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L?affaire de tous
Dans le principe, ceux qui assurent la conduite d?une nation, ont également le mandat d?être attentifs aux préoccupations du peuple. Il leur incombe de répondre à ses aspirations, de veiller à l?associer à la recherche de solutions pour relever les grands défis nationaux, dans un esprit de volontarisme et d?engagement. Mais dans la pratique, rien n?est moins difficile.
Quand Rama Sithanen, ministre des Finances, fait appel, en juin, juste avant l?établissement du Budget 2008, aux personnalités de la société civile, dont le diocèse de Port-Louis, le secteur privé et les ONG, pour constituer avec les instances gouvernementales un comité mandaté pour optimiser la mise en ?uvre de l?Empowerment Programme qui patine depuis son lancement en juillet 2006, que signifie sa démarche ?
La réduction de la pauvreté, visée par l?Empowerment Programme, constitue le défi majeur à relever pour concrétiser le projet de société et de développement de la cyberîle.
Les médias locaux en ont souvent fait écho, mais sans pour autant en décrypter les enjeux, préférant s?attarder sur les réalisations notoires.
Au regard ce qui se passe dans les autres pays en voie de développement de la région, l?exemple de Maurice est un cas unique de développement humain participatif.
L?initiative de l?Empowerment Programme est bâtie sur les principes de démocratie politique, d?efficacité économique, de cohésion sociale et de travail, mais aussi sur la possibilité donnée à tous de s?épanouir en déployant ses potentialités et ses aptitudes. La promotion des droits de la femme et de l?enfance s?y inscrit.
En pratique, les budgets nécessaires à la mise en ?uvre de ce programme ont déjà été débloqués (plus de Rs 750 millions approuvés en 2006 et relevés à Rs 2 milliards pour l?année 2008). Et pourtant seulement Rs 315 millions ont été utilisés pour 2007. Alors, où se situe le blocage ?
L?Etat a franchi des étapes importantes dans le processus de construction d?une économie moderne et performante. Ce, à travers de multiples projets d?infrastructure et de mise à niveau de l?appareil productif national, et les divers dispositifs de promotion de l?investissement et de l?initiative privée, à travers les politiques sectorielles et les programmes de développement régional.
La société mauricienne a également veillé à la disponibilité des moyens et des mécanismes à même d?impulser le processus de développement et d?accélérer la réalisation des programmes nationaux d?adduction d?eau potable, d?électrification intégrale du monde rural et de son désenclavement.
L?initiative de l?Empowerment Programme devrait venir conforter cet édifice. Elle part ainsi de quatre repères principaux qui en constituent la philosophie d?action.
Les statistiques montrent que de larges franges de la population (10%) vivent dans des conditions difficiles et parfois, dans un état de pauvreté et de marginalisation incompatibles avec des conditions de vie décentes.
De nombreux quartiers urbains ou péri-urbains et plusieurs municipalités faisant face à l?insuffisance des accès aux équipements et services sociaux de base, offrent des terreaux propices à l?aggravation de l?analphabétisme, de l?exclusion ou de la déscolarisation, et pâtissent de faibles opportunités d?emploi et d?activités rémunératrices.
L?Empowerment Programme procède, en second lieu, d?une conviction selon laquelle la réduction de la pauvreté, ne peut relever de l?assistance ponctuelle ou de l?action caritative spontanée ou encore d?un devoir éthique.
Le développement efficace et durable ne peut se concrétiser que par le biais de ?politiques publiques intégrées?, qui s?inscrivent dans le cadre d?une entreprise cohérente, d?un projet global et d?une forte mobilisation de tous, où les dimensions politique, sociale, économique, éducationnelle, culturelle et écologique se conjuguent et se complètent.
?Au regard de ce qui se passe dans les autres pays en voie de développement de la région, Maurice est un cas unique de développement humain participatif.?
Si le niveau de croissance économique est insuffisant et inéquitable avec des bénéfices qui ne profitent pas à l?ensemble de la population, l?inclusion visée ne saurait être considérée comme un fardeau qui pèse sur la croissance, dès lors qu?elle en est à la fois la condition et le catalyseur.
Le troisième point de repère est lié aux choix de l?ouverture sur le monde, ouverture qui fragilise les liens sociaux et territoriaux et véhiculent des standards de consommation et des modes de vie qui challengent ceux de Maurice.
Aussi, sauvegarder les acquis nationaux par rapport à l?ouverture au monde tout en tirant profit des nombreuses opportunités offertes ne peut être qu?une entreprise collective, mobilisatrice.
