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La critique des mauvaises manières

28 juin 2008, 00:00

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Certains sont nostalgiques. D?une époque «civilisée». Pourtant, rappellent-ils, les gens étaient pauvres mais ils se signalaient par un «art de vivre». Que se serait-il passé entre-temps? Les citoyens à qui nous avons donné la parole relèvent l?urgence d?une initiative visant à inculquer le civisme, la politesse et la discipline aux Mauriciens. Cet état d?esprit ne s?acquiert pas naturellement comme le rappelle Chantal Jaune, 61 ans, habitante de Grand-Baie et très active au plan social. «Le civisme, cela s?apprend à la maison et aussi à l?école. La discipline, c?est une manière d?être. C?est ce qui fait défaut à bon nombre de Mauriciens. Ils ne sont pas conscients qu?un mégot de cigarette peut déclencher un incendie», note, à cet effet, notre interlocutrice.

Il y a effectivement des comportements déviants qui ne sont plus acceptables. L?histoire est authentique. C?est celle d?un couple de touristes qui se retrouve à la plage de Mon Choisy. Une famille mauricienne passe également un moment à la plage. Au moment de rentrer, ils laissent traîner à même le sol toutes leurs ordures. Ce sera à ces deux étrangers de les réunir dans un sachet qu?ils vont ensuite jeter dans une poubelle. Ce sont de telles scènes que Rajeev Narrainen ne veut plus voir. Cet habitant de 30 ans de Piton, qui tient un restaurant dans la région, estime que tout est une affaire de culture. «C?est dans notre mentalité que cela ne fonctionne pas. Vous êtes en voiture en famille et cela ne gênerait personne de lancer des jurons. Il y a un tel laisser-aller?», note un Rajeev Narrainen exaspéré. Pour lui, c?est le stress qui mine désormais les Mauriciens. «Ils sont tout le temps pressés», ajoute-t-il.

Pressés, ils sont nombreux à l?être effectivement, les Mauriciens. «Le développement du pays a été assez rapide et les mentalités se sont, elles, développées brutalement», souligne, en ce sens, Rajeev Narrainen. Et cela résulte, selon Parvez Kholeepa, habitant Camp-de-Masque-Pavé, âgé de 36 ans et membre du Conseil du Village, «à un je-m?en-foutisme exacerbé.» Notre interlocuteur est vraiment irrité. «Les chauffeurs sont fous», dit-il avant d?ajouter que les «Mauriciens ont les choses trop facilement à présent.» Poussant sa réflexion plus loin, il estime que l?absence de respect et de discipline est l?une des causes de la criminalité. Regrettant les dérives sectaires de la société, il rappelle également qu?en de nombreuses occasions des actes ne sont pas dénoncés parce que désormais «à chaque problème, les gens se réunissent en groupe communal pour aggraver la situation.»

Entre ceux qui ne respectent pas le code de la route et les gens qui trichent pour ne pas s?aligner dans les files d?attente en passant par ceux qui convertissent les espaces publics en poubelles, il y a toute une kyrielle d?attitudes qui dénotent une inconscience certaine. Si les gens se livrent à des actes répréhensibles, c?est aussi, déclare Dorella Isabelle, 18 ans du collège Lorette de Mahébourg, parce qu?ils ont «l?impression de pouvoir échapper aux sanctions.»

Quant à ceux qui sont si impatients qu?ils finissent par toujours vouloir passer devant dans les files d?attente, Dorella assure que c?est un réflexe typiquement mauricien. «On est là dans la logique de la loi du plus fort. La loi de la jungle. On veut toujours être premier. C?est devenu presque une norme», enchaîne la jeune fille. Sylvanie Velvindron, 18 ans, habitant Quatre-Bornes, indique aussi le banc des accusés à cette société individualiste. «Chacun dit qu?il veut être respecté dans ses droits. Mais personne n?apprend à respecter les droits des autres», fait remarquer Sylvanie.

L?incivisme ambiant, témoigne Dorella, participe de l?absence de modèles dont souffrirait la société mauricienne. «Lorsque je regarde autour de moi, je ne vois pas beaucoup qui peuvent prétendre être des modèles. De qui ou de quoi, la jeunesse va-t-elle s?inspirer? Comment va-t-on changer les attitudes si tout le monde s?accorde à ?uvrer vers le chaos», lance Dorella.

L?enseignement du civisme est-il une solution au problème? «L?école est définitivement une solution. Elle peut aider à rendre les jeunes plus courtois, plus polis et plus respectueux des autres. Ce sera peut-être aussi un moyen pour les enfants d?apprendre aux adultes ce qu?ils ont appris à l?école. Mais cette dernière n?est pas la seule solution. C?est un effort individuel que nous nous devons, chacun, de faire», fait ressortir Dorella.

C?est une question identitaire. Une manière d?être. La politesse et le respect des règles, comme l?indiquent nos interlocuteurs, sont l?une des marques d?une nation qui aspire à une harmonie inter-relationnelle. C?est aussi un signe de sa maturité. Une identité approximative laisse la place à des déchets attitudinaux. Ce n?est pas seulement pour les deux millions de touristes qu?on veut faire venir au pays qu?il faut apprendre les bonnes manières mais? pour soi-même, car ce sera le témoignage de son intelligence.

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