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Services financiers
Le CISNA forme les régulateurs de la SADC à anticiper les crises plutôt qu’à les subir
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Le CISNA forme les régulateurs de la SADC à anticiper les crises plutôt qu’à les subir
■ Présents mardi à Flic-en-Flac, la ministre des Services financiers, Jyoti Jeetun, son collègue des Affaires étrangères, Ritish Ramful, et le «junior minister» aux Finances, Dhaneshwar Damry. Photos: Beekash Roopun.
La quatrième édition du CISNA Annual Capacity Building Programme for Board Members s’est ouverte mardi, à Flic-en-Flac. Organisée par le Committee of Insurance, Securities and Non-banking Financial Authorities (CISNA), la rencontre, qui réunit des membres des conseils d’administration des autorités de régulation de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), se termine aujourd’hui. Les ministres Jyoti Jeetun et Ritish Ramful, le junior minister aux Finances, Dhaneshwar Damry, ainsi que le président du Comité SADC du CISNA, Kenneth Matomola, ont assisté à la cérémonie d’ouverture.
Sous le thème «From Oversight to Foresight: Boards Shaping a Resilient SADC Financial Future», ce programme annuel de renforcement des capacités se veut une plateforme régionale. Il permet aux administrateurs des autorités membres de collaborer, de partager leurs réflexions stratégiques et de s’adapter à l’évolution du cadre réglementaire de la région.
Le contexte l’exige. Le secteur financier connaît des transformations rapides : essor de la fintech, montée de la finance durable, risques liés au changement climatique, développement des marchés de capitaux et apparition de nouveaux produits financiers. Autant d’évolutions qui imposent aux régulateurs un renforcement continu de leurs compétences, tant sur le plan opérationnel qu’en matière de gouvernance. Les intervenants ont insisté sur ce point : les membres des conseils d’administration doivent être outillés pour anticiper les risques et accompagner les mutations du secteur.
«La confiance», essentielle
Depuis 2022, le CISNA a organisé une quinzaine de programmes de ce type à l’intention de ses membres, et ce, gratuitement. L’organisation part d’une conviction simple : une intégration régionale et une harmonisation réglementaire efficaces passent par un investissement dans les personnes et les institutions chargées de les mettre en œuvre. Au-delà de l’élaboration de cadres régionaux, elle entend s’assurer que les autorités membres disposent des capacités institutionnelles et du leadership nécessaires pour les appliquer. Ces rencontres favorisent aussi les échanges d’expériences entre administrateurs de différents pays, confrontés à des défis communs.
À l’ouverture, la ministre des Services financiers, Jyoti Jeetun, a mis en garde contre l’interdépendance croissante des institutions financières. Celles-ci partagent de plus en plus de technologies et de services, si bien que la défaillance d’une seule entité peut provoquer des perturbations simultanées dans plusieurs entreprises.
«Ce risque lié à l’interdépendance nécessite une réflexion approfondie sur la résilience aux niveaux institutionnel, national et régional. La confiance, souvent considérée comme l’actif financier le plus crucial, joue un rôle central dans les services financiers. Sans confiance, les institutions ne peuvent pas fonctionner efficacement», a-t-elle déclaré. La ministre a rappelé qu’aucune prévision économique ne peut anticiper tous les chocs. L’enjeu, selon elle, n’est donc pas d’empêcher toutes les crises, mais de renforcer la capacité à les détecter, à y répondre rapidement et à s’en remettre. Cela suppose des conseils d’administration capables de remettre en question les hypothèses, de tester différents scénarios, de poser les questions difficiles, de comprendre les interdépendances et, surtout, d’agir avant qu’un risque ne dégénère en crise.
Jyoti Jeetun a proposé quatre questions pour guider la gouvernance : Sommes-nous résilients face aux chocs futurs ? Quels défis nous attendent-ils ? Comment nos risques peuvent-ils affecter l’ensemble du système ? Comment contribuer à façonner le système financier pour les générations futures ?
«Ce passage de la surveillance à la prospective marque une transition d’une gouvernance réactive vers une gouvernance proactive, renforçant la coopération régionale et transformant les risques en opportunités futures. La résilience du secteur financier dépendra de sa capacité à se préparer aux défis à venir, et cela commence dans les salles de conseil», a-t-elle conclu.
Les capitaux vers les infrastructures
Le junior minister aux Finances, Dhaneshwar Damry, a pour sa part pointé un paradoxe. Maurice et, plus largement, les pays africains disposent d’une liquidité importante sur leurs marchés financiers, mais ces fonds restent insuffisamment dirigés vers des secteurs essentiels, comme les infrastructures hydrauliques. Pour lui, il faut faire évoluer la perception des risques associés aux marchés africains afin d’attirer davantage d’investissements vers les projets structurants du continent.
Parmi les pistes évoquées figure la création d’un centre de réduction des risques. Son rôle : diminuer les risques perçus, renforcer la confiance dans les marchés et faciliter les décisions d’investissement. «L’île Maurice s’emploie activement à mettre en place cette architecture financière de réduction des risques», a-t-il affirmé.
Enfin, la nouvelle Chief Executive de la Financial Services Commission (FSC), Prabha Chinien, a plaidé pour un juste équilibre entre trois impératifs: encourager l’innovation financière, préserver la stabilité et l’intégrité des marchés à long terme, et maintenir un environnement propice aux affaires.
Pendant trois jours, les participants échangeront sur ces enjeux et réfléchiront à une gouvernance financière davantage tournée vers l’anticipation. Dans un environnement où les risques sont de plus en plus interconnectés, la capacité à se préparer au changement pourrait bien devenir l’un des principaux atouts des systèmes financiers de la région.
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