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Objectivement parlant
<B> Par Eric NG PING CHEUN</B>
On reproche souvent aux économistes la froideur de leur analyse. Ils mettent de côté leurs sentiments personnels, ne regardant que les faits et les chiffres. Pour eux, l?argent n?a pas de couleur, et le marché est un mécanisme impersonnel qui fait fructifier cet argent. Cela peut paraître cynique aux âmes sensibles, mais c?est un atout dans une démocratie pluriethnique comme la nôtre.
Si l?économiste s?élève au-dessus des querelles ethno-raciales, pour autant il n?ignore pas la dimension ethnique des structures économiques. Aucune analyse sérieuse de l?économie mauricienne ne peut faire l?impasse sur des réalités objectives, comme les marchés protégés. Pourfendeur de la bureaucratie publique, l?économiste n?a pas des inhibitions pour critiquer le secteur privé. Lequel n?est pas un bloc monolithique, car il existe plusieurs secteurs privés.
Le pilier de la réforme économique du gouvernement repose sur l?esprit d?ouverture. Ouvrir le marché domestique est le seul moyen d?y introduire la concurrence au profit du consommateur. Pour y résister, cherche-t-on à transposer la mentalité du ?noubanisme? de la sphère sociale au milieu économique ? Il serait vraiment triste si l?humeur du monde des affaires devenait tributaire de ?pa tous nou secter prive?.
Il va de soi que les analystes économiques et financiers interrogés dans le présent baromètre voient les choses plus objectivement. S?il est un fait que l?humeur de la population change au gré des conjonctures, ces spécialistes se projettent sur un horizon d?un an. Et même s?il est légèrement secoué, le taux d?optimisme sur les perspectives économiques reste très élevé à 87 % grâce encore aux effets positifs du dernier budget.
On manquera d?objectivité si on ne reconnaît pas l?existence d?un boom dans cinq secteurs, à savoir la construction, le tourisme, l?externalisation, les services financiers et les services professionnels. Les deux premiers connaissent une croissance à deux chiffres cette année, le troisième recrute des jeunes de façon agressive, et les deux derniers se livrent une guerre de recrutement des cadres au prix d?une inflation salariale.
La zone franche et le ?Seafood Hub? progressent aussi. Pour le premier semestre de 2007, 70 millions d?unités de produits d?habillement ont été exportées avec une hausse de Rs 2 milliards en valeur nominale. Entre-temps, l?exportation de produits de poisson a augmenté de 6 % à 39 700 tonnes.
Les seuls secteurs qui souffrent sont le sucre, la manufacture locale et le commerce. Le premier, affecté par la baisse du prix du sucre, doit rapidement se transformer en une industrie énergétique pour survivre. Mais la réforme sucrière piétine avec le risque que les décaissements des fonds européens soient retardés, voire annulés.
Déstabilisée par la réduction des droits de douane, la manufacture locale doit s?intégrer à l?ensemble de l?industrie afin de devenir plus compétitive face aux produits étrangers. Mais celui qui a proposé de porter à 20 le nombre de ?local leaves? a mis en péril l?avenir de ce secteur, voire l?objectif du plein emploi. Dans notre pays où l?on travaille cinq jours par semaine, si l?on ajoute les jours fériés et les congés de maladie simulés, les gens gagnent finalement 13 mois de salaire pour dix mois de travail !
Le commerce, lui, est pénalisé par l?inflation mondiale que personne ne peut maîtriser. Même en Chine, les prix alimentaires ont grimpé de 18 % au cours de l?année se terminant en août. A Maurice, il est prouvé que le contrôle des prix n?est pas une solution à l?inflation par les coûts. Non seulement il crée des pénuries, mais il fait obstacle à l?émergence de la concurrence, ce que le gouvernement veut précisément promouvoir.
Une loi de la concurrence est souvent appliquée à la lettre plutôt que dans son esprit. Elle risque ainsi de tuer la concurrence, de par la faillibilité des hommes. On peut seulement espérer élargir l?offre par l?ouverture de l?économie et par la loi infaillible du marché.
En même temps, la baisse de l?impôt sur le revenu, les compensations salariales et l?appréciation de la roupie sont susceptibles de soutenir la demande. La consommation, quoi qu?en disent les commerçants, demeure ferme. En août, l?inflation sous-jacente, qui est une mesure de l?inflation par la demande, excluant l?inflation par les coûts, reste élevée à 7,2 % en glissement annuel.
La raison est que trop de liquidités sont encore en circulation. La hausse de 75 points de base du ?Repo Rate? n?a pas asséché le marché monétaire. Pour y arriver, la Banque de Maurice (BoM) doit conduire des ?Reverse Repo Transactions? à la satisfaction des banques. C?est ce qui est prévu dans le nouveau cadre de politique monétaire, qui est censé aider à combattre l?inflation.
Or la BoM a cessé de faire de telles opérations depuis le 21 mai dernier ! Dans ce cas, le ?Repo Rate? n?accomplit pas sa fonction réelle. Si la BoM reste inactive, les banques ne pourront plus maintenir les taux interbancaires dans le corridor délimité par le taux plancher et le taux plafond du ?Repo Rate?.
La BoM doit agir comme la Banque d?Angleterre qui, pour empêcher le décrochage du taux interbancaire, publie le montant mensuel de ses réserves destinées aux opérations de pension. Cela aidera nos banques à mieux planifier leurs placements. Pour rendre opératoire le nouveau cadre monétaire, il faudra le réexaminer objectivement.
(www.pluriconseil.com)
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