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Livre «Ne condamnez pas deux fois»
L’ancien condamné à mort Ponsamy Poongavanon défend la réinsertion
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Livre «Ne condamnez pas deux fois»
L’ancien condamné à mort Ponsamy Poongavanon défend la réinsertion
À 72 ans, Ponsamy Poongavanon, plus connu sous le nom de Sam, s’apprête à tourner une nouvelle page de son histoire. Son nouveau livre intitulé «Ne condamnez pas deux fois», sera lancé prochainement. Un titre qui résume à lui seul le combat qu’il mène aujourd’hui et qui est de permettre aux détenus qui ont purgé leur peine de retrouver leur place dans la société, sans être éternellement prisonniers de leur passé. Un combat qui prend une résonance particulière lorsqu’il est porté par un homme qui a lui-même connu le couloir de la mort.
Il existe des parcours que le temps n’efface pas. Celui de Ponsamy Poongavanon en fait partie. À 72 ans, son histoire reste intimement liée à l’une des périodes les plus difficiles de sa vie : celle où il a été condamné à mort et a vécu pendant plusieurs années avec la perspective d’une exécution. Pourtant, près de deux décennies après avoir retrouvé la liberté, l’homme ne souhaite pas seulement raconter ce qu’il a vécu. Il veut surtout parler de ceux qui, comme lui, doivent un jour franchir les portes d’une prison pour retrouver une société qui, bien souvent, continue de les regarder à travers le prisme de leur passé.
C’est précisément le fil conducteur de son ouvrage, Ne condamnez pas deux fois. À travers ce livre, Ponsamy Poongavanon pose une question fondamentale : une personne qui a été condamnée par la justice et qui a purgé sa peine doit-elle continuer à être sanctionnée par la société ? Pour lui, cette seconde condamnation, celle du regard, de la méfiance et de l’exclusion, peut parfois être aussi lourde à porter que la première.
Avant de devenir un détenu puis un condamné à mort, Ponsamy Poongavanon avait une vie professionnelle et familiale. Il avait notamment travaillé comme enseignant et aussi géré un hôtel. Mais en 1985, son existence bascule lorsqu’il est arrêté dans le cadre d’une affaire de meurtre.
Le 21 octobre 1985, un employé du ministère de l’Agriculture est retrouvé mort dans sa voiture. L’affaire conduira à l’arrestation de Ponsamy Poongavanon. Deux ans plus tard, en 1987, il est reconnu coupable et condamné à la peine capitale. À partir de ce moment, son quotidien prend une autre dimension. Il est incarcéré dans le couloir de la mort, dans l’attente d’une décision qui pourrait déterminer s’il vivra ou mourra. Pendant plusieurs années, il vit avec cette incertitude permanente, dans un univers où chaque journée peut être marquée par la perspective de l’exécution.
Ponsamy Poongavanon passera ainsi cinq années dans le couloir de la mort. Puis, en 1992, sa peine est commuée en 20 ans d’emprisonnement. La menace de l’exécution disparaît, mais la prison demeure son quotidien. Au total, il passera plus de deux décennies derrière les barreaux.
L’histoire de Sam Poongavanon aurait pu s’arrêter à la condamnation. Elle prend pourtant une autre direction pendant ses années de détention. Plutôt que de laisser le temps s’écouler, il entreprend de se former et se tourne notamment vers l’écriture. Il suit des cours de journalisme par correspondance et obtient un diplôme.
L’écriture devient alors un moyen de s’exprimer, mais aussi de se reconstruire. Plusieurs ouvrages verront le jour au fil des années, témoignant de cette volonté de transformer une expérience carcérale extrêmement lourde en une réflexion sur l’être humain, ses erreurs et sa capacité à changer. Mais la véritable épreuve arrive le jour où les portes de la prison s’ouvrent.
Le 27 mars 2007, après plus de 21 années passées en détention, Ponsamy Poongavanon retrouve la liberté. Il pourrait alors croire que le plus difficile est derrière lui. Pourtant, il découvre rapidement qu’une condamnation ne disparaît pas nécessairement avec la fin de la peine.
