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Bérenger et le MMM
Qui héritera de l’histoire ?
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Bérenger et le MMM
Qui héritera de l’histoire ?
Qui l’aurait cru ? Le Mouvement militant mauricien (MMM) s’apprête à célébrer ses 57 ans sans Paul Bérenger. Et voilà le paradoxe : ceux qui doivent désormais raconter l’histoire des Mauves sont précisément ceux qui ont choisi de rester dans la maison après le départ de celui qui en fut, pendant plus d’un demi-siècle, le personnage central. Rajesh Bhagwan, Arianne Navarre-Marie, Ajay Gunness, Reza Uteem, Aadil Ameer Meea, Deven Nagalingum, Veda Baloomoody et les autres Mauves portent désormais une responsabilité historique : faire vivre un parti dont l’identité s’est longtemps confondue avec celle de son leader.
Mais une question demeure : peut-on vraiment tourner la page Bérenger sans réécrire l’histoire du MMM ? Le leader était devenu, au fil des décennies, l’incarnation du mouvement. La succession n’était plus une simple question politique. Elle était devenue existentielle. Le MMM pouvait-il survivre à Bérenger ? Nous avons désormais un début de réponse en 2026 : oui.
Mais quel MMM ? L’histoire ne s’est pas arrêtée. Elle s’est scindée. D’un côté, ceux qui sont restés dans la maison mauve revendiquent l’héritage. Rajesh Bhagwan parle d’une nouvelle étape de l’histoire du MMM «post-Paul Bérenger», tout en affirmant qu’il ne faut pas effacer le passé. Le parti réorganise ses structures, remobilise ses militants et prépare son rassemblement du 27 septembre.
De l’autre, Bérenger tourne la page mauve – du moins officiellement – et tente de reconstruire un espace politique autour de lui. Et là, le paradoxe devient presque cruel. Celui qui fut longtemps le gardien de l’identité du MMM s’entoure aujourd’hui de Rama Valayden, adversaire historique des Mauves au n°19, et de Neelkanth Dulloo, ancien Travailliste, qui sont bons pour labourer le terrain mais avec une culture politique autre. Bérenger conserve aussi suffisamment d’influence pour contribuer à redessiner l’opposition parlementaire, avec Chetan Baboolall à sa tête et Joanna Bérenger comme Whip.
Le MMM célèbre donc son histoire sans Bérenger, tandis que Bérenger prépare son avenir avec des hommes qui ne sont pas toujours issus de l’histoire mauve.
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Le divorce de 2026 était programmé depuis des lustres. La liste des ex-MMM est une longue litanie de fidélités brisées, de désillusions, de blessures et de destins politiques contrariés. Derrière chaque départ, chaque scission, chaque nouvelle formation ou groupuscule, il y a eu des hommes et des femmes qui, à un moment donné, ont estimé, ou qui estiment encore, que le mouvement qu’ils avaient servi ne leur appartenait plus – ou qu’ils n’y avaient plus leur place. Le paradoxe est que le MMM, mouvement collectif par définition, a souvent raconté ses ruptures à travers des affrontements de personnes. Au début des années 1990, la crise/de l’Estrac, les batailles judiciaires autour des symboles, des couleurs et de la légitimité, puis la création du Renouveau militant mauricien n’étaient pas de simples querelles de procédure. Elles posaient déjà la question fondamentale : à qui appartient l’âme du MMM ? Les années passent et la même interrogation perdure : qui parle au nom du mouvement ? Qui en incarne la légitimité ? Qui en est l’héritier ?
En 2018-2019, nouvelle alerte. Après neuf défaites électorales consécutives, le parti aurait pu ouvrir un véritable débat sur son avenir. Il choisit la discipline contre les voix dissidentes. Motions de blâme. Tentative de contenir la contestation. Le Bureau politique suspendu en pleine réunion. Puis vint la question dynastique. La présence de Joanna Bérenger, de Frédéric Curé et de Dany Perrier sur la liste électorale alimenta chez certains militants le sentiment que l’accès aux candidatures et à la succession devenait familial, relationnel, fermé.
Le problème n’était pas seulement celui du népotisme. C’était celui de la perception. Un parti qui avait construit une partie de sa légende sur la lutte contre les dynasties pouvait-il donner le sentiment de reproduire les mécanismes qu’il dénonçait chez les autres ?
Au moins trois conditions historiques de la fracture mauve étaient réunies avant la dernière alliance électorale avec Navin Ramgoolam : centralisation du leadership, étouffement du dissentiment organisé et écart croissant entre les idéaux proclamés et certaines pratiques.
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Pour nombre de militants que nous rencontrons, l’héritage mauve n’est plus nécessairement une histoire à prolonger. Il peut devenir une mémoire dont ils ont le sentiment que les clés sont détenues par des cliques. Et c’est peutêtre là le véritable danger pour le MMM. Pas le départ de Bérenger. L’incapacité à devenir autre chose que le parti qui a vécu autour de Bérenger. Bérenger, de son côté, semble porter une autre lecture de l’histoire : celle d’un mouvement dont certains responsables auraient préféré le maroquin ministériel à la fidélité aux camarades et aux principes fondateurs.
Entre ces deux récits, les militants devront trancher. Que veulent-ils sauver ? Un nom ? Une couleur ? Une mémoire ? Ou des principes ? La véritable rupture avec le passé ne se mesurera donc ni au nombre de congrès ni aux nouveaux arrangements parlementaires ni à la capacité de remplir une salle. Elle se mesurera à la transparence financière, à la publication des comptes audités, à une véritable organisation de la succession politique.
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