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Faire de sa foi une profession

17 juin 2007, 00:00

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L?« ARCHAGAR » AZAGEN MOOTOOVEEROO, 37 ANS :

« Devenir prêtre est un mystère »

« Depuis toujours je suis pratiquant car je viens d?une famille tamoule très pieuse et mon père est lui-même un prêtre saiva samayam. J?ai étudié jusqu?au HSC, et je voulais devenir professeur de mathématiques. C?est à cette époque que j?ai commencé à aller au temple de plus en plus souvent, sans pouvoir me l?expliquer. La décision de devenir prêtre est un mystère, et il est difficile de mettre des mots sur cette expérience. C?est comme si j?avais eu une inspiration ou une révélation.

À 21 ans, j?ai décidé que mon apprentissage ferait de moi un archagar saiva samayam, un prêtre tamoul. Ma famille était ravie, mais pas surprise car mon frère est lui aussi devenu prêtre. Il a fallu que j?aille en Inde, dans un temple à Coim-batore pendant trois ans, et j?ai aussi passé une année au temple Kaylasson à Maurice.

J?y ai appris les rites sacrés, les méditations, les prières et nous nous basons sur le livre sacré appelé Tirukkural. C?est une vie frugale que je mène, et évidemment, l?alcool, le tabac et la chair, même le poisson, sont interdits. Ce mode de vie m?apporte la sérénité et le calme. Il privilégie le spirituel sur le matériel, et je réalise qu?il y a de plus en plus de gens qui viennent au temple ou qui participent aux cérémonies.

S?il est vrai que le monde est matérialiste, les gens recherchent toutefois de plus en plus la spiritualité. La prière, la méditation et les causeries que nous organisons ici au temple Draupadee Ammen aident les gens à être en paix et à les mener vers le chemin de la non-violence.

Ma femme, qui attend notre enfant, participe beaucoup à l?organisation et aux ?uvres sociales de ce temple de la déesse Shakti, et il y a cinq ans, j?ai réalisé un de mes rêves. Ce temple était tout petit et en tôle, et grâce aux dons, nous avons réussi à le reconstruire. J?en profite d?ailleurs pour dire que tout le monde peut venir s?y recueillir, pas seulement les tamouls. Nous considérons toutes les personnes comme des fidèles, peu importe la race ou la religion. Nous sommes tous égaux. »

LE « HAFIZ » SAMEER ALLY HERSOO, 27 ANS :

« J?aime contempler ce que Dieu a créé »

Je chéris la religion depuis que je suis jeune. J?étais en admiration devant le prophète Mohamed, (Que la paix soit sur lui), et je voulais marcher sur ses traces. Il y a eu aussi le maulana Gorani Shah Ahmad Noorani Siddiqui (r. a) que je ne quittais pas d?un pouce quand il venait à Maurice. Comme tous les enfants, j?allais à la madrasa, puis pendant trois ans, j?ai étudié la base pour devenir imam.

Après mes études au collège Allee-miah, je suis allé au Pakistan, sous la férule du maulana Gorani (r. a), et avec l?encouragement de ma famille. Après quatre ans, je suis revenu à Mau-rice pour partager et enseigner ce que j?avais appris.

Aujourd?hui, j?ai 27 ans. On me connaît comme Hafiz Sameer Ally Hersoo. Cette appellation de Hafiz est réservée à ceux qui ont étudié le Coran et en connaissent les 114 chapitres par c?ur. J?ai tenu à faire cela parce que le Coran, c?est la mère de tous les livres, c?est lui qui nous dicte notre code de vie. Je suis imam au Khateeb Al Madina Masjid de la rue Brabant, à Port-Louis. J?y officie les cinq prières du jour. Je suis également modaris à la Jummah Mosque, ce qui signifie que j?enseigne à l?école coranique.

À part cette voie, je ne vois aucune autre que j?aurais pu suivre. Mon frère est dans le domaine de la technologie, ma s?ur enseigne les sciences. Ils m?ont tous encouragé dans mon choix de vie, et ma mère, surtout, m?a toujours guidé.

Je considère que notre passage sur la terre comme une préparation au voyage à l?au-delà. Le Coran vous dit : ?What is the life of this world. But amusement and play ? But verily the Home of the Hereafter That is life indeed, if they but knew.? Comme je crois à cette philosophie, je ne m?intéresse pas à la vie matérielle, aux plaisirs terrestres. Ainsi, je ne suis jamais frustré de ce que je n?ai pas, je n?envie pas les autres. Je suis satisfait de ce que j?ai et j?en suis heureux.

Sinon, je m?occupe de ma famille, de ma femme, Shakila, et de mes deux enfants, Ameer et Aliyah. J?aime aller dans la nature, contempler ce que Dieu a créé. En été, je vais à la mer, mais très tôt, quand il n?y a pratiquement personne. Je m?informe de l?actualité également. Je continue surtout à chercher.