À l’extérieur, il faut réapprendre à vivre. Trouver sa place, reconstruire des relations, chercher un emploi et tenter de se projeter dans l’avenir. Pour un ancien détenu, chacune de ces étapes peut devenir un obstacle. Sam Poongavanon en fera lui-même l’expérience. Après sa libération, il souhaite notamment travailler comme journaliste. Mais sa demande de carte de presse est refusée en raison de son casier judiciaire.
Cette expérience va nourrir une réflexion qui prendra progressivement une place centrale dans son parcours : comment parler de réinsertion lorsque la société continue à fermer ses portes à ceux qui ont déjà payé leur dette ?
Car sortir de prison ne signifie pas automatiquement être réintégré. Le détenu peut avoir purgé sa peine, mais continuer à porter son passé sur ses épaules. Le casier judiciaire, la méfiance d’un employeur, les préjugés ou encore la difficulté à renouer avec certaines relations peuvent constituer autant de barrières invisibles. Pour Sam Poongavanon, c’est là que se trouve le véritable problème.
Son nouveau livre s’inscrit directement dans cette réflexion. *Ne condamnez pas deux fois n’est pas seulement le récit d’un homme qui a connu la prison. C’est surtout une interpellation adressée à la société. La première condamnation est prononcée par la justice. Elle est encadrée par la loi, elle comporte une peine et, une fois celle-ci purgée, elle prend fin. La seconde, en revanche, peut ne jamais avoir de terme. Elle se manifeste dans les regards, les refus, la méfiance et l’exclusion. C’est cette deuxième condamnation que Ponsamy Poongavanon met en lumière.
Pour lui, réinsérer un détenu ne consiste pas simplement à lui ouvrir les portes de la prison. La réinsertion doit être préparée bien avant la libération et se poursuivre une fois la personne revenue dans la communauté. La formation, l’accès à l’emploi, l’accompagnement psychologique, le soutien familial et la possibilité de reconstruire une vie stable sont autant de conditions essentielles. Car une personne qui sort de prison sans perspective risque de se retrouver confrontée à une nouvelle forme d’enfermement, celui de la marginalisation.
Le message de Sam Poongavanon ne consiste toutefois pas à demander à la société d’oublier les crimes commis ou la souffrance des victimes. Il invite plutôt à faire une distinction entre punir et empêcher de reconstruire. La justice a son rôle à jouer. Une peine doit être purgée. Mais une fois celle-ci accomplie, la société doit également se demander ce qu’elle souhaite faire de celui qui revient parmi elle. Veutelle lui fermer toutes les portes, au risque de renforcer son exclusion ? Ou veut-elle lui donner les moyens de devenir à nouveau un membre actif de la communauté ? C’est cette deuxième voie que défend Ponsamy Poongavanon.
Son parcours personnel donne à cette réflexion une force particulière. Celui qui avait été condamné à mourir est finalement devenu un homme qui écrit, qui témoigne et qui parle de reconstruction. Après sa libération, il s’est également engagé dans l’écriture et le développement personnel, poursuivant un chemin qui l’a progressivement éloigné de l’image du condamné pour construire celle d’un homme tourné vers l’avenir.
Ponsamy Poongavanon ne peut évidemment pas effacer les années passées derrière les barreaux. Il ne cherche d’ailleurs pas à le faire. Son parcours fait désormais partie de son identité et de son combat. Avec Ne condamnez pas deux fois, il choisit toutefois de donner une autre signification à cette partie de son existence. Son histoire devient un point de départ pour parler de milliers de personnes qui, après avoir purgé une peine, doivent encore affronter le jugement de la société.
Le livre pose ainsi une question qui dépasse largement son propre parcours : peut-on réellement parler de réinsertion si l’on refuse à l’ancien détenu la possibilité de recommencer ? Pour lui, la réponse est claire. La prison doit avoir une fin. La peine doit avoir une fin. Et le passé, aussi lourd soit-il, ne devrait pas empêcher définitivement une personne de construire son avenir. C’est sans doute ce qui donne tout son poids au titre de son nouvel ouvrage.
Ne condamnez pas deux fois. Une phrase courte, mais derrière laquelle se trouvent des années de prison, une condamnation à mort, une liberté retrouvée et, surtout, le combat d’un homme qui souhaite aujourd’hui rappeler qu’après la peine doit aussi venir la possibilité d’une seconde chance.
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