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«Road Traffic Act»
Alain Jeannot : «Il faut sanctionner, mais aussi sensibiliser»
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«Road Traffic Act»
Alain Jeannot : «Il faut sanctionner, mais aussi sensibiliser»
■ Alain Jeannot, président de l’ONG Prévention routière avant tout.
Des amendes allant jusqu’à Rs 100 000 pour la «road rage», une contravention de Rs 10 000 pour les pots d’échappement modifiés… les nouvelles dispositions de la Road Traffic Act durcissent les sanctions contre certains comportements sur les routes. Si ces mesures se veulent dissuasives, leur efficacité dépendra aussi des contrôles, de la sensibilisation et de la capacité des autorités à établir les infractions.
Pour Alain Jeannot, président de l’ONG Prévention routière avant tout, l’enjeu réside avant tout dans l’application des nouvelles dispositions. Dans les cas de «road rage», il s’interroge notamment sur les éléments qui pourront être retenus comme preuves de violence routière et sur la possibilité d’utiliser des images provenant de caméras. «L’efficacité de la sanction concernant la road rage sera à la mesure de la fluidité des procédures menant à la concrétisation de celle-ci envers le coupable», souligne-t-il.
Selon lui, alourdir les sanctions ne produira les effets attendus que si les contrôles suivent. Pour illustrer son propos, il compare une loi qui ne serait pas suffisamment appliquée à un propriétaire affichant «Attention chien méchant» devant sa maison, sans chien. L’effet dissuasif finit alors par disparaître.
Faire appel au civisme
Alain Jeannot estime parallèlement qu’un travail de fond doit être mené sur le civisme. Des campagnes régulières de sensibilisation permettraient, selon lui, d’encourager davantage de respect entre les différents usagers de la route.
Il accueille également favora blement l’amende prévue pour les échappements modifiés. La pollution sonore représente, à ses yeux, une nuisance importante et témoigne d’un manque de considération envers les autres. Là encore, estime-t-il, les contrôles seront déterminants.
Pour l’automobiliste Adarsh Luckhun, la «road rage» constitue désormais un véritable problème sur les routes mauriciennes et justifie une intervention des autorités. Il estime toutefois que la réponse ne devrait pas se limiter aux sanctions et invite à examiner les facteurs susceptibles d’alimenter l’agressivité au volant.
Il cite notamment la congestion routière, source de stress et de frustration. Une meilleure organisation des déplacements aux heures de pointe pourrait, selon lui, contribuer à atténuer cette pression. Il préconise aussi de rendre les transports publics plus attractifs et d’encourager davantage le covoiturage.
La question de l’aménagement du territoire mérite également d’être examinée, poursuit-il. La décentralisation de certains bureaux et services concentrés à Port-Louis pourrait permettre de réduire une partie des flux de véhicules qui convergent quotidiennement vers la capitale.
■ Adarsh Luckhun, automobiliste.
Adarsh Luckhun voit aussi dans la digitalisation un moyen de limiter certains déplacements. La possibilité d’effectuer davantage de démarches en ligne, à l’image du paiement électronique des contraventions, pourrait éviter des trajets qui ne sont pas toujours nécessaires. Au-delà de ces mesures, il considère que la sécurité routière passe également par l’éducation, le civisme et les valeurs transmises dès le plus jeune âge.
Définir clairement la «road rage»
De son côté, Reetesh Seesurun, également automobiliste, voit d’un bon œil le durcissement des sanctions contre les comportements agressifs sur les routes. Il estime toutefois qu’il est essentiel de définir clairement les actes pouvant être qualifiés de «road rage». Une communication claire autour de cette notion permettrait, selon lui, de donner à la mesure une dimension préventive et non uniquement répressive.
■ Reetesh Seesurun, automobiliste.
Il soulève également la question des preuves. Avec la présence croissante des dashcams et l’utilisation des téléphones portables, les vidéos pourraient, estime-t-il, constituer des éléments utiles pour documenter certains comportements dangereux, à condition qu’elles soient suffisamment claires, complètes et authentifiées.
Maurice pourrait ainsi réfléchir à un mécanisme permettant aux citoyens de transmettre ce type d’images aux autorités. Reetesh Seesurun souligne toutefois qu’un tel dispositif devrait être strictement encadré afin de prévenir les vidéos manipulées, les dénonciations abusives et les atteintes à la vie privée.
Pour Alain Jeannot, le durcissement des sanctions répond à une dérive comportementale qu’il fallait freiner. Mais leur portée dépendra de la capa- cité à les faire respecter, tout en poursuivant le travail de sensibilisation et de civisme auprès des usagers de la route.

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