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Une peinture musicale de toutes les couleurs

17 septembre 2006, 00:00

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Pour sa deuxième exposition de peinture en solo (à la galerie du Moulin Cassé, Péreybère, du 23 au 26 septembre, de 10 h 00 à 18 h 00), Mélissa Rivet nous convie à un festival de couleurs et de tonalités musicales mais aussi mystiques et exotiques. Sa peinture, hier malgache d?inspiration et, aujourd?hui, indienne, hésite entre le feu d?artifice, explosif à souhait, et l?harmonieuse interpénétration des nuances colorées.

Ses toiles s?interpellent mutuellement, les unes secouant les autres, celles-ci tempérant celles-là. Leur complémentarité est telle qu?on se désole d?avance de l?inéluctable dispersion d?une telle unité picturale, que son auteur surnomme Gandharvas, musiciens célestes, en précisant que des sons résonnent/célestes et purs/connectés à la Source/ils immergent le Vrai. L?harmonie se crée mais se défera, faute de galerie nationale d?Art pour recueillir et réunir les meilleures étincelles du génie pictural mauricien.

Fait-elle référence à d?anciennes divinités védiques, réputées pour être d?excellents archers et d?une force prodigieuse, ou pense-t-elle aux êtres brillants dans le ciel, représentant l?harmonie et la senteur des parfums, les forces primordiales et vitales ? Elle précise toutefois se référer à une interprétation plus tardive, faisant des gandharvas des musiciens célestes, considérés même comme les partenaires mâles des Apsaras, nymphes célestes, pleines de grâce et de charme, nées du barattage de la mer de lait (amrita), les compagnes de plaisirs divins.

Les musiciens célestes de Mélissa Rivet sont censés vivre sur le mythique Gandhamadana ou région himalayenne. Ces mélomanes sont chargés de distraire les divinités de la cour céleste et d?adoucir leurs m?urs. Ils se nourrissent de senteurs parfumées. Ils se réfugient volontiers sur des arbres, toujours sacrés dans la mystique hindoue. Leurs corps d?oiseau à tête humaine s?y meuvent à l?aise. À nous, amateurs locaux de Beaux-Arts, d?épouser à la Gandharva la peinture de Mélissa Rivet du cru 2006 et de nous laisser emporter par le mariage harmonieux existant entre ses variations colorées et ses multiples tonalités musicales.

Un heureux mélange

L?on sait que la région du Gandhara marque d?une pierre blanche l?histoire de l?art religieux pour avoir osé représenter Bouddha sous forme humaine et pour avoir harmonieusement mêlé des thèmes et des critères helléniques à l?art indien, un heureux mélange faisant la part belle aux symboles mystiques et sacrés.

Ces symboles sont omniprésents dans l?art 2006 de Mélissa Rivet, sous formes, par exemple, de la fleur de lotus, le serpent, la rose des vents, le poisson, le croissant lunaire, l?astre solaire plus crépusculaire que flamboyant, sans oublier bien sûr l?aum, la syllabe sacrée des Hindous, signifiant approximativement « je fais référence », syllabe à trois sons successifs, symbolisant tous les signes religieux trinitaires, représentant le Verbe divin sous forme audible mais aussi le feu solaire, l?unité, l?immensité, le cosmos, l?essence des sons prononçables, la semence de toutes connaissances, le germe de toute transcendance, la genèse de toute transfiguration.

Commençons donc notre contemplation des ?uvres les plus récentes de Mélissa Rivet par ses musiciens célestes, se mouvant à l?aise dans de véritables symphonies de couleurs. Elle réussit l?exploit de cette ressemblance, en donnant, à chaque point coloré et lumineux de ses toiles, la même puissance, à la fois isolée et collective, que celle de chacune des notes musicales d?une symphonie. La dominante bleue nuit des toiles les plus musicales introduit une note crépusculaire, se prêtant à la plus grande pénétration en soi de chacune de ses tonalités colorées.