Enfin, l?Empowerment Programme trouve son origine des leçons tirées des expériences passées et des modèles ayant fait preuves dans certains pays, en matière de lutte contre la pauvreté et l?exclusion. Ces leçons renseignent sur la limite des approches de développement sectorielles, isolées et non intégrées, et sur le dysfonctionnement que génère la grande dispersion des efforts, des ressources et des intervenants.
En revanche, ces expériences attestent de la pertinence des politiques de ciblage des zones et des catégories les plus démunies. D?où l?importance de la participation active des populations pour une meilleure appropriation et viabilité des projets, des vertus des approches contractuelles et partenariales, du dynamisme du tissu associatif et des secteurs du développement local et de proximité.
<B>R.S. </B>
<B>?Empowerment Programme?</B>
L??Empowerment Programme? pour le développement humain n?est ni un projet ponctuel, ni un programme conjoncturel de circonstance.C?est un chantier de très longue haleine. Il ne s?agit pas, non plus, d?un changement de cap ou d?une remise en cause de l?échelle des priorités.
C?est un engagement de l?Etat à réaffirmer la priorité et la permanence des combats menés dans les domaines de la mise à niveau du capital humain, du renforcement de la compétitivité de l?économie nationale, de la promotion de l?investissement, de l?initiative privée et de l?exportation dans le cadre de diverses politiques sectorielles.
A cet égard : le rôle déterminant de la mise en ?uvre optimale de la réforme du système éducatif et de formation en tant que levier capital de mobilité et d?intégration sociales (l?ascenseur social), le besoin pour Maurice de disposer d?une stratégie d?action maîtrisée à long terme par un développement rural effectif, et une exploitation judicieuse et optimale de ses ressources agricoles.
Le gouvernement tient fermement au devoir de solidarité envers le monde rural pour affronter les situations pressantes d?années agricoles difficiles consécutives. Il confirme la nécessité de prendre les mesures d?urgence qui s?imposent pour surmonter la conjoncture actuelle.
Evaluation et productivité : rendez-vous est pris dans les cinq ans à venir pour évaluer les résultats de l??Empowerment Programme? et mesurer les changements positifs (qui ne peuvent être que lents et progressifs) et palpables qui auront influé sur la vie des citoyens les plus vulnérables.
L??Empowerment Programme? s?engage à ?uvrer sans relâche en vue de sortir certaines catégories de personnes et les régions défavorisées de la pauvreté, de l?exclusion et du sous-développement humain durable.
<B>Témoignage</B>
Pour Jennifer Léopold, coordonnatrice du ?Life Management Training Course? au Centre diocésain du monde ouvrier, ce cours est une étape préliminaire incontournable à tout parcours de réinsertion professionnelle.
?Les candidats qui le refusent ne peuvent suivre la formation offerte par l??Empowerment Programme?. Pour nous qui assistons ces familles depuis longtemps, il n?est pas concevable de ne pas prendre le ?Life Management Course?. Ce sont des ateliers ou ?workshops? dispensés par des formateurs locaux chevronnés qui s?étalent sur huit semaines. Le premier cru du cours a eu lieu en juillet et août dernier et a permis de mettre sur la voie de la réinsertion une quarantaine de jeunes filles et garçons issus de milieux défavorisés de la capitale?
Les jeunes, pourtant très sceptiques au départ, y ont appris à reprendre confiance en eux-mêmes et en la société dans laquelle ils vivent? Ils reviennent de très loin parfois. On a constamment dû adapter nos méthodes de travail à leur capacité réelle d?apprentissage et de ré-adaption au comportement social élémentaire (l?estime de soi, le respect des autres, la dignité, la joie au travail?).On peut tomber et se relever finalement !
Ils avaient peine à croire à cette main tendue vers eux, sans question, sauf pour faire le point sur leur situation personnelle et les projets d?avenir qu?ils envisagent, sans jugement sur leur origine ethnique, leur appartenance confessionnelle? Rien que des messages d?espoir, un rêve, un destin à construire pour chacun et par chacun !
Pour eux, on est des béquilles fiables et sûrs. Ils savent qu?on ne va pas les laisser tomber jusqu?à ce qu?ils soient en état de gagner leur vie. Et dire que ça fait des années qu?on crie dans le désert ! Il faut que ça dure ! C?est un engagement, un long accompagnement et cheminement qui commence avec eux??.
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