont déjà été distribués aux structures de santé du pays au cours des cinq dernières années.

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La Réunion : Les entreprises se mobilisent contre les drogues

Environ 480 personnes ont assisté lundi soir à un séminaire organisé au siège du Crédit Agricole à Saint-Denis, La Réunion, à l’initiative du club Les entreprises s’engagent et de l’État. Cette rencontre s’inscrit dans la «grande cause régionale» décrétée par la préfecture pour lutter contre la progression des drogues sur l’île, notamment la cocaïne et le «dou» (une drogue de synthèse), qui supplantent désormais le «zamal» traditionnel. Le préfet Patrice Latron a salué une prise de conscience du monde économique, tout en précisant les rôles de chacun : à l’État la répression, aux entreprises la prévention et l’accompagnement des salariés. La procureure de Saint-Denis a évoqué un «point de bascule» dans la situation régionale.

Les intervenants ont également insisté sur les risques juridiques encourus par les dirigeants, en particulier dans des secteurs comme la construction où la consommation de substances par un salarié peut engager la responsabilité pénale de l’employeur. Plusieurs cheffes et chefs d’entreprise ont témoigné des difficultés rencontrées pour agir, notamment face au «dou», indétectable par les tests salivaires classiques.

Des outils sont désormais proposés aux entreprises volontaires : kits de communication, plateforme de prévention en ligne et charte d’engagement avec accompagnement personnalisé.

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