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L?arrivée de l?enfant-phare

14 septembre 2007, 00:00

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● <B> A en juger par tous les magazines, produits, émissions, livres, conversations qui lui sont consacrés, peut-on dire que nous vivons le siècle de l?enfant-roi ? </B>

Non, je ne dirais pas cela. En tout cas pas de cette manière. Je pense que l?on vit le règne de l?enfant consommation; il est beaucoup utilisé pour faire consommer. Nous vivons le siècle de l?enfant-produit. Un enfant qui manque de repères et de limites. Effectivement cela a produit des enfants tyrans quelquefois parce qu?ils n?ont jamais reçu des repères. Les parents passent de moins en moins de temps avec leurs enfants, car ils travaillent de plus en plus. Dès leur enfance ils sont confiés à des professionnels. La façon dont la société fonctionne ne permet plus aux parents de donner à leurs enfants une sécurité affective par un minimum de présence notamment.

● <B> Mais d?où vient cette perception réelle pour certains que l?enfant est au centre de tout, à tel point qu?il est devenu très politiquement incorrect pour un couple de ne pas vouloir d?enfant ? </B>

Non je ne crois pas. Pas en Europe en tout cas. On doit même y mener des campagnes de natalité. On voit aussi de plus en plus des grossesses plus tardives de femmes qui ont construit leur vie professionnelle d?abord.

● <B> Il fut un temps où ne pas vouloir d?enfants était frappé du sceau de l?égoïsme?Qu?est-ce qui a fait basculer cette tendance ? </B>

Je crois que c?est l?idéologie économique qui dirige nos vies qui a fait cela. La consommation est poussée à l?extrême. Les gens doivent consommer de plus en plus et pour pouvoir le faire doivent travailler de plus en plus pour gagner plus d?argent. Les deux parents travaillent quelquefois plus de dix, douze heures par jour. Ce qui est le dieu actuel, c?est la consommation. Il faut avoir plusieurs télés, parce qu?une seule ne suffit plus, deux voitures minimum? On consomme à outrance et on consacre moins de temps aux valeurs affectives ou émotionnelles.

● <B> Pour vous, ceux qui ne veulent pas avoir d?enfant sont en quelque sorte ceux qui ont choisi la consommation?</B>

Cela arrive qu?il y ait des gens qui ne veulent pas avoir d?enfants par choix. Il y a un livre qui vient de paraître sur le non-désir d?enfants et qui explique toute la psychologie de s?épanouir en tant que femme sans passer par la maternité. Je pense qu?il faut imaginer qu?il y ait des femmes qui peuvent s?épanouir sans enfants?

● <B> Si tel n?était pas le cas, il faudrait se condamner à imaginer Mère Teresa ou Simone de Beauvoir malheureuses?</B>

Oui. Nous sommes dans une société unisexe où les femmes deviennent de plus en plus masculines. Elles travaillent, s?habillent comme les hommes. Mais aujourd?hui beaucoup de femmes peuvent s?imaginer que le bonheur ne passe pas par l?enfant.

● <B> C?est une avancée ou une régression à vos yeux? </B>

Je crois que c?est une régression finalement. Une femme, bien sûr, peut faire des enfants symboliques, en créant autre chose; comme les deux femmes que vous évoquiez tout à l?heure. Mais je pense que cette tendance à ne pas vouloir avoir d?enfants se fait au détriment des valeurs affectives. Je trouve que, dans le milieu du travail, il y a un nouvel esclavagisme : les femmes enceintes actuellement dans le milieu du travail sont obligées de fonctionner comme si elles ne le sontt pas. Ce qui amène de plus en plus d?enfants prématurés, ou d?autres pathologies de grossesse. Il y a une telle pression sur elles pour continuer à avoir une vie hyperactive qu?à un moment donné le corps ne suit plus.

● <B> Comment faire ? Un monde à part pour elles au sein de l?entreprise ? </B>

Oui je le pense. Il devrait y avoir plus de respect. Le temps de la grossesse est d?une temporalité différente. Cela ne veut pas dire qu?il leur faut un régime tout à fait particulier mais quand même un certain respect. Dans le temps, les femmes portaient l?uniforme de la femme enceinte. Une grande robe chasuble où on les reconnaissait tout de suite dès le début de la grossesse. On se levait pour leur céder la place dans le bus? Il y avait l?idée qu?il fallait les ménager. C?était comme une attention à l?égard de quelque chose de plus précieux. Tout cela a disparu.

