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Apprendre ensemble
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
Le gouvernement marche sur des oeufs à Nouvelle-France. S?il ne trouve pas une solution négociée à la controverse qui agite en ce moment ce grand village du Sud, il risque de faire face rapidement à une crise régionale ingérable. L?enjeu est majeur pour les habitants de cette localité même si la question qui fait débat peut sembler absurde aux yeux de certains observateurs extérieurs.
A l?origine du problème se trouve un changement de statut du collège d?Etat de Nouvelle-France. Pour des raisons relevant de l?optimisation des bâtiments publics, il a été décidé que ce collège passera bientôt sous la tutelle du Mahatma Gandhi Institute. A priori, cela a l?air d?une petite formalité administrative sans conséquences sur la qualité de l?éducation dispensée dans cet établissement. Mais les parents d?élèves du collège concerné ne l?entendent pas ainsi. Pour eux, ce changement signifie avant tout l?ouverture aux garçons d?un collège jusqu?ici réservé aux filles.
C?est le principe de la mixité scolaire qui est contesté par les parents. Le mélange des élèves des deux sexes, en milieu scolaire, reste une question taboue pour eux. Du coup, cela relance le débat sur la ségrégation des garçons et des filles au collège. Cependant, les échanges ne promettent pas d?être aussi fructueux qu?on aurait pu souhaiter. Car ce ne sont pas des considérations pédagogiques qui sont avancées pour soutenir les revendications des parents. Ceux-ci s?appuient essentiellement sur les effets pervers imaginés du mélange des sexes.
Sur le plan pédagogique, les spécialistes de divers pays ont examiné le problème sous tous les angles et beaucoup d?entre eux pensent que les effets bénéfiques de la coéducation dépassent largement ses inconvénients. Les classes mixtes ont l?avantage de résoudre deux problèmes. D?abord, les résultats scolaires des garçons s?en trouvent améliorés car ces derniers sont plus motivés dès lors qu?ils sont en concurrence directe avec des filles qui, en général, réussissent mieux aux examens. Ensuite, la mixité aide à combattre le désintérêt des filles pour les matières traditionnellement masculines comme les mathématiques ou les sciences. Beaucoup de filles s?interdisent des filières qu?elles jugent exclusivement masculines. Ces cloisonnements disparaissent avec la mixité.
Sur le plan social, personne ne peut contester l?excellent apprentissage de la vie qu?offre un établissement mixte à ses élèves. La coexistence des individus des deux sexes doit s?apprendre dès l?école pour que le passage à la société adulte se fasse ensuite en douceur. Il n?y a pas de ségrégation des sexes sur les lieux de travail, pourquoi faut-il en avoir à l?école ? Ceux qui croient que les écoles mixtes inciteront à la débauche se trompent de siècle. Les collégiennes qui ont brisé les tabous les plus tenaces pour tourner des clips de mauvais goût ne proviennent pas forcément des collèges mixtes. Au contraire.
Dans une société pudibonde où des fonctionnaires censés réfléchir sur la congestion routière investissent de l?énergie et des ressources dans la censure des affiches, le risque est grand que l?on refuse à nos enfants d?apprendre à vivre ensemble.
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