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Les raisons de la colère

12 mars 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le MSM l?a échappé belle. Il a failli être victime d?une révolution de palais organisée par Paul Bérenger mais qui, à la dernière minute, a avorté. Ce complot visait, à installer Ashock Jugnauth comme leader de l?opposition pour le présenter, par la suite, comme futur Premier ministre pour les législatives de 2010. Le calcul politique était froid. Il avait aussi pour objectif d?éliminer le jeune Pravind Jugnauth comme leader du MSM et le confiner, dans cette nouvelle configuration, dans un rôle subalterne.

Les résultats des législatives ont achevé de pourrir les relations entre le MSM et le MMM. Déjà, depuis la partielle de Piton?Rivière-du-Rempart, le ver était dans le fruit. Au MMM, l?on estimait, que c?était la défaite personnelle de Pravind Jugnauth qui n?avait pas de tirant d?eau dans les régions rurales. Une opinion confirmée par sa défaite au no11 l?année dernière. Les choses en restèrent là jusqu?en février quand les deux partis ont entamé des discussions pour la tenue du meeting du 1er Mai.

Il faut concéder que c?est, au départ, le MSM qui a irrité son partenaire en exprimant le v?u de faire cavalier seul pour la fête du Travail. C?est le 24 janvier lors d?une rencontre Paul-Pravind à River Walk que le MSM déclare qu?il serait souhaitable que chacun aille de son côté pour le meeting du 1er Mai. Le MMM se rebiffe.

Le MSM tente de rattraper le coup. Lors d?une réunion de son bureau politique (BP), il impose deux conditions pour une entreprise en duo : que Pravind Jugnauth soit appelé à prendre la parole en dernier et qu?il soit indiqué qu?il serait candidat au poste de Premier ministre pour 2010. Mais Joe Lesjongard, lors d?une rencontre avec Paul Berenger, tombe à la renverse quand le leader du MMM lui dit qu?il avait un autre scénario: qu?Ashock Jugnauth lui succède comme leader de l?oppposition et qu?il soit pressenti pour le maroquin premierministériel. Joe Lesjongard indique à Bérenger que cette question devrait être référée à son leader. Le pavé est dans la mare !

Pravind Jugnauth se braque. Il voit venir le coup fourré. D?autant qu?Ashock Jugnauth se fait le plus ardent défenseur d?un meeting conjoint pour le 1er Mai. Qui ne le verrait pas ce coup monté quand

la stratégie de Paul Bérenger est aussi lisible ? Le jeune Jugnauth voit dans cette démarche une tentative de révolution de palais pour son élimination et l?installation d?un nouvel homme fort au Sun Trust. Amer, il se dit que Paul Bérenger a estimé qu?il avait survécu à son utilité !

Le 27 février, Pravind Jugnauth se rend chez Paul Bérenger, à River-Walk, à 14 heures. La réunion est tendue. Paul Bérenger lui fait savoir qu?il serait souhaitable qu?Ashock Jugnauth devienne le leader de l?opposition pour qu?il soit Premier ministre en 2010. Pravind Jugnauth n?est pas un homme à croiser le fer. Il écoute et encaisse. Paul Bérenger l?assomme carrément en lui disant qu?il s?occupera d?un super-ministère un peu à la manière singapourienne et que lui, Pravind Jugnauth, « si jeune deviendra Premier ministre tôt ou tard » et « qu?il pourra occuper, dans l?éventualité d?une victoire, le poste de speaker ! »

Blessé, Pravind Jugnauth ne baisse pas les bras. Tout en labourant le terrain, il bat le rappel de sa garde rapprochée et de ses fidèles pour peaufiner sa stratégie : tuer le complot dans l??uf en insistant pour que Paul Bérenger conserve son statut de leader de l?opposition ; exposer le « traitre », proposer le cas échéant le nom de Leela Devi Dookun si Paul Bérenger démissionne et appeler papa à la rescousse pour éliminer le rival de l?intérieur.

Le sentiment d?un remake

C?est ainsi qu?il alerte le patriarche. Convoqué par Anerood Jugnauth, Ashock Jugnauth prend le plus beau savon de sa vie, raconte-t-on dans les milieux avisés. Cette rencontre met un terme à toutes ses velléités de devenir leader de l?opposition et éventuellement premierministrable. Du coup, Paul Bérenger se retrouve sans poulain sinon sans pion pour faire avancer sur l?échiquier.

Sentant qu?il récolte de la sympathie, Pravind Jugnauth ne fait plus dans la discrétion. Il convoque la presse. Entre-temps, presque tous les observateurs politiques reconnaissent qu?il avait déjoué le complot avec maestria. Il révèle les dessous du complot sans toutefois fermer toutes les portes pour d?éventuelles négociations et maintient qu?il préfère toujours Paul Bérenger à Navin Ramgoolam.

Du coup, Paul Bérenger se retrouve le bec dans l?eau et Ashock Jugnauth Gros Jean comme devant. Ce dernier reprend place dans les rangs alors que le MMM, lors de sa conférence de presse de vendredi, se défend en niant l?évidence.

Si quelques membres du BP avaient été mis au parfum de la double démarche de Paul Bérenger, très peu au MMM et même des députés savaient qu?il avait l?intention de démissionner comme leader de l?opposition et qu?il avait l?intention de se débarrasser de Pravind Jugnauth. Certains, surtout les vieux de la vieille, ont eu le sentiment d?un remake, ils se souviennent de la double caution hindoue de Paul Bérenger en 1982 (Jugnauth-Boodhoo), de la triste parenthèse Prem Nababsing en 1987, du dîner de River-Walk et de ces nombreux coups de Jarnac. Sauf que personne n?avait dit à Pravind : « Beware the Ides of March ! »

Finlay SALESSE

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