Le dernier prophète, Mohamed, (Que la paix soit sur lui), a dit que l?éducation commence au berceau et finit à la tombe. Je continue à apprendre avec le Mufti Mohammad Ishaq Qudri Razbi. Je ne le fais pas pour un titre, mais parce que j?aime apprendre. Je crois que les gens gagneraient à rester en contact avec la spiritualité. Ils seraient moins perdus, ils sauraient automatiquement quel chemin suivre. »

PERE JEAN - MICHAËL DURHONE, 34 ANS :

« Jésus m?appelait à le suivre »

« Je suis le benjamin d?une famille de neuf enfants. Je dois reconnaître qu?elle m?a laissé libre dans mon choix. Bien qu?au départ, ma famille ne comprenait pas trop ce qui m?arrivait, elle ne m?a pas découragé. J?avais le choix entre réussir ma vie ou réussir dans la vie. J?ai été enseignant et j?aimais mon travail, mais en devenant prêtre, j?ai découvert que ce serait le chemin où je pourrai rendre les autres heureux.

Devenir prêtre, c?est surtout une question d?engagement pour servir Dieu et ceux que nous rencontrons. J?ai fait le choix de devenir prêtre à l?âge de 24 ans, après un temps de réflexion. Pour arriver à prendre une telle décision, il y a eu tout un chemin parcouru où j?ai pu reconnaître que Jésus Christ m?appelait à le suivre.

De 1984 à 1988, j?ai fait partie d?un groupe d?enfants qui participait à l?animation de la messe à la paroisse de La Visitation, à Vacoas. À cette époque j?avais onze ans et, grâce à ces rencontres, nous découvrions les Évangiles en mimant les personnages. C?est ainsi que j?ai appris, qui était Jésus.

Puis en octobre 1989, j?ai participé à une retraite avec d?autres jeunes du collège St Joseph. Cela m?a permis de découvrir l?amour de Dieu. Je me suis demandé ce que je faisais de tout l?amour reçu du Christ. Ce sont là des points de départ de mon cheminement vers la prêtrise.

Certes, dans toute vie, il y a des joies et des difficultés. Et face à une société où il faut courir sans cesse, trouver du temps pour réfléchir sur sa vie est un exercice exigeant. Ainsi, annoncer que Jésus est venu nous révéler ce qu?il y a de bien, de vrai et de beau en nous, n?est pas chose facile.

Vivre ma foi en tant que jeune prêtre, ne consiste pas à proposer des remèdes aux différentes épreuves de la vie. Être croyant, c?est prendre au sérieux la souffrance des personnes rencontrées et les respecter. Nous ne devenons pas prêtres pour pass diber are dimounn. Croire en Dieu, c?est vivre d?une espérance non pas naïve, mais aider toute personne à être reconnue dans la dignité. Et Jésus, Dieu, se sont impliqués dans la vie des hommes avec leurs cris, leurs blessures et le désir de les remettre debout. »

LE « PANDIT » CHANDRADEO BEEHARY, 30 ANS :

« Je cherchais à donner un sens à ma vie »

« J?étais en quête de vérité. Je trouvais que la vie était trop matérielle et trop compliquée. Le décès tragique de mon père, suivi de celui de mon frère, laissait des interrogations qui fourmillaient dans mes pensées. Je cherchais à donner un sens à ma vie. Je suis redevable vers ce groupe de personnes qui m?ont parrainé à parfaire des études supérieures afin de devenir pandit. Je pense que cette vocation spirituelle n?a pas commencé ici. Je crois à la réincarnation et j?estime que j?étais déjà sur cette voie dans mes vies antérieures.

Comment ma famille a réagi ? Elle était surprise quand je leur ai annoncé ma décision de devenir pandit. Les choses se sont passées tellement vite, et je n?ai pas cherché à réviser la voie adoptée. Ma famille est aujourd?hui fière de moi car je partage ce que j?ai appris. J?ai 30 ans, et j?aurais pu m?engager dans d?autres professions et gagner un joli pactole. Mais être pandit, au service d?autrui, est pour moi une richesse inestimable ! J?ai grandi au niveau du caractère, des connaissances et de la sagesse. J?ai eu une formation stricte de deux ans et demi en Inde avec un calendrier précis ? des heures spécifiques pour le sommeil, se nourrir, les études, et aider dans les activités du Gurukula (centre d?études). J?étais coupé de ma famille et de la vie matérielle. Tout cela a forgé en moi une discipline qui, au départ, était dure. Ensuite c?est devenu naturel. J?ai toujours aimé la quiétude. Aujourd?hui je comprends mieux le pourquoi de tout ce qui se passe autour de moi.

La route est longue et la formation dure toute la vie. Il faut toujours approfondir ses connaissances et bonifier le développement de l?être humain. Je regrette que beaucoup de croyants placent la chose spirituelle au deuxième rang. C?est dommage que tant de personnes ne trouvent pas la spiritualité comme réponse à leur mal-être. Ma perception de la spiritualité se résume ainsi : la discipline dans l?action, écouter sa voix intérieure, et être conscient que Dieu est avec nous et qu?il nous regarde à tout moment. »

LE PASTEUR NORMAN CRETIN, 24 ANS :

« Je suis toujours la même personne »

« Devenir pasteur n?est pas vraiment une décision car, lorsqu?on reçoit l?appel, c?est la volonté de Dieu qui prime. Je me suis toujours posé beaucoup de questions, surtout à l?adolescence, une période difficile pour beaucoup. Je me cherchais et les personnes rencontrées m?ont ramené sur le droit chemin.