● <B> La question peut vous paraître étrange peut-être : d?où vient, selon vous, le désir d?avoir un enfant ? </B>

Fondamentalement, je le crois, le désir d?enfant est un désir instinctuel, j?allais dire et de non rationnel. Le vouloir, pas le désir d?enfant ,vient de motivations inconscientes.

● <B> Pourquoi cette précision entre le vouloir et le désir ? </B>

Le désir d?enfant est une notion qui est apparu avec les débuts de la contraception.

● <B> Vous évoquez l?instinct : le désir est plus proche de l?instinct que le vouloir, non ? </B>

Oui, au niveau des termes utilisés, tout à fait. Avec la pilule, on choisit d?avoir des enfants. Avant, ce n?était pas le cas. On se retrouvait enceinte, on le vivait bien ou pas, mais on le vivait.

● <B> On devrait revenir à cette période ? </B>

Non, je ne dirais pas cela. Mais cela a compliqué la situation. Le problème des grossesses tardives y est liée.

● <B> La pilule a été, selon vous, une avancée pour la femme ou une régression ? </B>

Non je ne le crois pas. Cela a été une avancée, mais comme toute chose, elle a ses bons et ses mauvais côtés. La pilule a permis aux femmes à ne pas subir leur corps et de pouvoir choisir.

● <B> Que représente à vos yeux la légalisation de l?Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) ? Une avancée ? </B>

Oui. De toutes les façons, les femmes ont toujours avorté. Ce que cette loi permet, c?est de le faire dans de bonnes conditions qui ne mettent pas en danger la santé de la femme. Dans ce sens, c?est un progrès. L?avortement est toujours une souffrance, ce n?est pas un acte anodin. La majorité des femmes qui avortent sont des femmes qui veulent avoir des enfants mais elles n?en veulent pas dans la situation précise d?un moment, ne se sentent pas prêtes, ni psychiquement ni quelquefois économiquement. Je n?ai jamais rencontré, comme ont pu le faire croire les détracteurs de l?ivg, une femme qui avortait comme méthode de contraception. De toutes les manières un avortement est toujours un constat d?échec. Mais au moins cette loi offre des conditions de sécurité à celles qui veulent le faire. J?ai fait des études sur le sujet en Belgique.

● <B> Revenons au vouloir d?enfant dont vous parliez. Doit-on conclure qu?un des gestes les plus importants pour un être humain durant peut-être toute une vie, celui de procréer, ne relève pas d?une réflexion, ni d?une décision, mais d?un instinct ? </B>

Oui. Je ne trouve pas cela étrange. Comme je suis psychologue, de formation psychanalytique, cela me semble une évidence. Nos motivations profondes sont inscrites dans l?inconscient, pas dans le conscient.. Pour moi, c?est l?évidence. Le choix d?avoir un enfant relève de l?instinct, pas de la réflexion.

● <B> Le désir de perpétuer la race ? </B>

Il y a certainement cet aspect des choses qui joue un rôle. Mais pas que cela. Il y a toute l?histoire par rapport à sa propre mère. Etre comme elle ou être différente. Il y a ce vouloir de se réaliser en tant que femme. Il y a aussi, pour la femme le désir d?avoir un enfant de l?homme qu?elle aime. Une concrétisation de son amour. Comme vous voyez, ce sont des éléments qui sont fondamentalement émotionnels. Il y a des couples qui ont un désir d?enfant très fort et qui n?y arrivent pas. Alors, qu?il n?y a aucun problème d?ordre physiologique ou médical. Et quand il relâche la maîtrise de ce vouloir, allant jusqu?à renoncer à avoir un enfant, c?est là que cela se passe?Le corps et le psychisme sont la même personne. Ils s?influencent l?un l?autre.

