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Les travailleurs sociaux

12 mars 2006, 00:00

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Jane Ragoo : Le bonheur est dans la lutte

Jane Ragoo, 42 ans, négociatrice à la Federation of Progressive Unions (FPU), est un aimant à confidences. Lorsqu?elle descend sur le « terrain », l?ancienne dactylo de la FPU s?attire illico la sympathie des travailleurs. « Les gens ont naturellement confiance en moi. Je prends le temps de les écouter. »

Elle est partie en guerre contre le sort réservé à la classe ouvrière depuis 2000. L?injustice lui fait parfois perdre le sommeil. Elle dit cela tranquillement, sans aucune colère dans la voix. Désabusée ? C?est le sang-froid de quelqu?un qui en a vu d?autres et qui s?attend au pire.

Le monde du travail évolue, mais pas toujours dans l?intérêt des travailleurs. « Patron fer dominer ek impoz diktat. Zot plis à l?écoute bann institution kouma MCB, JEC, FMI, la Banque mondiale. » Flexibilité, mobilité des travailleurs, shift system sont les nouveaux maux qu?il faudra combattre. « Nous sensibilisons les travailleurs à ces problèmes, ils doivent se mobiliser pour répondre à l?appel de leur syndicat. S?ils comprennent ce qui est en train de se passer, on pourra arrêter tout cela. » Deux grandes manifestations sont prévues le 1er avril et le 1er mai.

La lutte en vaut-elle la chandelle ? « J?avoue que j?ai peur pour l?avenir. Mais si tous mettent de côté leur égoïsme, on pourra faire beaucoup de choses. » Fol espoir disent certains. Pas pour elle.

Jean-Jacques Arjoon, L?artiste « ranked »

Connu au niveau national pour ses deux CD, Jean-Jacques Arjoon est bien plus qu?un auteur-compositeur-interprète : il est très engagé dans la société civile et a été l?initiateur des sections prevok des collèges confessionnels.

Jean-Jacques Arjoon a un parcours singulier. Adolescent, il quitte le collège en F IV pour aider ses parents à subvenir aux besoins de la famille. Il travaille alors comme laboureur tout en se préparant pour le School Certificate. Il rencontre Julien Lourdes, de Terre-de-Paix, qui l?initie au travail social. Il passe ensuite deux années à Douala, au Caméroun, pour une formation théologique et philosophique chez les jésuites. Rentré à Maurice en 1990, il s?engage au sein de Caritas, et fait de l?alphabétisation fonctionnelle. En 1992, il lance au collège de La Confiance, Beau-Bassin, l?École de la formation et à l?apprentissage (EFA), qui accueille des recalés du CPE.

Le jeune homme passe ses A Levels (français et sociologie) en 1993. Ce qui lui permet de s?inscrire à l?université de Maurice pour un diplôme en communications qu?il décroche en 1996. Parallèlement, le projet EFA du collège de La Confiance devient un repère parmi les alternatives proposées aux recalés.

Jean-Jacques Arjoon est conseiller auprès du ministre de la Culture, de 2002 à 2004. Il décroche également un Diploma in Pre-Vocational Studies (MIE) en 2004.

Au niveau social, il est l?initiateur de la création de l?atelier Art et musique, à Tamarin. L?atelier offre l?occasion à 180 jeunes de 8 à 12 ans de « gérer leur émotions ». « En libérant les enfants sur le plan émotionnel, nous arrivons à les stabiliser sur le plan scolaire. Il faut savoir que l?Ouest a un taux de réussite au CPE de 50 %, avec ou sans ranking. » L?atelier bénéficie de l?aide bénévole de Jean-Yves L?Onflé (arts plastiques) et de Maryse Friquin (musique).

« Maurice est un pays riche culturellement. Et c?est cet atout musical que je désire promouvoir. Il n?y a pas de politique culturelle pour canaliser et orienter tout cela. Mes deux CD voulaient rendre accessibles au grand publics des textes enfermés dans des bibliothèques. »

Il y a tout à faire pour l?harmonie sociale, assure-t-il encore. « Il faut désenclaver l?éducation des débats ethniques et que ce soit l?affaire des pédagogues et des praticiens de l?éducation. La réligion et la politique doivent être dissociées. »

« Je suis contre le retour au ranking déguisé de Dharam Gokhool. Je suis moi-même un avorton du ranking, pour lequel je n?aurais pas dû exister. Je me demande quel est le prix que l?humain doit payer pour être ranked ? Il nous faut écouter plus la parole des enfants et des pédagogues. »

Josique radegonde, la battante

Josique Radegonde est une battante. Son cheminement est un exemple pour tous ceux qui veulent s?engager dans l?action sociale. Elle est détentrice d?une maîtrise en Sustainable International Development de la Heller School of Social Policy de Grandeis University. Elle a aussi un Bachelor of Arts en psychologie de l?University of South Africa. Aux Etats Unis, elle a travaillé pour l?Institute of Community de la Delta State University.

A Maurice, en collaboration avec l?université et l?Unicef, elle a dirigé des recherches sur l?exploitation sexuelle des enfants. Très active, elle a donné son avis sur les prisonniers susceptibles d?être relâchés. Et au Youth Rehabilitation Board, elle était sollicitée pour aider les jeunes délinquants.

« Mes études m?ont permis d?avoir une vision globale mais aussi collective pour mieux aider Maurice dans sa transition dans un élan de paix, de justice sociale, d?honnêteté et de respect des valeurs humaines. C?est avec ce regard que je continuerai à contribuer au progrès de mon pays. »

Alvin Brigemohun Une force de la nature

C?est un moulin à paroles. Normal. Quand on interroge Alvin Brigemohun, le jeune président de Nature Watch, sur l?environnement, il devient intarissable. Son regard lance des éclairs lorsqu?il évoque l?inconscience des Mauriciens qui salissent, polluent et détruisent leur environnement. Il rentre à Maurice après avoir étudié les lettres à la Simon Fraser University au Canada. « J?ai toujours pensé qu?il fallait partir à l?étranger, voir ce que le monde avait à nous offrir pour ensuite venir le partager avec nos compatriotes. » L?exil lui fait le plus grand bien. Il revient au pays, le c?ur gonflé de bonheur. « Lorsqu?on est loin, on se rend compte de la richesse de son pays. »

Quand il découvre par hasard qu?une autoroute passera par la vallée de Ferney, détruisant un riche écosystème, il mobilise un groupe d?amis qui auront pour seules armes une farouche détermination. Ils parviennent à faire reculer la machine gouvernementale. Lutte difficile. « On a failli craquer après un an de combat. Insultes et pressions étaient notre lot quotidien? »

Maurice a encore du chemin à parcourir. Pour lui il faut s?inspirer des pays comme le Canada qui diffuse chaque jour au JT de 20 heures un reportage sur l?environnement, encourager le triage des ordures et améliorer le système de collecte, investir dans le recyclage des déchets, éduquer et sensibiliser les enfants.

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