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L?atout sécurité rassure les touristes
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L?atout sécurité rassure les touristes
La mer? Activité principale que la plupart des touristes recherchent lorsqu?ils viennent en vacances à Maurice. Mais les vacances de certains d?entre eux tournent des fois au cauchemar. Car les dangers de l?océan sont à la hauteur de sa beauté et ne font pas de différence entre les pêcheurs, les marins, les plaisanciers ou les touristes.
Le 16 août 1996, la femme et la fille de Stéphane Guéro disparaissent au large du Morne Brabant. Après plusieurs jours de recherche, cette double disparition est classée comme un cas de noyade par les autorités mauriciennes. Aujourd?hui, Stéphane Guéro réclame 2,5 millions d?euros à l?établissement dans lequel il pensait passer des vacances de rêve, le Beachcomber Paradis (voir hors-texte).
Le cas de la famille Guéro vient soulever la question de la sécurité dans les activités nautiques destinées aux touristes à Maurice. Le tourisme étant un pilier de l?économie mauricienne, de nombreuses activités se sont développées autour des hôtels au fil des années, et constituent le gagne-pain de milliers de personnes. Parmi, l?activité de plaisancier a toujours eu la cote grâce à sa popularité auprès des touristes.
« Il y a dix ans, les activités nautiques n?étaient pas contrôlées. Les plaisanciers n?avaient pas besoin de licence pour exercer », explique Clifford Pierre-Louis, gérant de l?hôtel Veranda, à Grand-Baie. « Du moment que quelqu?un savait naviguer ou man?uvrer un bateau ou une pirogue, il était plaisancier d?office. Il pouvait s?agir d?anciens pêcheurs ou d?autres personnes familières avec les eaux mauriciennes. »
Ainsi, que ce soit les sensations fortes du ski nautique ou le plaisir de contempler le fond marin grâce à un bateau à fond de verre, les activités nautiques sont vite devenues une valeur ajoutée dans le domaine de l?hôtellerie. « Aujourd?hui, la case nautique est une facilité additionnelle qu?offre un hôtel, c?est considéré comme de l?animation.
Ces activités sont souvent vendues dans des packages par les tour-opérateurs, et un hôtel qui n?en a pas se voit désavantagé », poursuit Clifford Pierre-Louis.
Mais depuis, les choses ont changé. D?abord, l?excellence à laquelle aspiraient les hôtels mauriciens les a menés à revoir les conditions de sûreté et de sécurité. « Assurer la sécurité des clients est un aspect fondamental de notre politique. Et cela implique les activités nautiques offertes par l?hôtel », explique Herbert Couacaud, du groupe Beachcomber.
« Le groupe Beachcomber a toujours eu une politique de respect strict des normes de sécurité pour tout ce qui touche aux activités nautiques. Durant les dix dernières années, cette politique a encore été consolidée avec l?étroite collaboration de la société qui opère les cases nautiques dans nos hôtels », précise-t-il. Car si la plupart des hôtels ont leurs propres cases nautiques, celles-ci sont souvent sous-traitées avec des opérateurs indépendants.
« Un certain laisser-aller »
« L?entreprise qui s?occupe de notre case nautique est soumise à des conditions et à des règlements très stricts. Tous les gens qui animent cette activité sont formés en Health and Safety. Ils ont notamment des notions de secourisme et de réanimation. De plus, une licence de skipper est impérative pour les plaisanciers », ajoute Clifford Pierre-Louis. « Les règlements commencent par une initiation aux activités et règles d?usage aux touristes. Puis, on leur fait signer une décharge, pour certifier qu?ils ont été briefés. »
Et une fois en mer, dans le cas du ski nautique, par exemple, à bord du bateau, le pilote et une autre personne observent le touriste en permanence.
Ces deux personnes doivent avoir une licence de skipper.
