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À la mode du prêt à manger

30 décembre 2006, 00:00

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Quand manger devient une fête. Les enfants ne font plus les difficiles. Ceux qui font la grimace (si ce n?est pas tout bonnement une scène) en apprenant qu?il y a des légumes au dîner : «brèdes songes», «bringelles» ou «margoze» par exemple. Mais un enfant qui n?aimerait pas la pizza ou le poulet frit portant le nom d?un état d?Amérique, vous en connaissez-vous ? Quel est l?enfant qui refusera d?accompagner ses frites de généreuses gorgées de boissons gazeuses au taux de sucre paraît-il trop élevé ?

Vive le «food court». C?est le sentiment des parents interrogés. Car que serait un centre commercial sans son espace restauration. Affronter la foule, la queue aux caisses, résister aux pressions des enfants qui pleurent, crient et supplient qu?on leur achète les babioles colorées qu?ils voient en rayons. Sans parler des chocolats et des bonbons.

Alors, pour les faire patienter, les parents promettent : «après on va aller manger...» Aux enfants de remplir le blanc. Habitants de Sainte-Croix, Gino et Marie Noëlle Ladouce sont attablés au centre commercial de Riche-Terre. «Nou pa ress tro loin, nou vini pou fer zanfan plezir.» Paradoxal. à leur table, un seul enfant. Un petiot de quelques mois. Gino ajoute : «Pou fer nou mem plezir.» Dans un mois, ils fréquentent ce lieu au minimum deux fois. «Nou pe dekouver enn bann pla ki nou pa gagn so gou dan lakaz.»

Car la ménagère, même la plus expérimentée, ne cherche pas forcément à percer la recette secrète du colonel amateur de poulet frit. Et même si certaines trouvent que «la pizza est un peu trop salée», la famille de Keshwarnane Hoolash a fait le trajet de Grand-Bois, village du sud, jusqu?au centre commercial de Trianon. Les deux caddies remplis de courses racontent l?histoire de cette famille avec deux adolescents : Vinith, 18 ans et Vinita, 13 ans. Et si leur mère est végétarienne, eux considèrent que «c?est une punition» de manger comme elle. Mille fois le fast-food. «Zordi enn lokasion», corrobore le père.

Hasard calculé aussi pour cette gentille mémé de Curepipe. Un jour après le père Noël, Gladys Pama a voulu faire un cadeau à ses deux petits enfants : Serenza et Xavier Nicola. «C?est une surprise pour eux. Ce matin, je leur ai dit qu?on viendrait manger ici.» Récompense suprême promise pour que les enfants «fer bon» le reste de l?année. Un vrai cadeau de Noël, d?autant plus que Mira Seechurn, la petite voisine est aussi de la partie.

Le «food court» attire par son côté pratique. D?abord sa proximité avec les boutiques, les supermarchés ou hypermarchés. Et même si les repas proposés sont uniformisés, en clair que c?est pratiquement la même chose (à peu de choses près) qui est servie à Riche-Terre, du côté du front de mer à Port-Louis, à Trianon ou à Phoenix, «non nou pa rans ar li». Partout du poulet frit avec des frites, de la pizza, des boulettes de viande, de poisson ou de «chouchou», des «mines» ou du riz frit. Mais personne ne s?en plaint.

<B>Pas de vaisselle comme corvée</B>

C?est si pratique. Toutes les enseignes sont réunies sous un même toit. Dans l?absolu, chaque membre de la famille peut choisir quelque chose de différent. Rien d?étonnant donc, que les mères de famille aient recours de plus en plus souvent aux «food courts».

«Moi, le week-end, je leur dis que j?ai mérité un congé, que je ne vais pas préparer le dîner. Les enfants sont grands, ils travaillent. Soit ils vont manger dehors, ils commandent et ramènent le tout à la maison», raconte Héloïse, ménagère «libérée». Petit plus non négligeable : pas de corvée de vaisselle après ces repas en général copieux. «Bann portion la plein vant zanfan», note d?ailleurs le père de Karine, six ans. Des enfants qui goûtent au plaisir du fast-food dès trois-quatre ans.

Comme les petits enfants de Afzul Auleear. Ce grand-père comblé garde ses deux petites- filles pendant que leurs parents sont en pèlerinage à La Mecque. «On essaye de faire une petite sortie tous les jours et de rentrer vers 13 heures parce que la petite dort dans l?après-midi.»

À cette allure, le «food court» est en passe de devenir l?extension du salon des Mauriciens. On y mange à son aise. Souvent avec les doigts, en «oubliant» les couverts en plastique vendus avec le repas. On arrose le tout de boissons gazeuses, en écoutant de la musique à fond la caisse.

À Phoenix par exemple, des écrans diffusent des clips d?une chaîne musicale française. Si la plupart des personnes interrogées disent que le repas au «food court» est un moment privilégié qui réunit tous les membres de la famille, ils sont nombreux ceux qui mangent les yeux rivés sur l?écran de télévision. Comme à la maison.

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