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« L?accouchement est plus vécu comme un acte médical, que comme un événement familial »

16 septembre 2007, 00:00

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Quel est votre parcours professionnel et qu?est-ce qui vous a amenée à Maurice ?

J?ai une formation de psychologue. Au début de ma carrière, j?ai été chercheur en faculté de médecine, puis j?ai intégré un hôpital psychiatrique pour enfants. Dans ce travail, je me suis rendue compte que les troubles de ces enfants étaient intra-utérins. La psychologie en maternité n?existait pas, donc je me suis spécialisée autour de la naissance. Je travaille toujours dans une maternité à Bruxelles où j?accompagne de futurs parents et j?ai aussi une clientèle privée en tant que psychothérapeute.

Je suis venue à Maurice, car j?ai aidé un couple belge (installé à Maurice), alors qu?il attendait son premier enfant. Et comme ils étaient satisfaits de mon travail, ils en ont parlé autour d?eux. Avec l?aide du Mouve-ment d?aide à la maternité, j?ai pu venir ici en visite pour la première fois. Auparavant, j?ai eu l?occasion de faire ce type de formation au Québec, en Amérique latine et en Roumanie avec Médecin sans frontières.

Vous mettez en avant le fait d?accompagner les futurs parents. Est-ce bénéfique et en quoi vos méthodes seraient-elles plus efficaces que celle des gynécologues ou des médecins ?

L?accompagnement que je propose ne peut être que bénéfique. Mais je ne prétends pas résoudre tous les problèmes. Il y a des personnes qui tiennent à ressentir les symptômes de la grossesse qu?ils jugent importants pour leur fonctionnement. Mais si on comprend d?où vient le symptôme, celui-ci s?en va tout seul.

« Il y a des bébés qui naissent avec des ulcères à l?estomac à cause du stress de leur mère? »

Mon objectif, c?est d?accompagner la souffrance. Ainsi, il est plus facile de passer à travers. La mort du nourrisson est, par exemple, un cas de souffrance. Il y a aussi le cas de cette femme qui a accouché d?un bébé de 600 g dans la maternité où je travaille. Pour les parents, c?est terrifiant. Mon travail consiste à oser s?approcher d?un enfant grand prématuré et à oser penser que cet enfant peut vivre. Ce que les médecins et gynécologues ne vous diront pas.

L?haptonomie fait appel à la conscience affective du bébé quand il est encore dans le ventre de sa mère. Expliquez-nous comment ça marche ?

L?haptonomie, c?est la science de l?affectivité. Cette méthode permet aux futurs parents d?établir un contact avec le bébé, alors qu?il est dans le ventre de sa mère. La communication s?établit grâce à la voix et en appliquant les mains sur le ventre de la mère. Cette pratique permet de sécuriser l?enfant pendant la grossesse et les premières semaines qui suivent la naissance. Après, tout dépend de la relation qu?entretiennent les parents avec l?enfant. S?ils sont stressés, ils recommuniqueront du stress. Sinon, on constate que ces enfants se sentent en sécurité, paisibles, sont souvent non agressifs et très ouverts au monde extérieur. Ils sont aussi très autonomes.

Beaucoup de femmes sont victimes du baby blues après leur accouchement. Comment expliquer cela ?

Les recherches en Belgique ont montré que 80 % des femmes sont atteintes du baby blues. Mais il y a des raisons qui l?expliquent. Le baby blues est dû à une forte chute hormonale. La deuxième raison, c?est que pendant la grossesse, la femme développe le syndrome de la construction imaginaire du bébé parfait. Quand l?enfant est là, la femme tombe des nues en s?apercevant qu?un enfant ça pleure, ça fait pipi et ça sent mauvais. Et enfin, une fatigue extrême peut expliquer une dépression postnatale.

Si un bébé écoute souvent de la musique dans le ventre de sa mère, sera-t-il prédisposé à être musicien, ou si sa mère rit beaucoup durant sa grossesse, sera-t-il plus joyeux ?

Dans la vie intra-utérine, il y a déjà une vie psychique et le bébé peut déjà développer sa mémoire. Si sa mère a eu l?habitude d?écouter un disque, après la naissance, si le bébé écoute ce même disque, il le reconnaîtra. Beaucoup d?expériences ont été faites avec des femmes à qui l?on a fait lire une liste de mots sans connotation affective pendant la grossesse. Après la naissance, on teste les bébés en leur mettant une tétine qui enregistre les rythmes de succion. Dès qu?ils reconnaissent les mots, le rythme de succion est plus rapide.

Qu?est-ce qui pose problème à l?heure actuelle concernant la grossesse ?

Premièrement, il y a ce que j?appelle la « désaffectisation » du domaine de la maternité et son hypermédicalisation. Aujourd?hui, les médecins parlent de grossesses à moyen risque ou à haut risque, comme si les grossesses normales n?existaient pas ! Les femmes qui attendent un bébé ont toujours peur qu?un malheur leur arrive. La grossesse est vécue comme une pathologie, alors qu?attendre un bébé n?est pas une maladie ! Quand on pense qu?il y a des bébés qui naissent avec des ulcères à l?estomac à cause du stress de leur mère, cela fait peur. L?accouchement n?est plus vécu comme un événement familial, mais il est devenu un acte médical.

J?entends aussi souvent des femmes qui s?exclament : « C?est super avec la péridurale, je n?ai rien senti. » Je trouve ça effrayant. Faire automatiquement une péridurale ou des césariennes à tout va, c?est inacceptable. Une femme qui ne ressent rien lorsqu?elle met au monde un enfant, passe à côté de beaucoup d?émotions.

Êtes-vous pour l?accouchement à domicile ?

Des maisons de naissance se développent de plus en plus en Europe. Elles sont l?intermédiaire entre l?hôpital et la maison. Beaucoup de sages-femmes travaillent en libéral, et l?accouchement naturel à la maison revient à la mode. Je tiens à signaler que de plus en plus de médecins ne sont même pas capables de déterminer la position d?un bébé avec les mains et de donner un diagnostic par rapport à la grossesse sans recourir au matériel médical. Certains injectent automatiquement des médicaments. D?ailleurs, dans les études de médecine, les jeunes médecins n?apprennent plus le côté physiologique de l?accouchement, mais uniquement le côté pathologique.

Que conseillez-vous aux futurs parents mauriciens qui ne pensent pas à être accompagnés psychologiquement ?

Je leur dirai juste qu?ils ne sont pas forcés de subir l?hypermédicalisation et que la mère sait naturellement si sa grossesse se passe bien ou pas. Même si certains médecins s?octroient tous les pouvoirs, toute femme sait comment accoucher, car son corps est programmé pour cela.

Si il y a pathologie, on traite le problème.

Je suis prête à revenir à Maurice pour donner des formations.

Propos recueillis par Magali KINZONZI

BRIGITTE DOHMEN, POUR L?ACCOUCHEMENT PLUS HUMAIN

Avec ses deux amies Corinne Gere, gynécologue obstétricienne, et Christiane Mispelaere, sage-femme, Brigitte Dohmen a écrit un ouvrage qui s?intitule Trois fées pour un plaidoyer, un éloge d?une naissance amoureuse et consciente aux éditions Amyris. Ce livre est un cri passionné de trois femmes professionnelles de la naissance, effrayées par la disparition lente de la grossesse normale et de la naissance naturelle. Telles trois fées, les auteures se penchent sur le berceau et replacent la grossesse et la naissance dans leur contexte humain affectif et émotionnel.

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