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Affaire Martingale
Le téléphone saisi, nouvelle pièce d’un puzzle qui résiste
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Affaire Martingale
Le téléphone saisi, nouvelle pièce d’un puzzle qui résiste
Le téléphone portable retrouvé dans la cellule de John Mick Martingale devait être une pièce à conviction. Deux ans plus tard, son parcours apparaît pourtant étonnamment flou. Où a-t-il été conservé ? Entre quelles mains est-il passé ? Et surtout, où se trouve cet appareil aujourd’hui ? À ces questions, l’assistant surintendant des prisons (ASP) Assif Ramtoolah n’a pas apporté de réponse claire vendredi, devant la cour de district de Rose-Hill.
Ce nouvel épisode de l’enquête judiciaire sur la mort suspecte du détenu s’est joué autour d’un objet, mais il ouvre une brèche plus large dans le récit de la soirée du 7 septembre 2024, veille du décès de Martingale.
Rappelé à la barre dans le sillage de la descente des lieux effectuée le 14 juillet à la prison centrale de Beau-Bassin, l’ASP Ramtoolah a été interrogé par Me Ricky Bhookhun, représentant du bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP). L’avocat lui a d’abord donné l’occasion de corriger ou de compléter sa précédente déposition après ce que la cour avait pu constater sur place.
Me Bhookhun s’est alors tourné vers les Standing Orders de l’administration pénitentiaire. Leur contenu, présenté à l’audience, prévoit qu’un détenu doit être sorti de sa cellule avant toute fouille. Celle-ci doit être effectuée intégralement, dans chaque recoin, tandis que le détenu doit également subir une fouille corporelle, hors de la vue des autres prisonniers. Incohérences L’ASP Ramtoolah a reconnu que ces précautions n’avaient pas été prises dans le cas de Martingale. Pour l’avocat du DPP, il s’agissait d’un «complete and utter failure» de la part de l’officier qui avait ordonné l’opération.
L’ASP Ramtoolah a expliqué qu’il travaillait habituellement dans les ateliers de la prison et qu’il s’agissait de sa première fouille nocturne de cellule. Une justification qui n’a toutefois pas convaincu Me Bhookhun, lequel lui a rappelé qu’il avait auparavant déclaré être familier avec les procédures applicables aux fouilles.
Puis le témoignage de trois détenus qui se trouvaient dans des cellules voisines à celle de Martingale, deux à côté et l’une en face, est venu déplacer le centre de gravité des débats.
Ces prisonniers avaient déclaré à la police avoir été réveillés vers 21 heures par l’activité devant la cellule de Martingale. Ils avaient vu plusieurs gardiens et entendu des bruits ainsi qu’un échange verbal à l’intérieur. L’un des propos rapportés est particulièrement important : «Inn gagn portab la konplet». L’un des détenus avait également affirmé qu’après le départ des gardiens, Martingale pleurait et lui aurait dit que les gardiens l’avaient menacé d’un transfert à la Bastille.
L’ASP Ramtoolah a catégoriquement nié avoir intimidé le détenu Martingale ou l’avoir menacé. Il a soutenu qu’au contraire, il avait rassuré Martingale et que le téléphone lui avait été remis volontairement.
Pour Me Bhookhun, les déclarations des détenus dessinent une scène différente. Il a accusé le témoin d’«esquiver les questions» et a indiqué que ces prisonniers pourraient être appelés à déposer devant la cour. Puis, dans un échange particulièrement tendu, il lui a lancé : «Zot sink inn fini deside ansam ki version zot pou done !»
Mais c’est le devenir du téléphone qui a apporté l’une des contradictions les plus nettes de la journée. L’ASP Ramtoolah a expliqué qu’après avoir reçu les instructions de l’ASP Dwarka, alors Officer-in-Charge, il avait placé le téléphone et son chargeur dans un casier de l’Exhibit Room. Il a affirmé que l’équipe de relève du matin devait ensuite en prendre la responsabilité.
Or, Me Bhookhun lui a lu sa propre déclaration à la police, enregistrée le 10 septembre 2024 : «Exhibit secured. Handed over to police for inquiry.»
Invité à expliquer cette différence, l’ASP Ramtoolah a répondu qu’il ne se souvenait plus de ce qui était arrivé au téléphone après son dépôt dans le casier. «Vous ne vous en souvenez pas ? Mettez de l’ordre dans vos mensonges !», lui a lancé Me Bhookhun, lui reprochant de se souvenir de certains détails, tout en devenant soudainement incapable d’identifier la suite du parcours de l’appareil.
Sous la pression des questions, le témoin a finalement déclaré qu’un autre gardien avait pris possession du téléphone. Mais il n’a pas pu dire lequel.
Dans cette enquête où la chronologie de quelques minutes est déjà au cœur des interrogations, le destin d’un téléphone vient donc ajouter une autre question concrète : qui l’a eu entre les mains après sa saisie, et qu’est-il devenu ?
L’affaire reviendra devant le magistrat Denis Vellien le 18 septembre. L’ASP Ramtoolah, mais aussi les gardiens Ghoorah, Vythilinga, Nundlall et Emmanuel Constant, seront rappelés à la barre.
Pour rappel, John Mick Martingale avait été retrouvé pendu aux barreaux de la lucarne de sa cellule, le 8 septembre 2024. Les gardiens maintiennent qu’aucune violence n’a été exercée contre lui lors de la fouille de la veille. La contre-autopsie réalisée par le médecin légiste sud-africain, le Dr Sipho Mfolozi, à la demande de la famille, avance cependant une autre conclusion : Martingale aurait été agressé avant de succomber à une asphyxie liée à une compression du cou. C’est notamment sur la base de ce rapport que le DPP a ordonné l’enquête judiciaire.
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