Dans le cas de location de kayak, une zone est délimitée par des bouées, et le touriste est avisé de ne pas aller au-delà de cette zone. « Une personne suit constamment leur trajectoire de la plage à l?aide de jumelles. Si le touriste s?éloigne trop, l?équipe dépêche immédiatement un hors-bord pour aller les prévenir », poursuit Clifford Pierre-Louis.
Mais malgré la rigidité des règlements prévus par le Tourism Authority Act de 2006 (voir hors-texte), tous les opérateurs indépendants ne se conforment pas aux normes. Bissoon Mungroo, président de l?association des hôtels de charme de Maurice, explique que malgré la présence des autorités, des « canvassers » sévissent toujours sur les plages mauriciennes. « Il y a un certain laisser-aller. Car ces gens disent qu?ils sont en train de tras ene lavi. Des fois, les autorités fléchissent », affirme-t-il.
« Il y a la perception, que ce soit chez les touristes ou les Mauriciens en général, que les tarifs pratiqués dans les hôtels sont exorbitants. Et pour pouvoir profiter de certaines activités nautiques, ils se laissent berner par ces canvassers », poursuit-il. Mais c?est à leurs risques et périls. Car selon Bissoon Mungroo, ces clients peuvent ainsi payer deux à trois fois plus cher pour ces activités qui sont animées par des gens qui n?ont ni licence, ni le cadre de sécurité approprié.
Bien que la démarche de Stéphane Guéro remette en question le professionnalisme et l?efficacité des organisateurs d?activités nautiques à Maurice, cet aspect n?est pas repris par les touristes qui visitent l?île. Gilles Granger, de la société Vinivi qui s?occupe de référencer les opinions et les avis des touristes francophones sur Internet sur des établissements hôteliers, déclare que « Nous n?avons pas de plainte concernant les cases nautiques et la sécurité et Beachcomber représente 20 % de nos avis sur l?île Maurice et ».
Aucune critique dirigée vers les hôtels
De plus, il affirme qu?« en étendant la recherche à tous les établissements de l?île Maurice, cet élément n?est jamais apparu. Le seul point qui revient souvent chez les touristes étant le prix des boissons trop élevé. Par ailleurs, sur plus de 200 photos et vidéos de voyageurs, les boat houses ne sont jamais vues. Vinivi étant le premier site d?avis francophones, on peut légitimement penser que nous sommes représentatifs ».
Ainsi, a priori, aucune critique n?est dirigée vers les établissements hôteliers sur la sécurité nautique. Toutefois, l?élément de risque et d?imprévisibilité de ces activités n?est pas à écarter. « Autant il y a un élément de contrôle de l?animateur, autant il y a un élément de non-contrôle du client », conclut Clifford Pierre-Louis
« Nous ne pouvons qu??uvrer à parfaire les conditions et les précautions afin d?éviter tout accident. »
CE QUE DIT LA LOI
Les activités nautiques destinées aux touristes étaient, jusqu?à tout récemment, pratiquées dans une anarchie totale. Un vide juridique comblé en 2006, avec la promulgation du Tourism Authority Act. Aujourd?hui, ces activités sont régies par une législation stricte qui, à première vue, ne laisse pas beaucoup de champ aux abus. Avec le Tourism Authority Act, les plaisanciers obtiennent un permis d?opération de 12 mois maximum. Les conditions de l?obtention d?un permis de plaisancier à Maurice sont aujourd?hui sujettes à de nombreuses conditions. L?accent est mis sur la formation, de même que la condition du matériel utilisé pour les sorties en mer. Ce matériel peut d?ailleurs être contrôlé par les autorités ? la police du tourisme ou les Coast Guards ? à n?importe quel moment.
Un permis de plaisancier peut être refusé à un opérateur si celui-ci a été condamné pour un délit lié à une fraude quelconque depuis trois ans. De plus, une personne contre qui une plainte ou un rapport défavorable d?une inspection des autorités ont été déposés, peut aussi voir sa licence révoquée. Et exercer sans licence est aujourd?hui un délit passible de pas plus de Rs 100 000 d?amende et d?une peine d?emprisonnement n?excédant pas deux ans.
