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Piedad Cordoba, pasionaria colombienne
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Piedad Cordoba, pasionaria colombienne
On la surnomme « Cordoba la Noire », par respect ou dérision. Piedad Cordoba fait partie de ces femmes de conviction qui n?ont pas froid aux yeux, même dans un pays déchiré?
Piedad Cordoba n?en doute pas : obtenir la libération des 45 otages aux mains de la guérilla est un défi de taille. Cette Colombienne de 52 ans, sénatrice du Parti libéral, s?est juré de réussir là ou tant d?autres ont échoué. Adepte de la révolution bolivarienne et soutien convaincu du président vénézuélien, Hugo Chavez ? dans un pays de 45 millions d?habitants où ils sont rares -, la sénatrice a décidé le 12 août de faire appel à ses services.
« Je suis femme, je suis noire, je fais de la politique. J?ai l?habitude de me faire traiter de tous les noms », résume Piedad Cordoba. Elle s?inquiète du climat actuel où « celui qui n?est pas d?accord avec la politique militariste du président Uribe est soupçonné de sympathie pour la guérilla et les terroristes ».
« Je me disais que j?allais mourir »
Depuis douze ans au Congrès, « Cordo-ba la Noire », comme l?appellent plus ou moins gentiment ses collègues, a été de tous les combats. « C?est une vraie dure », tous en conviennent. « Piedad a contribué à moderniser le débat politique et la législation colombienne, en introduisant les grandes questions sociétales, du droit des femmes à celui des Afro-descendants ou des homos », rappelle la cinéaste Clara Riascos.
C?est dans la ville de Medellin, dont elle est originaire, que Piedad démarre sa carrière politique après des études de droit dans une université catholique. Ses parents étaient tous deux instituteurs, sa mère blanche, son père noir. « Une bonne façon de savoir très tôt ce que c?est que la discrimination et de vouloir changer les choses », résume-t-elle. Elle rejoint pourtant le Parti libéral, alors au pouvoir. D?aucuns lui reprochent son adhésion à une formation politique qui « pallie l?absence de cohérence idéologique par la force des pratiques clientélistes ».
Élue au conseil municipal en 1987, puis à l?assemblée régionale du département d?Antioquia, Piedad Cordoba entre à la Chambre en 1992 et au Sénat quatre ans plus tard. En 1994, la parlementaire soutient la candidature d?Alvaro Uribe, élu gouverneur d?Antioquia.
À Bogota, elle se bagarre pour empêcher la légalisation des coopératives Convivir, ces milices privées qui prétendent lutter contre la guérilla. À Medellin, le gouverneur Uribe les défend avec enthousiasme. À l?ombre du narcotrafic, le paramilitarisme s?épanouit en Antioquia, avec son cortège de massacres et d?horreur.
Piedad Cordoba n?a de cesse de dénoncer le phénomène. En 1999, elle est séquestrée pendant vingt et un jours par les hommes de Carlos Castano, le grand chef paramilitaire de l?époque. « Je me disais que j?allais mourir. J?étais terrorisée à l?idée d?être torturée », raconte la sénatrice. Elle se souvient, reconnaissante : « À l?époque, Ingrid Betancourt avait intercédé pour moi auprès des chefs paramilitaires. »
Les menaces reprennent
Une fois libérée, Piedad Cordoba se réfugie au Canada avec sa famille.
Mais l?appel de la politique est plus fort. Dix-huit mois plus tard, elle laisse ses enfants, qui vivent toujours à l?étranger, et rentre à Bogota, où les menaces reprennent immédiatement.
Piedad Cordoba ne baisse pas le ton. Depuis qu?Alvaro Uribe est au pouvoir, elle n?a pas de mots assez durs pour critiquer le processus de paix engagé avec les paramilitaires. Invitée à Mexico, en mars, elle affirme en public que « les gouvernements progressistes d?Amérique latine devraient rompre leurs relations diplomatiques avec la Colombie ».
Ses positions radicales la rapprochent du Pôle démocratique, le parti politique de gauche en pleine ascension. Mais Piedad reste fidèle au vieux Parti libéral : « Dans ce pays très raciste même s?il ne veut pas l?avouer, je suis noire aux yeux des Blancs, mais les Noirs hésitent à me faire confiance parce que je ne suis que métisse. En politique, c?est pareil. Mes collègues du Parti libéral me jugent beaucoup trop à gauche. Mais je reste suspecte aux yeux des gens de gauche parce que je n?ai jamais été marxiste, ni trotskiste ni rien du tout. » Juste une femme qui fait de la politique pour tenter de changer les choses.
@ 2 007 Le Monde ? Marie DELCAS ? (Distribué par The New York Times Syndicate)
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