Publicité
45ᵉ édition de l’Orchid Society Mauritius
Un amour de catleya
Par
Partager cet article
45ᵉ édition de l’Orchid Society Mauritius
Un amour de catleya
Dans À la recherche du temps perdu, Marcel Proust fait du catleya, orchidée aux fleurs spectaculaires, le symbole de l’amour entre Swann et Odette. Plus d’un siècle plus tard, la fleur n’a rien perdu de son pouvoir de séduction. A partir d’aujourd’hui au 4 octobre, elle s’épanouira avec toutes ses cousines de ce festival fleuri au Plaza, à Rose-Hill. Pour cette 45e édition, l’Orchid Society Mauritius renoue avec le format de trois jours d’avant la pandémie de Covid-19. Une trentaine d’exposants et plus de 3 000 visiteurs sont attendus. Nouveauté de cette année, le programme Orchid Ambassador, qui sera lancé dimanche, veut faire éclore l’orchidée dans de nouveaux foyers, en particulier chez les jeunes.
Elle tenait, dans le creux d’une main, cette minuscule plante, un Dendrobium que les anglophones surnomment pigeon orchid. Il y a plus de 25 ans, dans sa serre de Quatre-Bornes, le Dr Majeed Khadaroo, l’un des fondateurs de l’Orchid Society Mauritius en 1980, l’offrait à un visiteur nommé Shashi Puddoo. Aujourd’hui président de l’association, ce dernier se souvient encore des consignes qui accompagnaient le cadeau. «Il m’a dit : ‘‘prends soin de cette plante’’, et il m’a donné quelques conseils. De là est née cette passion.»
L’orchidée a ceci de particulier qu’elle essaime. Le Dr Khadaroo, aujourd’hui décédé, en a semé chez beaucoup d’autres, conseils compris. Et lorsqu’elle prend racine chez vous, elle appelle bientôt ses semblables. «On commence par acheter une, deux, trois plantes et après, ça vous prend.» La journaliste américaine Susan Orlean a donné un nom à ce mal délicieux : «la fièvre de l’orchidée». John Laroche, héros de son article Orchid Fever – paru dans le magazine The New Yorker en 1995, puis développé en livre à succès Le Voleur d’orchidées en 1998 – la connaît bien…
Tout commence souvent par un regard. Interrogé sur la manière de choisir sa première orchidée, Shashi Puddoo répond sans hésiter : «Très souvent, c’est un coup de cœur.» Comme Swann devant les catleyas d’Odette, le visiteur du Plaza pourrait bien se laisser troubler par un Phalaenopsis aperçu sur un stand ou une Vanda qui retient le regard… Mais ce premier élan n’est qu’un début.
On croit aimer l’orchidée pour ses pétales, alors que ceux qui la cultivent parlent d’autre chose. «Ce n’est pas nécessairement quand la plante donne une fleur qu’on est content. C’est surtout quand on la voit grandir, quand on voit de nouvelles feuilles, de nouvelles racines. L’émerveillement, c’est surtout ça.» La floraison finit alors par venir comme une récompense, explique Shashi Puddoo.
Ce qu’elle demande
On la dit capricieuse. Elle est surtout exigeante, et ses besoins varient d’une espèce à l’autre. L’île Maurice a beau être petite, elle compte plusieurs microclimats : toutes les orchidées ne s’acclimatent donc pas partout, en particulier au bord de la mer. La plupart des hybrides vendus dans le commerce fuient le soleil direct. Le Phalaenopsis, par exemple, s’épanouit près d’une fenêtre, à la lumière indirecte.
L’orchidée a également besoin d’air, surtout au niveau des racines, et d’un arrosage adapté à son espèce. Elle boude la pleine terre et préfère un pot garni d’un substrat qui laisse respirer ses racines. «Traditionnellement, on utilise le charbon comme un bon médium», précise Shashi Puddoo. Il conseille toutefois de ne pas tenter de l’apprivoiser seul. Internet foisonne d’informations, mais celles-ci restent générales. Mieux vaut s’adresser à un connaisseur, par exemple à un membre de l’association, qui saura mieux comprendre la plante et vous aidera bénévolement.
Reste sa réputation de fleur de luxe. «Tout ce qui est rare est cher, c’est une règle», admet Shashi Puddoo. L’orchidée s’est pourtant démocratisée et fleurit désormais jusque dans les centres commerciaux. Inutile, d’ailleurs, de l’adopter adulte et déjà en bouton : «On peut commencer par une jeune plante.» La plupart des orchidées du commerce sont des hybrides, issues de croisements destinés à produire des couleurs et des fleurs toujours plus spectaculaires.
Leurs cousines indigènes poussent, elles, à l’état sauvage dans nos forêts, qui servaient déjà de décor à Paul et Virginie. Certaines sont aujourd’hui menacées de disparition. Selon un inventaire botanique publié en 2001, Maurice en compte plus de 90. Shashi Puddoo plaide pour qu’on les laisse en paix. «Les espèces locales ne sont pas faites pour être dans nos serres. On doit les laisser dans leur habitat naturel, dans nos forêts», insiste le président de l’association.
De main en main
Pour continuer à fleurir, l’orchidée a besoin de nouvelles mains. L’Orchid Society Mauritius réunit aujourd’hui une centaine de membres, mais la relève tarde à germer. «Une bonne partie de nos membres sont des personnes d’un certain âge. Notre objectif, c’est de partager notre connaissance, notre expérience. Mais il faut avoir des membres pour le faire», reconnaît Shashi Puddoo. Son souhait : voir davantage de jeunes enfiler volontiers leurs gants de jardinage. C’est tout le sens du programme Orchid Ambassador.
Ouvert à tous, sans limite d’âge, ce programme compte déjà plus de 25 inscrits. Chacun repartira avec une orchidée, comme Shashi Puddoo autrefois. «Quand j’ai reçu une plante, je m’en suis occupé. On espère que ces personnes vont faire la même chose.» Ces passionnés en devenir pourront ensuite rejoindre l’association, qui vit toute l’année au rythme du partage d’expériences.
L’orchidée peut même nourrir celui qui la cultive. «Certains de nos membres vivent de cette activité aujourd’hui. Ils font de la culture et vendent des plantes. Peut-être pas à très grande échelle, mais c’est réaliste», assure-t-il. À ceux qui hésitent encore, le président adresse une invitation simple : «Venez voir l’Orchid Show. Venez nous rencontrer.» Quelque part, le petit Dendrobium du Dr Khadaroo continue d’essaimer ; et la prochaine graine pourrait bien tomber chez vous.
Programme
Vendredi 2 octobre
8h à 9h : Enregistrement des plantes
8h : Ouverture officielle et remise des prix
Samedi 3 octobre
10 h à 17 h : Expo-vente
11 h à 12 h : Conférence sur les orchidées indigènes de Maurice
14 h à 15 h : Initiation à la culture des orchidées
Dimanche 4 octobre
10h à 15h : Expo-vent
11h : Lancement du programme «Orchid Ambassador»
Tarifs d’entrée
Adultes : Rs 100
Enfants de 6 à 13 ans : Rs 50
Moins de 6 ans : Entrée gratuite
Publicité
Publicité
Les plus récents