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18ᵉ sommet des BRICS
Le nouvel ordre économique qui interpelle Maurice
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18ᵉ sommet des BRICS
Le nouvel ordre économique qui interpelle Maurice
Le 18ᵉ sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), qui s’ouvre aujourd’hui à New Delhi sous la présidence de l’Inde, marque un tournant géopolitique majeur. Placé sous le thème central de «la résilience et la coopération du Sud global», cet événement réunit désormais dix pays membres à pleine adhésion, soit les cinq pays fondateurs historiques susmentionnés ainsi que les cinq nations issues de sa récente phase d’élargissement, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.
Le bloc élargi se rassemble dans un climat international lourd, dominé par les conflits au Moyen-Orient et la guerre en Ukraine, avec un objectif clair : tester sa capacité de consensus et consolider des alternatives face aux institutions dominées par l’Occident.
Au-delà de sa portée diplomatique, l’importance de ce sommet s’explique par le poids macroéconomique colossal que représente désormais cette alliance. L’élargissement des BRICS a profondément modifié l’équilibre des forces financières internationales. Aujourd’hui, le bloc réunit près de 45 % de la population mondiale et pèse environ 36 % du produit intérieur brut (PIB) mondial. Cette force de frappe surpasse nettement celle du G7, qui se situe autour de 29 % du PIB global. À eux seuls, les pays membres génèrent plus de la moitié de la croissance économique mondiale et réunissent les plus grands producteurs ainsi que les plus grands consommateurs d’énergie de la planète, notamment grâce à la présence conjointe de la Chine, de l’Inde, de la Russie, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis.
Sur le plan diplomatique, le Premier ministre indien, Narendra Modi, orchestre un ballet de haut niveau, marqué par la présence du président russe, Vladimir Poutine, et celle du président chinois, Xi Jinping. Il s’agit d’ailleurs de la première visite de ce dernier en Inde depuis 2019. Ce déplacement officialise une normalisation progressive et cruciale entre les deux géants asiatiques, dont les relations étaient profondément gelées depuis les affrontements militaires meurtriers de 2020 sur leur frontière disputée de l’Himalaya. En choisissant le cadre des BRICS pour sceller ce rapprochement, l’Inde et la Chine entendent démontrer que l’intérêt supérieur du Sud global surpasse les rivalités bilatérales.
Triple défi stratégique pour Maurice
Si les BRICS sont composés de superpuissances et de géants démographiques, leur puissance économique a un impact direct et profond sur de petites économies insulaires ouvertes comme Maurice. Pour l’île, l’affirmation de ce bloc représente trois enjeux stratégiques majeurs.
D’abord, la diversification des partenariats et des investissements : Maurice a historiquement construit sa prospérité sur ses liens avec l’Europe et les États-Unis. Toutefois, face à la stagnation économique européenne, les BRICS, en particulier l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, constituent désormais des moteurs de croissance incontournables. L’accès à de nouveaux capitaux et le financement d’infrastructures d’envergure dépendent de plus en plus des institutions liées aux BRICS, comme la Nouvelle banque de développement.
Ensuite, la sécurité d’approvisionnement et la connectivité. En intégrant des géants pétroliers comme l’Iran, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, les BRICS contrôlent une part stratégique des routes maritimes et des ressources énergétiques mondiales. Pour Maurice, qui dépend entièrement des importations pour ses carburants et ses produits de consommation, le maintien de relations diplomatiques fluides avec les membres de ce bloc est une condition sine qua non pour sécuriser ses chaînes logistiques face à la fragmentation du commerce mondial.
Enfin, l’amorce d’un processus de dédollarisation. L’un des grands chantiers des BRICS est la promotion des échanges commerciaux en monnaies locales pour réduire la dépendance au dollar américain. Pour le centre financier international de Maurice, s’adapter à l’usage croissant du yuan chinois ou de la roupie indienne dans les transactions transfrontalières en Afrique et en Asie est un impératif pour rester compétitif et attirer les flux de trésorerie de demain.
Le sommet de New Delhi démontre que les BRICS ne sont plus une simple association d’économies émergentes, mais un pôle décisionnel structuré, qui redéfinit la gouvernance mondiale. Pour Maurice, ce basculement n’impose pas de tourner le dos à ses partenaires occidentaux, mais exige une agilité diplomatique et économique accrue. Naviguer intelligemment dans l’orbite de ces dix nations est désormais indispensable pour garantir la résilience et la prospérité future de l’économie mauricienne.
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