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Et si la canne se sucrait grâce à l?industrie chimique ?

6 décembre 2005, 00:00

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Sortir notre canne de la mélasse est l?objectif avoué de l?industrie. Une présentation, hier, à l?université de Maurice (UoM), ouvre une nouvelle perspective : la sucrochimie. Un rapide démarrage dans ce sous-secteur pourrait catapulter Maurice en pole position. Tel est l?avis du professeur Matthias Rehahn, de l?Université de technologie de Darmstadt, en Allemagne.

?C?est le début d?une nouvelle ère?, souligne le vice-chancelier de l?UoM, Indurlall Fagoonee. La réflexion résume l?environnement futur dans lequel l?industrie évoluera désormais. La baisse de 36 % du prix garanti en Europe prend effet dès 2009-2010, incitant à diversifier à l?intérieur du secteur.

La bagasse et l?éthanol sont deux sous-secteurs appelés à prendre de l?essor. Seuls, ils ne contribueront pas au maintien de l?industrie. La production énergétique à partir de la bagasse atteindra ses limites. Elle est tributaire de la demande locale et ne peut être exportée.

Concurrence forte pour l?éthanol

Pour l?éthanol, la concurrence est forte. Le Brésil domine le marché mondial. Grâce à sa politique énergétique, ce pays sud-américain domine le segment. Or, soutient Matthias Rehahn, ce pays, jusqu?ici, ne s?aventure pas dans le segment de la sucrochimie. Maurice a un atout en s?y lançant, et peut sécuriser une position solide dans ce créneau.

?On assistera à une forte demande en substances organiques au cours de la prochaine décennie. Le marché existe. Il s?agit de le trouver. Maurice a la chance de se transformer en le premier producteur de ces produits à forte valeur ajoutée?, a fait ressortir le professeur.

Sa logique implique un changement radical dans le traitement des dérivés de la canne. Passer de la production de substances basiques telles que l?éthanol à des matériaux plus complexes tels que l?acide acétique, les polymères et polyester. Ce sont là des intrants très demandés sur le marché mondial.

Mise à exécution dans cinq ans

A commencer par les polymères. De par leur nature, ils sont essentiels pour consolider le béton. Au vu de leur développement soutenu, l?Inde et la Chine sont des marchés à fort potentiel, fait ressortir Matthias Rehahn. Le polyester sert surtout à fabriquer des fibres textiles artificielles, dont les plus connues sont le Tergal et le Dacron. Quant à l?acide lactique, il est un intrant dans l?alimentaire en tant qu?agent de fermentation des produits laitiers, et en tant qu?arôme.

Au cours de sa présentation, le professeur Matthias Rehahn a dévoilé les avenues nouvelles qu?offre la canne sous le concept intégré de raffinerie biologique (Green biorefinery concept). Sa mise à exécution, avec un démarrage immédiat, prendrait un minimum de cinq ans à un maximum de 10 ans.

La première étape serait de jeter les bases scientifiques, ce qui prendrait en moyenne six mois. Pour la deuxième, qui signifie une montée en grade des sous-produits, l?exécution durerait deux ans. Et dans un laps de temps de cinq années, il y aurait quatre ou cinq raffineries.

Reste la question du financement de ces projets. Dans une récente interview accordée à l?express, l?administrateur de l?établissement sucrier de Mont Désert Alma, Jean-Claude Hoareau, faisait ressortir : ?On ne peut pas effectuer des opérations engendrant des pertes pour le sucre et espérer les récupérer à travers les sous-produits. Je ne dis pas qu?il n?y a pas de niches et de marchés. Tout développement de ce genre ne pourrait se faire sans l?expertise et l?investissement étranger, car l?entrepreneur local, à lui seul, ne pourra effectuer une percée sur le marché international.?

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