STEPHANE GUERO :« UNE CONDAMNATION LOURDE AURA VALEUR D?EXEMPLE »
Plus de dix ans après la disparition de son épouse et de sa fille en 1996, Stéphane Guéro n?a pas cessé sa quête de la vérité. Déterminé à obtenir justice, il a entamé des poursuites à l?encontre du groupe Beachcomber à qui il réclame la somme de 2,5 millions d?euros. Le procès s?est ouvert le 11 septembre dernier à la cour de Paris.
Marilyne Guéro (41 ans), sa fille, Vanessa (11 ans), et son fils, âgé de 8 ans, ont séjourné à Maurice pendant 12 jours. L?après-midi de leur départ pour la France, soit le 16 août 1996, la petite Vanessa fait part à sa mère de son envie de faire du kayak. Celle-ci accepte et emprunte donc une de ces petites embarcations et part faire une balade en mer avec sa fille. Le fils joue, lui, tranquillement sur la plage.
Mère et fille ne donneront plus jamais signe de vie. Les recherches initiées dès la nouvelle de la disparition connue resteront vaines. Les autorités mauriciennes concluront à la noyade. Une thèse longtemps contestée par Stéphane Guéro qui avait même dépêché, à l?époque, deux détectives français, Raphaël et Christian Deléglise, à Maurice, pour enquêter sur la disparition. Ces derniers ont également conclu à la noyade.
« L?action juridique que j?ai entreprise n?a qu?un but : éviter que semblable drame ne se reproduise. L?argent est sans importance, car il ne les fera pas revenir.
Par contre, une condamnation lourde des responsables aura valeur d?exemple », nous a expliqué Stéphane Guéro.
Ce dernier, déterminé à obtenir justice, montre du doigt l?établissement hôtelier où logeait sa famille. « Il y a plusieurs choses, dont une bonne partie que je ne pourrais dévoiler, surtout en ce qui concerne les conclusions de l?enquête pénale, que nous utiliserons éventuellement pour la plainte civile. D?abord, tout le monde avait remarqué à l?époque qu?il n?y avait pas de surveillance sur la plage.
De plus, il y avait un vent violent, mais les touristes n?ont pas été avertis. Je tiens à dire que mon but n?est pas de me faire de l?argent. Cela ne les ramènera pas.
Il s?agit tout simplement de faire bouger les choses, pour le bien des touristes et de la population mauricienne en général », déclare Stéphane Guéro.
De son côté, le groupe Beachcomber n?a pas souhaité s?exprimer plus longuement. « L?affaire remonte à plus de dix ans. Effectivement, le cas a été entendu devant la cour de Paris le mardi 11 septembre. New Mauritius Hotels Ltd était représenté par Thierry Marembert, avocat à la cour. L?affaire a été renvoyée au 30 octobre. Donc, à ce stade, nous ne ferons aucun commentaire », a déclaré Herbert Couacaud, CEO de Beachcomber.
Cette épreuve, nous raconte Stéphane Guéro, a été très difficile pour son fils. « On a essayé de lui faire réaliser que la vie continue. C?est pour cela que je lui ai montré qu?il faut continuer à travailler, à survivre. Moi-même, je me suis noyé dans le travail à un moment. Aujourd?hui, mon fils est âgé de 19 ans et heureusement qu?il arrive à se prendre en main et à accomplir des choses. »
Le docteur Guéro, qui a mis longtemps à accepter la disparition de ses proches, reconnaît qu?il y a eu quelques malentendus entre les autorités françaises et mauriciennes au cours de l?enquête. « Des années après, on prend du recul et on regarde les choses différemment. Je pense que le malentendu est dû au fait que le juge d?instruction d?alors n?avait pas compris que la Cour suprême de Maurice avait accepté la commission rogatoire (permettant aux autorités françaises de venir enquêter sur place). Tout cela a contribué à une confusion administrative. Il faut tout de même reconnaître que les secours ont été déployés au maximum et que même la deuxième enquête fut menée avec professionnalisme. Aujourd?hui, ma position a changé et je ne retiens rien de mauvais contre Maurice », nous a confié Stéphane Guéro, joint au téléphone.
