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La chirurgie du ministre Anil Bachoo
«Système de santé à deux vitesses»
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La chirurgie du ministre Anil Bachoo
«Système de santé à deux vitesses»
La chirurgie subie par le ministre de la Santé et du bien-être, Anil Bachoo, à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo, fait polémique notamment à cause d’une une contradiction flagrante sur la participation de son médecin privé dans un établissement public ainsi que sur des questions d’équité de traitement par rapport aux citoyens ordinaires. Sur les réseaux sociaux, le ministre avait affirmé, le 23 août, que son médecin du privé, le Dr Pravish Rai Sookha, était présent dans le bloc opératoire «uniquement à titre d’observateur». Selon lui, l’opération avait été intégralement réalisée par l’équipe de chirurgiens du service public. Cependant, lors de la première Private Notice Question au Parlement, le 1ᵉʳ septembre, du nouveau leader de l’opposition, Chetan Baboolall, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a contredit son ministre.
Il a expliqué que le Dr Sookha avait finalement pratiqué l’intervention en raison de son expertise spécifique en chirurgie keyhole (cœlioscopie). Pour justifier l’erreur de communication de son ministre, Navin Ramgoolam a argué qu’Anil Bachoo était sous anesthésie et «ne savait probablement pas ce qui s’était passé». Retour sur cette affaire avec l’avis de deux médecins, les Drs Isshaq Jowahir et le député Farhad Aumeer.
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Questions au… Dr Isshaq Jowahir, vice-président de la Private Medical Practitioners Association (PMPA) : «Si ou donn enn privilez enn VIP, be li pa bizin res enn privilez. Li bizin vinn enn protokol etabli pou tou dimounn»

Existe-t-il un texte légal ou une directive du Medical Council qui autorise ou interdit explicitement à un médecin du privé d’opérer dans un bloc opératoire du service public ?
À ma connaissance non. Le Medical Council n’interfère pas dans l’administration des hôpitaux publics ou privés. Il est habilité à délivrer des licences aux médecins pour exercer, mais n’a rien à voir avec le day-today running des hôpitaux, que ce soit dans le public ou le privé.
Un citoyen mauricien ordinaire a-t-il le droit d’exiger que son chirurgien privé l’opère dans un hôpital public ?
Non. À part ce cas dont nous parlons, je ne connais pas de patient qui ait exigé que son médecin privé vienne l’opérer dans un hôpital public. Et je ne connais pas de médecin privé qui ait opéré dans un hôpital public. À moins qu’il n’y ait un arrangement entre le privé et le ministère. Par exemple, à une certaine époque, je me souviens qu’il y avait un backlog au niveau des opérations dans les hôpitaux publics. Le ministère avait fait appel aux médecins du privé pour venir faire des opérations afin d’éliminer ce backlog. C’était dans le cadre d’un protocole bien établi. Mais cela est terminé. C’était fait dans un protocole strict et depuis, cela n’a pas été refait.
Avec le cas dont nous parlons, cela ne crée-t-il pas une médecine à deux vitesses ?
Définitivement. Il y a une médecine à deux vitesses à Maurice. Deza ena enn problem vites o minister. Si ou donn enn privilez enn VIP, be li pa bizin res enn privilez. Li bizin vinn enn protokol etabli pou tou dimounn. De plus, si vous regardez l’élection des membres au Medical Council, ce sont toujours les médecins du secteur public qui sont en majorité, car il y bien évidemment beaucoup plus de médecins dans le public. Nous demandons au niveau de la PMPA que les médecins du privé votent pour leurs candidats du privé et que les médecins du public votent pour leurs candidats du public.
En cas de complication ou d’erreur médicale lors de l’intervention du ministre, qui aurait été légalement responsable face à la justice : l’État, l’équipe de l’hôpital public ou le médecin privé ?
Dans les cas des médecins étrangers qui viennent faire des opérations à Maurice, il faut avoir l’aval du Senior Chief Executive du ministère tandis que le Medical Council est informé du nombre des opérations à être effectuées. Dans ces cas précis, c’est le ministère qui prend toutes les responsabilités. Dans le cas de l’opération dont nous parlons, où il n’y a pas tous ces protocoles, je ne sais pas qui aurait dû assumer les responsabilités en cas de complications. Li vinn enn kafouyaz.
Avez-vous connaissance d’autres cas passés où des médecins du privé ont opéré dans le public hors des programmes officiels de «Visiting Professors» ?
À la PMPA nous ne connaissons aucun cas dont vous parlez. Kapav bann-la fer li soutapi, me nou pa kone. D’ailleurs dans le cas de keyhole surgery, il y a beaucoup de médecins du public qui font ce genre d’opérations. Mo pa trouve kifer bizin enn dokter prive pou finn fer sa loperasion-la.
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Dr Farhad Aumeer : «Qu’il n’y ait aucune confusion ni interprétation à l’avenir»

L’affaire de la chirurgie subie par le ministre Anil Bachoo soulève une question fondamentale : les mêmes règles s’appliquent-elles réellement à tous les patients, sans distinction ? Pour le Dr Farhad Aumeer, député de la majorité, élu de la circonscription n° 2 (PortLouis-Sud–Port-Louis-Centre) et médecin spécialiste ayant plus de 30 ans d’expérience, un principe ne souffre d’aucune ambiguïté : ce qui se passe dans une salle d’opération relève de la confidentialité médicale. Cette confidentialité ne signifie toutefois pas que tout doit rester dans l’ombre. Lorsqu’un patient estime avoir subi une négligence, conteste la manière dont il a été pris en charge ou réclame une enquête, les mécanismes appropriés doivent pouvoir être déclenchés.
Dans un tel cas, les informations relatives à l’intervention peuvent être examinées dans le cadre d’une procédure officielle, notamment à la suite d’une plainte auprès des instances compétentes. Mais une autre question mérite d’être posée : le patient dispose-t-il réellement du même droit de choisir où, comment et par qui il sera soigné ? Le Dr Aumeer rappelle que le choix du patient concernant son traitement et le professionnel qui le prend en charge constitue un élément essentiel de la relation médicale. Ce choix doit cependant s’inscrire dans le respect des procédures et règles applicables aux établissements de santé. «Pour éviter toute controverse à l’avenir et s’il doit y avoir une explication, cela doit se faire par le biais de protocoles et réglementations, afin qu’à l’avenir, il n’y ait aucune confusion ni aucune interprétation susceptible de mener à un système de santé à deux vitesses», explique-t-il.
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