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Ruée vers les écoles privées

11 février 2006, 20:00

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«Nous avons été littéralement assaillis et nous avons une liste d?attente de 47 élèves rien que pour la première année du primaire pour la rentrée de septembre prochain », déclare Élisabeth Boullé, fondatrice de l?École du centre. L?établissement de Saint-Pierre a déjà « rempli » ses 3 classes prévues de Grande section maternelle (GSM, 1ère année du primaire). Mais, depuis début janvier, de nombreux parents viennent s?informer, chaque jour, quant à la possibilité de faire admettre leurs enfants en septembre prochain. D?où la décision « d?ouvrir » une quatrième classe de GSM. Mais, là également, il y aura beaucoup d?appelés et peu d?élus : seuls 16 seront admis.

Même son de cloche chez la filière « anglaise » privée : les demandes de renseignement affluent. Et cela même si la rentrée 2006 a déjà eu lieu et que des places ne seront disponibles qu?en 2007. Conséquence : les responsables d?établissements sont obligés de refuser des demandes d?admission car « nous sommes remplis ».

« Il n?y a pas de leçons particulières »

Cependant, là également, la demande qui pour l?admission en janvier 2007 s?annonce supérieure au nombre de places disponibles. Comme le soulignent Indira Sooknah et Jocelyn Li, responsables d?Arden Junior School et de la Hampton Primary School respectivement. Les deux établissements préparent leurs élèves pour le CPE dans un cadre où « il n?y a pas de leçons particulières ». Des établissements qui sont « dans » le système mauricien sans le stress du système !

« J?ai une fille qui a connu le grading d?Obeegadoo. Elle est aujourd?hui en Form III. Elle est sereine. Mon aîné avait connu le ranking. Je ne veux pas que ma benjamine connaisse le stress du ranking. D?où ma décision de me tourner vers le privé payant », explique Nalini, informaticienne. Comme elle, de nombreux parents se demandent s?ils ne vont pas opter pour le « système parallèle ». D?où le nombre croissant de parents se renseignant dans les établissements payants, certains retirant leur carnet de chèques dès cette première rencontre. Et cela tant du primaire que du secondaire.

« Pas question que mon fils, actuellement en Std V, prenne part à un ranking déguisé. Je suis disposé à faire d?énormes sacrifices financiers et je vais, dès lundi, le faire inscrire dans une école privée. Je me suis renseigné début janvier et je vais tout faire pour qu?il soit admis dans cette école », nous a déclaré, vendredi soir, Preetee, experte-comptable.

La décision d?introduire le A+ provoque, chez de nombreux parents, une frousse : le retour à un système hyper-compétitif où l?éducation se résume à s?adapter au système de concours. D?où le recours à un système éducatif « parallèle ».

Chez les responsables d?écoles, l?on se montre prudent : nul n?affirme ouvertement que la croissance des demandes d?admission est la conséquence directe des propositions de Dharam Gokhool.

« L?intérêt des parents pour notre école n?est pas étranger au fait que notre système mise sur le développement intégral de l?enfant.

Il n?y a pas de bourrage de crâne », explique ainsi Marie-Claire Heerah, directrice de la St-Nicolas Grammar School.

Demande forte pour le « transfert »

De même, le travail en équipe, la recherche et l?expérience sont mis en avant. « On est bien loin d?un système qui privilégie l?acquisition des connaissances par les livres », résume Nicolas Hammer, Headmaster à la Clavis Primary English Medium School. Propos qui font écho à ceux d?Élisabeth Boullé, pour qui « nous tenons compte des multiple intelligences. Notre système est démocratique, offrant 10 à 11 matières obligatoires au primaire. Nous voulons le développement intégral de l?enfant ».

Élisabeth Boullé avance également que de nombreux parents ne cachent pas leurs craintes des mesures annoncées par le ministre de l?Éducation. D?où leur intérêt pour un système alternatif plus « complet ». Elle souligne le fait que, dans le cas de l?École du centre, nombre de parents se disent disposés, même s?ils ont de faibles revenus, à « faire des efforts spéciaux » pour que leurs enfants puissent « éviter un système basé sur une compétition outrancière ».

La demande est également forte pour le « transfert » d?une école primaire gouvernementale ou RCA au privé payant. La motivation principale étant d?assurer la réussite académique des enfants sans le stress qu?impose la compétition.

Même engouement pour le secondaire, les collèges Ste-Marie et Pierre-Poivre, par exemple, étant pris d?assaut. « On parle de National Colleges pour l?élite. Je ne désire pas dépenser une fortune en leçons particulières, avec une compétition sauvage. Les collèges privés forment aussi des élites, moins bookish, mais plus aptes selon moi à tackle la vie », affirme Nazmi, mère de famille et ancienne élève du QEC. Elle vient de décider de demander le transfert de son enfant d?une SSS cotée à un collège privé.

Certains établissements ayant le français comme médium d?enseignement n?ont pas encore ouvert leur période d?inscription pour les admissions de septembre prochain. Ainsi, les responsables de l?École du Nord et du Lycée Labour-donnais laissent entendre que bien qu?ils reçoivent de nombreuses demandes de renseignements sur leurs établissements, les inscriptions ne se feront que dans quelques semaines. « C?est alors que nous saurons vraiment s?il y a demande accrue ou non », explique Christine Eme, directrice de l?École du Nord.

La réforme de Dharam Gokhool risque de produire un paradoxe : « renforcer » le secteur éducatif payant aux dépens d?une vraie démocratisation de l?accès à une éducation de qualité. Cette dernière étant réservée à ceux ayant les moyens financiers. Et pouvant se payer les Fee Paying Schools. Et que l?on retrouvera également, comme c?est le cas aujourd?hui, surreprésentés au sein des National Colleges. Et Gokhool aura réussi l?exploit de rendre l?accès à l?éducation encore plus ardu aux plus défavorisés sous pretexte de vouloir démocratiser l?accès au savoir !

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