Vers 17 ans, j?ai commencé à assister aux cours d?études bibliques de ma paroisse. C?est parce que je joue à la guitare que j?allais aux praise and worship mais, de fil en aiguille, j?ai compris que Dieu me parlait à travers ses écrits. Au début, je n?ai pas vraiment compris, mais j?ai prié pour que la volonté de Dieu soit faite et l?évidence était que c?était a real calling.

J?ai maintenant 24 ans et en janvier, j?ai commencé mes trois années de Bachelor of Divinity au St Paul?s United Theological College de Limuru, au Kenya. J?avais enta-mé des études d?ingénieur après le HSC, et c?était assez compliqué pour ma famille de comprendre que je quitte tout ça. Mais au fond elle n?était pas surprise car elle connaissait déjà mon implication à l?église.

Mes études couvrent beaucoup de sujets : sociologie, psychologie, grec, hé-breu, ou encore des textes sacrés d?au-tres religions. Ce n?est pas facile, car cet apprentissage n?est pas une science exacte, comme l?ingénierie.

Ce qui est sûr, c?est que c?est que cette foi apporte une paix intérieure. En tant que chrétien j?ai envie de suivre les pas de Jésus en aidant et en guidant les personnes. Je souhaite servir Dieu avec force, intelligence et amour, en menant une vie simple avec ma famille. La vocation de pasteur donne aussi une voix pour crier à l?injustice.

Je n?ai peut-être plus mes piercings, mais je suis toujours la même personne, avec la même personnalité et ma nature profonde n?a pas changé. Je sais que Dieu m?a aidé à chaque instant de ma vie, même dans les mauvais moments, pour me mener sur sa route. Des pêcheurs ont écrit l?Évangile, et Abraham, qui ne pouvait avoir d?enfant est devenu le père d?une nation. La croix de Jésus s?est transformée en gloire et je crois au dessein que Dieu a choisi pour moi. Savoir qu?un être plus fort que nous a un plan pour nous tous m?a aidé à me connaître, à savoir quel était mon rôle sur Terre. Je suis appelé à aider les autres. »

LIVA PAYANIANDI, DE CONFESION BAHA?IE, 24 ANS :

« La base de ma croyance : l?unité et l?union dans la diversité »

« Je suis née dans une famille de Bahá?í, mais j?ai toujours été enflammée par la foi. À 15 ans, nous devons déclarer si oui ou non nous allons suivre l?enseignement de Báb, l?annonciateur du prophète Bahá?u?lláh et des saintes écritures du prophète, ainsi que celles de Abdu?l-Bahá, son fils. Je n?ai pas hésité une seconde.

Pour tous les problèmes, je sais que j?ai une solution divine car dans la prière je trouve la confiance et la force de me dire que dans toute calamité il y a du bon, et même une preuve d?amour de Dieu. J?ai aujourd?hui 24 ans et, de 2006 à 2011, j?ai des activités spécifiques à faire. Quatre ?actes de services? font partie de ce plan, et ces activités consistent en des réunions de prières, des classes pour enfants, pour les jeunes et des cercles d?études. J?ai étudié les sept livrets Bahá?í et je mets en pratique les théories telles que l?enseignement de la foi ou les séances de discussion. J?initie aussi ceux qui portent un intérêt à la foi Bahá?íe.

Lors de ces actes de services, tout le monde est le bienvenu car nous croyons, entre autres, à l?unité du genre humain et des religions. Je comprends et je reconnais les prophètes et les paro-les des autres religions. C?est la base de ma croyance : L?unité et l?union dans la diversité. Je précise que les écrits Bahá?í ont été traduits à Maurice en anglais, français, créole, ourdou, hindi, tamoul et mandarin. Bahá?u?lláh a écrit : ?La religion de Dieu a pour but l?amour et l?union. N?en faites pas une cause d?inimitié et de conflit.?

Il faut aussi savoir que la communauté Bahá?íe n?a pas de clergé. Notre prophète a mis en place des insti-tutions que l?on pourrait qualifier de démocratiques car les trois corps administratifs sont élus. Il existe l?assemblée spirituelle locale, qui est gérée par l?assemblée spirituelle nationale, sise à Port-Louis, et il y a la Maison universelle de Justice qui se trouve à Haïfa, en Israël.

Il n?y a pas de métier Bahá?í, pas de rémunération, c?est une façon de vivre, et lorsque l?organisation sollicite notre aide, nous répondons à l?appel. C?est évident que nous devons travailler pour avoir un toit, des vêtements, un peu de loisirs ou de confort, mais il faut de la modération pour toute chose. Les gens veulent souvent de plus en plus de choses et la spiritualité combat ces excès. L?attachement excessif aux biens et au confort n?apporte pas la paix. »

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