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Le pays bien-aimé

31 décembre 2006, 00:00

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Tout va très bien, madame la marquise... Il semble même possible que 2007 soit l?année de sortie de la crise. Pas encore une année facile, certes, mais l?année des investissements, des chantiers et des emplois fruits de la réforme. Elle risque en même temps d?être, selon les signes avant-coureurs, l?année de la vie chère et des porte-monnaie vides. On ne peut pas dire qu?on n?a pas été prévenu. La réforme proposée demandait deux ans de grâce.

Chacun sait avec quelles sueurs froides les timorés de la majorité gouvernementale ont accueilli le budget 2006. Peu à peu, la vraisemblance et le bien-fondé de ses objectifs se sont vérifiés et le courage des pleutres a volé au secours des premières victoires. Après la peau de banane européenne, l?alternative d?un réalignement économique sud-sud a été rapidement brandie. Maurice s?est offerte comme courtier et tête de pont entre les nouveaux tigres de l?Asie et les marchés africains ? ce qui ne fut pas pour leur déplaire. La réaction positive de l?Inde, positive pour nous, insignifiante pour l?Inde, en attendant qu?on en finisse avec le temps des guirlandes, a fait tiquer les ambassades et a provoqué un certain relâchement de la sévérité européenne dans un monde où chacun, du plus gros au plus petit a plus ou moins le dos au mur. Mais le forcing économico-diplomatique a été mené avec conviction. Et, comme pour les soûlards, il y aurait un ange gardien pour Maurice. Mais la guerre pour éviter le pire n?est pas finie ? elle ne finira jamais, et va requérir patience, intelligence et effort pendant de nombreuses années pour faire fructifier les premiers acquis de 2006. En aucun cas on ne peut souffler.

C?est sur le front international qu?on trouve le plus facilement des raisons de blâmer les autres ; c?est sur le front intérieur que l?héritage du gouvernement présent est imputable au précédent. Reconnaître soi-même ses torts est un exercice qui dérange le « mindset » moderne. Mais n?est-ce pas en nous-mêmes que pullulent les virus ? Quand nous étions bambins, la défense classique était « Pas moi ça, li ça ». Nous sommes des bambins qui n?ont pas grandi. Le travaillisme mauricien est encore enroulé dans le vieux cordon ombilical qui l?attache au « Labour » anglais de la « Fabian Society ». Il tient encore les syndicats pour la force la plus vive des forces vives. Il est donc en retard de deux générations. Or, il n?y a aucune ressemblance entre les relations politico-syndicales de la vieille Angleterre et les nôtres actuellement. « For one thing »? les Webb et les Russell étaient des penseurs à côté desquels notre classe syndicale est composée de « minus habens ». Mais surtout les syndicats britanniques tenaient le « Labour » parce qu?ils le finançaient largement ; ce qui n?est pas le cas ici, ni historiquement, ni structurellement. Ici, les syndicats ne pèsent que par leurs poids de nuisance. Et ils ont fait des petits. Aujourd?hui, chaque lobby pète plus haut que son nez. Les pêcheurs bloquent un projet hôtelier pour obtenir une « compensation »? et semblent ignorer que les hôtels touristiques où chaque nouvelle génération apprend à s?émanciper de la gangue ancestrale sont des écoles. Les emplois recyclés lors du dégraissage du secteur public sont présentés comme des crimes contre l?humanité et c?est sans rire que le Sauveur des Situations difficiles explique à l?opinion publique qu?il a baissé sept fois son pantalon pour faire accepter une petite réforme du marché du travail que tous les pays dignes de ce nom acceptent sans rechigner pour se moderniser. Dans le domaine des institutions on ne trouve pas seulement la « Mauritius Broadcasting Catastrophe » (MBC). L?Icac renaît de ses cendres, frappée des mêmes malédictions. Elle se propose de verbaliser les victimes de vols pour négligence. Voilà qui va donner bonne conscience aux voleurs. Généralisant cette jurisprudence, l?Icac, nous en avons reçu l?assurance, va ouvrir un dossier avec les six derniers rapports annuels de l?Audit pour donner la chasse à tous ceux qui, par négligence, ont laissé dilapider l?argent public.

Ça ne laissera pas beaucoup de mandarins debout (ni même assis).

La cupidité, le farniente ne sont pas de bonnes fréquentations pour une réforme sincère. L?ouvrier chargé d?un travail qui ne tient pas parole ; le journalier qui ne respecte ni les heures, ni l?esprit de son contrat ; l?emprunteur insolvable qui pousse des cris de putois ; illustrent la faillite des mentalités, l?habitude de l?indiscipline, la pourriture sociale que les institutions sont censées décourager et dont elles sont elles-mêmes de pernicieux exemples.

Non ; tout ne va pas très bien, madame la marquise. Votre jument risque de périr parce que vos écuries vont brûler, et si elles brûlent c?est que le château va être englouti dans les flammes. Mais à part ça?

« Something is rotten in the state of Mauritius. » Et on ne guérira pas sa gangrène diabétique en refilant du sucre au malade. Que nos v?ux ne soient pas « Bonne Année »? mais « Ne pleure plus mon pays bien-aimé ».

Périscope

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