● <B> Nous parlons d?enfants depuis le début de cet entretien et pas un moment vous n?évoquez la place de l?homme. Les enfants, c?est purement une affaire de femmes ? </B>

Oui et non. L?homme a un rôle fondamental à jouer par rapport à l?enfant. Mais par rapport au désir d?enfant, il n?est que le géniteur. Ce désir vient plus souvent de la femme que de l?homme. Même à l?heure actuelle, il y a beaucoup plus d?hommes qui ont peur de s?engager dans l?aventure d?un enfant. Plus qu?avant.

● <B> A voir le chemin qu?emprunte le siècle, vouloir concevoir un enfant pour qu?il y vive, ne relève-t-il pas d?une certaine irresponsabilité inconsciente? </B>

Oui, on peut le dire? La terre qu?on leur laisse n?est pas terrible en effet. Leur avenir est assez sombre aussi.

● <B> ?L?égoïsme? de se faire plaisir est plus fort que la raison ? </B>

En même temps, que faire ? C?est le monde de demain. C?est précisément que l?on oublie que nos enfants sont le monde de demain. Si on le construit bien, le monde sera bien. On n?accorde pas assez d?importance, par exemple, aux instituteurs du primaire. Quelle responsabilité repose sur leurs épaules ! D?autant plus que les parents se désinvestissent de plus en plus de leur rôle. A Paris, il y a des crèches qui sont ouvertes même la nuit pour permettre aux parents de travailler jusqu?à tard sans avoir à se préoccuper des enfants.

● <B> Vous vous élevez contre ce que vous appelez la ?surmédicalisation autour de la grossesse?. Mais vous-même n?en faites-vous pas partie d?une certaine manière ? Il y a 40 ans, les femmes qui accouchaient n?auraient jamais pensé à faire appeler une psychologue-psychothérapeute? </B>

Absolument, vous avez raison. Mais je crois qu?elles avaient quand même besoin d?un psychologue. Vous ne vous imaginez pas le nombre de grands-mères qui viennent me voir à mon cabinet. Croyez-moi elles avaient besoin d?un psychologue. Mais je vous le redis : oui, sans doute je fais partie de cette surmédicalisation.La médicalisation est un progrès. Ce qui n?est pas bénéfique, c?est la systématisation, l?excès. La grande différence entre la médecine et la psychologie, c?est que la médecine essaie d?aller vers le généralisable, les protocoles, l?uniformisation des soins, alors que la psychologie reste dans le ?chaque être est unique?. Donc, elle n?a pas de solutions toutes faites pour tous. Un même problème chez deux personnes n?est pas traité de la même manière. Quelquefois les mêmes symptômes chez deux personnes relèvent de deux déclencheurs différents. Je fais partie de cette surmédicalisation, mais je suis là pour réinjecter de l?affectif et de l?émotionnel là où la surmédicalisation a tout ?pathologisé? et ?objectivisé?. Je veux donc dire que probablement si l?hypermédicalisation n?était pas là, je n?aurais pas été là aussi. Je suis l?antidote.

● <B> L?échographie systématique pratiquée par les gynécologues vous semble faire partie de cette hypermédicalisation inutile ? </B>

L?échographie ne sert qu?à avorter. Sauf cas exceptionnels où elle permet des traitements in utero ou des interventions chirurgicales. Je ne peux pas dire que tout le reste est commerce. L?échographie ne sert qu?à détecter les malformations. On ne devrait pas, par exemple, faire une échographie à chaque visite. Si cela est fait, c?est une question de rentabilité de matériel, pas de médecine.

● <B> Avoir pour certains couples l?envie de connaître le sexe de leur enfant avant la naissance : vouloir ou désir? ? </B>

C?est plus du vouloir je pense dans la mesure où cela relève plus du rationnel, encore que psychiquement il est très difficile pour un couple d?admettre que quelqu?un d?autre, en l?occurrence le médecin, sait quelque chose d?important sur eux et qu?ils ne le savent pas? Donc si le couple sait que l?échographie a détecté le sexe de l?enfant, c?est très difficile de ne pas le demander. Il y a des couples qui refusent de savoir. De vouloir savoir le sexe relève plus de la maîtrise des choses, du rationnel.

?Nos motivations profondes sont inscrites dans l?inconscient, pas dans le conscient. Pour moi, c?est l?évidence. Le choix d?avoir un enfant relève de l?instinct, pas de la réflexion. ?