Les formes féminines et ondulantes des violoncelles, contrebasses et autres instruments de musique renvoient, bien sûr, à l??uvre musicale d?un Raoul Dufy ou encore d?un Georges Braque. C?est Cocteau qui rêvait d?entendre un adagio joué sur une guitare, peinte par l?un de ces deux maîtres de l?esquisse et de la légèreté aérienne.

Nous avons parlé jusqu?ici de symphonie. Il conviendrait mieux de parler de musique de chambre, permettant une atmosphère plus intimiste. D?une toile à l?autre, on passe d?un surcroît d?humanité à un trop plein de musicalité. Qui s?en plaindra.

Émotions et ravissements artistiques

Des musiciens célestes, passons à leur royaume musical que Mélissa Rivet se contente d?esquisser par de simples formes champêtres, laissant deviner des ondulations montagneuses, qu?éclairent des astres lumineux afin qu?elles se détachent des zones d?ombre.

Pour en revenir à la terre des hommes, on la devine, hésitant entre Indes Galantes et mille et une nuits. Elle respire le temps de vivre et de savourer chaque instant d?une éternité de béatitude que Mélissa Rivet fige avec bonheur. Contempler et admirer sa méditation picturale, c?est déjà s?élever à un niveau transcendantal, nous rappelant, avec Saint-Exupéry, que l?essentiel est invisible à l??il.

Le bonheur est épicurien mais s?acquiert, non pas par l?entremise d?un argent mal réparti, mais par une volonté intérieure nous incitant à transcender nos contingences et nos pesanteurs afin de prendre la hauteur qu?il faut pour découvrir l?essentiel, l?absolu.

L?Inde est omniprésente dans les ?uvres 2006 de Mélissa Rivet. Tout d?abord par cet éventail de couleurs, s?étalant du jaune lumineux jusqu?au pourpre crépusculaire, violacé, mais laissant la part belle à toutes les couleurs de ce Rajasthan mythique et qui n?en finit pas de faire rêver ceux qui voudraient tant faire partie de ce royaume où la couleur, ocre de préférence, est reine.

L?Inde est aussi présente avec ses palais, ses patios, sa débauche de couleurs, s?affrontant perpétuellement mais toujours harmonieusement. N?oublions surtout pas les éléphanteaux qu?on retrouve ici et là, toujours plein d?élégance et de charme, qu?ils se querellent fraternellement ou qu?ils participent furtivement à quelque étrange procession.

C?est à la fois l?Inde des maharadjas comme celle des intouchables, peuplant les rues, les trottoirs de n?importe quelle agglomération de la Grande Péninsule. Dans aucun autre pays au monde, les mêmes merveilles, les mêmes trésors artistiques, les mêmes féeries, sont également accessibles à ceux capables d?émotions et de ravissements artistiques, qu?ils soient riches comme Crésus ou ne possèdent que leur unique chemise d?êtres humains heureux et possédant déjà tout ce qu?ils peuvent rêver : la béatitude infinie sur la terre des vivants.

Définitivement Mélissa Rivet nous invite, le week-end prochain, à la galerie du Moulin Cassé de Péreybère, à un festival, à une explosion, de couleurs et de formes s?opposant mutuellement et s?harmonisant à la fois. Son feu d?artifice risque fort de nous éblouir et même de nous étourdir, au départ.

Ceux qui supporteront ce premier choc, finiront, à force d?attentions et de découvertes personnelles, par s?imprégner des richesses et des significations propres à chaque détail, à chaque parcelle, à chaque étincelle. Il convient de contempler et d?admirer jusqu?à devenir partie prenante d?une ?uvre picturale ayant beaucoup de choses à nous apprendre au sujet de nos meilleures aptitudes.

Mélissa Rivet a beaucoup mûri depuis les couleurs explosives qu?elle nous offrait à la galerie du Coin de Mire de Doris et de Christian Bossu-Picat, en mai 2003. La Malgache s?est beaucoup indianisée et nul ne s?en plaindra. Elle commence à pérenniser ses débuts prometteurs. Elle a surtout raison de pousser toujours plus loin ses explorations des possibilités infinies de la couleur jamais plus souveraine.

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