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Mukesh Dawoonauth : «Les Rs 58,2 milliards ne sont pas une richesse créée du jour au lendemain»

4 octobre 2026, 18:00

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Mukesh Dawoonauth : «Les Rs 58,2 milliards ne sont pas une richesse créée du jour au lendemain»

Mukesh Dawoonauth, directeur de «Statistics Mauritius».

Le PIB de 2023 est désormais évalué à Rs 695,2 milliards, contre Rs 637 milliards auparavant. Quels éléments ont conduit à ajouter Rs 58,2 milliards à l’estimation initiale ?

Trois éléments expliquent l’essentiel de cette réévaluation. Le premier, d’environ Rs 27 milliards, vient du Census of Economic Activities 2023. Les informations recueillies directement auprès des opérateurs économiques ont permis d’élargir la couverture statistique et de réévaluer plus précisément leur production. À cela s’ajoutent près de Rs 20 milliards correspondant au merchanting réalisé par les Global Business Companies, une activité qui n’était pas intégrée aux anciens calculs. Cette inclusion fait suite aux recommandations du Fonds monétaire international (FMI), à travers une mission d’assistance technique. Les Rs 11 milliards restantes sont liés à l’introduction de certaines recommandations du System of National Accounts 2025 (SNA). Elles concernent surtout la nouvelle manière d’évaluer les services non marchands, qui tient désormais compte du rendement du capital utilisé pour les produire. Je tiens à souligner que les Nations unies ont approuvé le nouveau SNA l’année dernière et que nous allons l’implémenter d’ici 2029.

Ces nouveaux chiffres révèlent-ils une activité économique qui n’avait pas été comptabilisée, ou résultent-ils d’une nouvelle façon de calculer le PIB ?

Il y a une part des deux. Certaines activités étaient insuffisamment couvertes ou n’entraient pas dans les anciens calculs, tandis que d’autres sont maintenant évaluées selon une méthodologie actualisée.

Il faut surtout éviter d’interpréter les Rs 58,2 milliards comme une augmentation soudaine de la production en 2023. Statistics Mauritius a recalculé les estimations de plusieurs années sur une nouvelle base statistique. Le résultat donne une mesure plus large et plus précise de l’économie, mais il ne correspond pas à une richesse qui aurait été créée du jour au lendemain. On a revu à la hausse toute la série de 2013 à 2026.

Pourquoi a-t-il fallu attendre cette révision pour intégrer le «merchanting» des GBC dans les comptes nationaux ?

La Financial Services Commission recueille et valide les informations déclarées par les GBC. Cellesci doivent ensuite être examinées et rapprochées par la Banque de Maurice et Statistics Mauritius. En raison de la complexité des transactions, il fallait établir une méthode suffisamment rigoureuse et robuste et disposer de données détaillées avant de les inclure dans le PIB. Deux missions d’assistance technique du FMI, menées en mars 2025 et en mai 2026, ont aidé dans ce travail.

Comment une opération portant sur des marchandises qui ne passent jamais par Maurice peut-elle créer de la valeur dans l’économie ?

Dans les comptes nationaux, ce n’est pas uniquement le lieu de passage des marchandises qui compte, mais aussi le pays de résidence de l’entreprise qui effectue la transaction. Lorsqu’une GBC résidente de Maurice achète des marchandises à un non-résident pour les revendre à un autre non-résident, la valeur totale de ces marchandises n’est pas ajoutée auPIB mauricien. Seule la valeur créée par l’opération est retenue, c’est-à-dire la marge dégagée après les dépenses. C’est cette contribution économique de l’entreprise résidente qui entre dans le calcul duPIB.

Si la nouvelle méthode aboutit à un PIB plus élevé, pourquoi le taux de croissance de 2024 est-il, lui, ramené de 4,9 % à 4,2 % ?

Parce que le montant du PIB et son rythme de progression ne mesurent pas la même chose. Le taux de 4,2 % compare le PIB révisé de 2024 à celui, également révisé, de 2023. Les nouvelles données ont modifié le poids de plusieurs activités dans l’économie ainsi que certains ratios utilisés pour calculer leur valeur ajoutée. Si, par exemple, les dépenses nécessaires à la production sont plus élevées que ce qui avait été estimé auparavant, la valeur ajoutée correspondante est plus faible. Une fois tous ces ajustements intégrés, le niveau du PIB augmente, mais la progression entre 2023 et 2024 est moins forte que dans les anciens calculs.

Quelles activités expliquent principalement le tassement de la croissance, qui passerait de 3,5 % en 2025 à 3 % en 2026 ?

Cette évolution reflète des perspectives de croissance moins soutenue dans la production végétale, l’industrie textile, le commerce de gros et de détail, le crédit-bail et les autres activités d’octroi de crédits, ainsi que dans l’hébergement et la restauration.

Le cumul de ces évolutions conduit à une prévision de croissance globale de 3 % pour 2026. Je dois préciser que nous avions la même prévision de croissance basée sur l’ancien système.

La baisse annoncée de l’investissement en 2026 doit-elle être interprétée comme un recul général, aussi bien dans le privé que dans le public ?

Non. Dans le secteur privé, la diminution prévue est surtout concentrée dans les achats de voitures particulières. Elle ne signifie donc pas que toutes les catégories d’investissement privé seront en recul.

Pour le secteur public, la prévision s’explique essentiellement par le calendrier d’exécution des projets. Plusieurs investissements annoncés dans le Budget 2026-2027 devraient être lancés durant la seconde moitié de 2026. Une partie seulement des dépenses sera donc enregistrée cette année, le reste devenant visible dans les statistiques au fur et à mesure de l’avancement des travaux.

La consommation des ménages ne progresserait plus que de 2,2 % en 2026, après 2,6 % en 2025. Les ménages vont-ils pour autant réduire leurs dépenses ?

Pas vraiment. Le taux de 2,2 % reste positif : le montant total de la consommation devrait donc continuer à augmenter en 2026. C’est la vitesse de cette progression, et non le niveau de consommation, qui ralentirait légèrement par rapport à 2025. Ici, nous parlons en termes réels. En valeur nominale, la consommation a beaucoup augmenté.

D’autres ajustements du PIB sont-ils probables avant l’application complète du SNA 2025, prévue pour 2029 ?

Oui et non. D’autres révisions pourront intervenir à mesure que les différentes recommandations du SNA 2025 seront examinées et appliquées. Il est cependant trop tôt pour dire si leur incidence sur le PIB sera importante ou limitée. Ces changements à venir peuvent être positifs ou négatifs sur le PIB nominal.

Chaque changement devra d’abord être évalué en fonction des données disponibles et de la méthode à mettre en place. Pour certains aspects plus complexes, une assistance technique supplémentaire pourrait être nécessaire.

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