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?La Banque mondiale préfère plaisance au Nord?

18 décembre 2006, 00:00

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En décembre 1981, l?Hôtel du gouvernement vit à l?heure de l?impatience d?obtenir les feux verts des bailleurs de fonds occidentaux, permettant au Parti travailliste de faire miroiter, à des fins électoralistes, les miroirs du projet de construction d?un nouvel aéroport sur les cavernes de la Plaine-des-Roches. La Banque mondiale ne mange pas de ce pain-là, au point de s?étonner de la frénésie qui s?empare de l?octogénaire qu?est devenu Sir Seewoosagur Ramgoolam, devenu entre-temps le doyen planétaire des chefs d?Etat et de gouvernement, et qui l?incite à se muer en commis-voyageur pour amadouer les bailleurs de fonds occidentaux et les convaincre d?aligner le milliard et demi requis, il y a 25 ans, pour financer la construction d?un nouvel aéroport international dans une île de seulement 1 865 kilomètres carrés.

L?on raconte même qu?il a dépêché le ministre qu?il faut, Kamil Ramoly, dans les capitales arabes, afin d?obtenir leur accord de financement sans l?assujettir à la condition /sine qua non/ que les Occidentaux ouvrent d?abord leurs bourses à ce projet clientéliste travailliste avant d?aligner leur pétro-dollars. L?Occident feint de ne pas comprendre l?impatience travailliste, alors que la dissolution de l?Assemblée législative doit impérativement intervenir avant la fin de 1981. Si Seewoosagur, au dire de la presse d?il y a 25 ans, n?attend que la bonne nouvelle selon Kamil Ramoly pour repartir quémander une aide accrue de l?Occident. Cette bonne nouvelle messianique se fait, bien sûr, attendre et notre oncle bien aimé ne sait plus à quel saint se vouer.

Ne voilà-t-il pas que la Banque mondiale fait savoir urbi et orbi sa totale désapprobation de la nécessité d?un nouvel aéroport dans le Nord alors que, comme la plupart de nos églises et autres lieux de culte, la piste d?atterrissage de Plaisance ne connaît un semblant d?animation que les dimanches après-midi et pendant quelques heures, ici et là, en semaine.

La Banque mondiale n?hésite même pas à ridiculiser un comité parlementaire restreint, plus ou moins à la solde des menées électoralistes et pas seulement travaillistes, pour prouver par A + B que Plaisance a fait son temps et que l?avenir appartiendra au nouvel aéroport du Nord, que d?aucuns veulent faire pousser sur le sol rocailleux surplombant les innombrables cavernes de la Plaine-des-Roches. ?Où atterris-tu ? A Plaisance ? Non, à Plaine des Roches ? Plaine des... Roches... Ne m?en veux pas si je préfère, cette fois-ci, ne pas t?accompagner. Un dérapage, une sortie de piste, est si vite arrivé !?

La Banque mondiale compare intelligemment les coûts de rénovation et d?entretien de Plaisance, sur une période de huit ans, à ceux de construction et d?entretien, toujours pendant huit ans, d?un nouvel aéroport à Plaine-des-Roches. Les coûts sont relativement les mêmes, avec une différence de Rs 300 millions (Rs 1,7 md contre Rs 1,4 md) au détriment de l?aéroport du Nord et en faveur de celui de Plaisance.

La Banque mondiale conteste, en 1981, une moyenne de seulement 140 opérations aéroportuaires à Plaisance par semaine, dont la moitié réservée aux allées et venues des Twin Otters d?Air Mauritius. La piste d?atterrissage de Plaisance paraît, à tout moment, plus ou moins abandonnée, hormis les dimanches après-midi et les rares fois en semaine où deux Boeing atterrissent à quelques heures d?intervalle. Avec certaines modifications d?horaire, on peut aisément quadrupler le potentiel de la piste d?atterrissage de Plaisance.

Cet aéroport dans le sud-est de l?île, en partie enclavée par la chaîne de montagnes du Grand-Port, requiert toutefois d?importants travaux de rénovation et d?extension. Il s?agit de construire une nouvelle tour de contrôle, d?agrandir l?aire de stationnement des avions et plus spécialement des gros porteurs, de permettre l?utilisation du VIP Lounge pour la vingtaine de passagers se rendant à Rodrigues afin qu?ils ne se perdent pas parmi les centaines d?autres poireautant devant les comptoirs de contrôle, dans l?attente de recevoir leur carte d?embarquement à bord d?un gros avion à réacteur. Il faut surtout allonger la piste d?atterrissage d?au moins 600 mètres et la réparer de fond en comble. Il faut aussi concevoir une nouvelle aérogare car il n?est plus possible d?opérer à partir de ce qui était, au départ, un aérodrome militaire en temps de guerre

La Banque mondiale estime à Rs 700 millions le coût d?un nouvel aérogare, à Rs 320 millions l?extension et la réparation de la piste d?atterrissage, à Rs 280 millions l?extension de l?aire de man?uvre et de stationnement des avions, à Rs 250 millions les nouveaux équipements, à Rs 150 millions la construction de nouveaux ateliers d?entretien des avions et du matériel aéroportuaire.

Ce n?est certes pas donné. Mais c?est quand même moins cher et plus sûr qu?un nouvel aéroport sur les cavernes de la Plaines-des-Roches. La Banque mondiale est là-dessus formelle.

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