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Quel nom ?
Un enfant naît d?un couple uni légalement. On lui choisit un prénom, issu d?imaginations que l?on dirait parfois surchauffées au gaz butane. Vous pouvez baptiser votre rejeton « Furoncle » ou « Digestif », sans que ce genre d?idée ne fasse vraiment problème. Mais notre propos d?aujourd?hui se situe sur le choix, disons la nécessité sociale du nom. Lequel est imposé par la filiation.
Quel sera son nom, son patronyme : le nom de son père ? en tout cas de celui qui passe pour tel, enfin quelqu?un qui sera assez physionomiste pour le « reconnaître ». Pourquoi ? Parce que c?est comme ça, depuis que le règne du patriarcat (le gouvernement par les hommes) a supplanté la gouvernance des femmes, le matriarcat. En Crète, par exemple, depuis le néolithique (environ 4 000 ans av. J.C.) dans le clan familial, c?est la filiation matrilinéaire, (descendance par les femmes) qui est la coutume admise ; comme d?ailleurs chez la plupart des peuples méditerranéens, la société étant centrée autour des femmes, gardienne du foyer et donc des enfants. Les femmes étaient d?ailleurs également prêtresses du culte, en communication avec la Déesse-Mère.
Ce sont les peuples du Nord qui ont fait prévaloir la puissance mâle, instaurant un système patriarcal qui a fait loi jusqu?à nos jours ; encore qu?en bien des sociétés archaïques, c?est toujours l?avis de la femme qui l?emporte?
Aujourd?hui, c?est Monsieur qui est « chef de famille », comme disent les textes juridiques ; Madame n?étant que son ombre. Alors que, fréquemment, c?est le contraire. Pour des raisons diverses, le chômage, par exemple, l?homme est amené à rester à la maison, à jouer les « papas-poules », tandis que Maman part chaque matin au travail. Nos sociétés sont désormais organisées selon des schémas liés à la situation économique, qui est devenue le critère dominant du plan familial. Et où l?on s?aperçoit que la responsabilité de la femme couvre des domaines jadis réservés aux hommes. La maisonnée, la famille, les enfants, la répartition budgétaire, souvent un emploi à l?extérieur? Et la nécessité toute féminine de rester attrayante et de belle humeur au foyer, alors que souvent Monsieur, plongé dans le journal, ou passionné par le jeu de jambes de tel footballeur, n?attend que le signal du repas pour remuer son importante personne? On me dira que j?exagère et que souvent l?homme aide sa femme dans les corvées ménagères. Oui, heureusement ; pourtant la plupart des sondages intéressant la vie de famille me donne raison.
Revenons donc à notre propos, la question étant celle-ci : pourquoi ne pas donner à l?enfant, né d?elle, le nom de sa mère ? La simple logique l?ordonnerait, car c?est bien Maman qui fabrique Bébé, durant les neuf mois d?une gestation qui a bien des servitudes. Alors que pour le géniteur, aucune preuve de paternité n?est requise. Le cas n?est pas si rare où qui se croit papa ne l?est point, ou n?est pas sûr de l?être, adoptant (en le sachant ou non) la progéniture d?un rival? Certes, pour le soupçonneux, « qui veut en avoir le c?ur net », il existe désormais des tests biologiques qui confirment ou infirment la parenté. Assez peu pratiqués, car le doute reste en général plus confortable. Et puis, disons-le, ce qui compte dans la pratique, c?est le soutien d?un « père nourricier », celui qui, avec la mère, affronte les soucis, entretient et élève l?enfant. Quant à la « petite graine » génitale, ce n?est que l?étincelle mâle qui déclenchera le processus de développement d?un ovule, pour aboutir à une existence nouvelle. Tout le reste, c?est Maman qui va le fournir ? quand, parfois hélas, travail terminé, elle n?y perd pas sa vie? Dans le passé, la mortalité des parturientes était terrible. Dieu merci, de nos jours, les décès en couches sont devenus assez rares, (pourtant moins rares qu?on le pense).
Ainsi semblerait-il justifié que la mère transmette son nom à son enfant, tout comme l?artiste signe son ?uvre. Dans plusieurs pays, cette proposition a parfois abouti au droit, pour l?enfant, de porter les deux noms (père et mère). A un autre niveau, ce droit aux deux noms est désormais concédé, selon le choix, à une femme qui s?unit à un compagnon. Car voilà encore une autre stupidité : pourquoi la jeune fille doit-elle perdre le nom de sa famille, à partir du moment où elle devient l?épouse ?
Ce droit, déjà accordé aux citoyens renommés ? par exemple : Irène et Frédéric Joliot-Curie, savants atomistes, (Marie Curie, la mère d?Irène, découvrit la radioactivité. Prix Nobel de physique. Irène et Frédéric, prix Nobel de chimie) ce droit est désormais accessible à toute femme mariée désirant garder aussi son premier nom.
Convenons-en, les revendications féministes, dès les années 60, ont abouti à reconnaître aux femmes des libertés élémentaires. Mais il restera beaucoup à faire?
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