PATRICE LEGRIS, CEO DE L?ASSOCIATION DES HOTELIERS ET RESTAURATEURS DE L?ILE MAURICE (AHRIM)
« Il faut un cahier des charges strict et une vigilance permanente »
Quelles sont les dispositions de sécurité d?usage que les établissements hôteliers doivent respecter par rapport aux activités nautiques ?
65 % des hôtels sous-traitent les activités nautiques au sein de leurs établissements. Les sous-traitants doivent répondre à un strict cahier des charges comprenant plusieurs clauses, avant de se voir allouer le contrat de gestion des activités nautiques.
Dans certains hôtels, par exemple, ces clauses comprennent une couverture d?assurance de plus de 1 million d?euros, un personnel formé et professionnel pouvant offrir un service à la hauteur des normes et standards de l?hôtel dans lequel il évolue. Mais aussi un entretien et un renouvellement régulier des équipements nautiques, et l?utilisation de matériel environment friendly. Sans oublier que ces derniers doivent être aux normes et respecter les standards imposés par le Tourism Authority concernant la sécurité en mer.
Est-ce que ces normes varient en fonction de la taille des hôtels, ou des « hôtels de charme » ?
Le Toursim Authority Act doit être appliqué et respecté par tous indépendamment de leur taille. La plupart des hôteliers choisissent de sous-traiter en fonction de leurs besoins et de leur cahier des charges.
De manière générale, les hôtels ont leur propre organisation.
Par ailleurs, les établissements de petite taille n?offrent généralement pas ces services et les clients intéressés s?adressent alors à des partenaires indépendants. Ces derniers proposent des balades en mer comme les sorties en catamaran ou en pirogue. Ces excursions sont vendues soit directement, soit à travers des intermédiaires ou les réceptifs locaux qui sont alors responsables du client.
Comment se conjugue la collaboration entre les gardes-côtes et les établissements hôteliers ? Est-ce qu?il y a des séances de travail ou des formations entre les forces nationales ?
Nous organisons depuis quelque temps des réunions régionales régulières dans le but de renforcer nos relations et notre collaboration avec les forces nationales et la police. À l?Ahrim, nous organisons sur une base ad hoc, des séances de formation auprès des beach hawkers et des agents de sécurité du tourisme pour assurer une meilleure sécurité des touristes qui séjournent dans les hôtels. Nous rencontrons aussi des responsables de la National Coast Guard dans un certain nombre de comités.
Le nombre de disparitions en mer ces dix dernières années peut affoler. Malgré les dispositions prises, les risques existent toujours. Est-ce que les touristes sont mis au courant de ces risques ?
Les boathouses fonctionnent selon un cahier des charges et tout utilisateur devrait être briefé sur les consignes de sécurité avant d?utiliser les équipements. De plus, chaque boat- house a une équipe responsable de veiller constamment sur les clients en mer et un bateau de sécurité qui va vers les clients s?ils considèrent que ces derniers ont besoin d?aide ou n?ont pas respecté les consignes. Les touristes résidant dans les hôtels sont encouragés à sortir en mer avec les opérateurs enregistrés et équipés pour garantir une certaine sécurité en mer.
Il est vrai que des accidents sont arrivés dans le passé, et c?est pour cela qu?il faut non seulement un cahier des charges très strict, mais aussi une vigilance permanente, car malgré tout, un accident peut facilement et rapidement arriver en raison d?une négligence quelconque.
C?est aussi pour toutes ces raisons qu?il est important que tous les opérateurs agissent dans le secteur formel, respectent les normes de sécurité et soient couverts par des assurances afin de se protéger d?éventuelles poursuites en cas d?accident.
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