● <B> Michel Soulié parle de l?IVF, Interruption Volontaire du Fantasme, pour les couples qui veulent savoir le sexe de leur enfant avant la naissance. Cette définition a l?air de vous plaire?</B>

Oui. Ce qu?on voit dans la vie fantasmatique d?une femme enceinte, c?est la présence d?un enfant imaginaire, parfait, beau, intelligent. Si la femme a un désir d?un sexe particulier, elle va l?imaginer dans ses rêves les premiers mois. Et puis, on note dans l?évolution des fantasmes, qu?apparaît ?Oui mais si le sexe était différent?, alors la mère commence à fantasmer cette possibilité. A la naissance, son psychisme a prévu les deux possibilités. Alors que quand on dit le sexe de son enfant à cette femme à une échographie avant que ce travail de fantasme soit fait, il y a un problème. Si c?est un autre sexe que ce qu?elle attendait, il y a un deuil à faire pour elle et quelquefois même elle n?arrive pas à le faire et il y a rejet. J?ai suivi des femmes dans cette situation. J?ai eu des patientes qui, à partir de l?échographie où elles ont appris le sexe de l?enfant qui n?était pas celui qu?elle désirait, elles ne se touchaient même plus le ventre?C?est le rejet total. C?est quelquefois très violent. Il y a interruption de fantasme. C?est très net

● <B> Vous affirmez dans votre livre : ?plus la technologie est avancée, moins la vie se développe?. Pouvez-vous éclairer cette phrase ? </B>

On note qu?il y a de plus en plus de stérilité, notamment l?infertilité masculine, alors que l?on a tout pour permettre de perpétuer la vie plus facilement? C?est paradoxal. Quand je vois les progrès dans le domaine de la néonatologie dans le service de réanimation où je travaille depuis plus de 15 ans, c?est vraiment fantastique, miraculeux.

● <B> La présence d?une vie et d?une conscience est un sujet complexe et on peut être dérouté par l?assurance que vous affichez en évoquant un f?tus doté de conscience?</B>

Ce sont des choses qu?on ne s?explique pas scientifiquement. C?est vrai que, par rapport avec la maturité du système nerveux, il y a des choses qu?on a du mal à s?expliquer. Mais comme on arrive maintenant à faire vivre des prématurés de plus en plus précoces, 22, 23 semaines et qui pèsent 400 grammes et qu?on voit chez ces bébés des réactions émotionnelles, il y a une vie relationnelle. On est forcé de se rendre compte qu?elle a commencé dans le ventre de la maman.

● <B> A quel moment est la question qui déroute? ? </B>

On ne le sait pas. Deux psychanalystes français ont collectionné tous les dessins faits par un enfant depuis sa naissance, depuis qu?il gribouille jusqu?au moment où il est entré à l?école maternelle. En mettant tous ses dessins ensemble, on s?est rendu compte que cet enfant racontait en fait sa vie intra-utérine. Ils en ont fait un livre. Cela représente l?ovule, le développement embryonnaire pas à pas. Et c?est saisissant.

● <B> La présence d?une conscience dans une vie intra-utérine ne peut pas se prouver médicalement dites-vous. Comment en êtes-vous si sûre ? </B>

Les études cliniques le démontrent sans l?ombre d?un doute. Les signes cliniques sont importants. Cette conscience avant la vie aérienne, je l?imagine affective. Le bébé ressent ce qui est positif et négatif.

● <B> C?est une conscience qui se développe ou qui EST tout simplement ? </B>

Je serais incapable de vous répondre; mais ce que je pourrais vous dire c?est que, si je mets la main sur le ventre d?une femme enceinte avec tendresse et que j?appelle le bébé, il vient se mettre au creux de ma main. Vous pouvez répéter l?exercice autant de fois que vous voulez. Je fais la même chose en pensant à autre chose et pas du tout au bébé et au geste de tendresse, le bébé ne vient pas. C?est systématique. Et si c?est reproductible, c?est donc quelque chose de rationnel. Cela fait vingt ans que je constate cela tous les jours dans ma pratique à l?hôpital. Il n?y a plus aucun doute à ce sujet.

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