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Mutations déstabilisantes
<B>Par Akilesh ROOPUN</B>
Avec le pétrole à $ 80 le baril et les répercussions de la crise du ?subprime mortgage? américain, l?économie mondiale est entrée dans une phase d?instabilité. La flambée continue des cours des matières premières et les risques de ralentissement de l?économie américaine, principal moteur de la croissance mondiale, sont les principales sources de perturbations. Les ?net food importing countries? comme Maurice sont perdants à tous les coups.
Une récession aux Etats-Unis entraînerait dans son sillage un ralentissement du commerce international, de la croissance mondiale en conséquence. Pour l?instant, la crise des crédits immobiliers à risque n?a pas affecté l?économie réelle en dehors des Etats-Unis. Mais les canaux commerciaux pourraient répandre très vite d?éventuelles secousses dans la consommation américaine au monde entier.
Les marchés s?attendent à une baisse des taux d?intérêt aux Etats-Unis (la Réserve fédérale américaine a pris une décision sur les taux hier soir) dans une tentative d?endiguer le danger de récession. Si d?une part, il y a des risques de ralentissement de l?économie mondiale, on n?entrevoit, d?autre part, aucun répit des cours des matières premières. Les aléas climatiques dans plusieurs grands pays producteurs de denrées alimentaires comme l?Australie, l?Inde et la Hongrie ont fait flamber les prix du blé, du riz, des grains secs et du lait, entre autres.
Le pétrole est, d?une certaine manière, doublement responsable de l?inflation mondiale. D?abord, le cours du brut évolue au-delà de la barre des $ 80. La facture pétrolière va peser encore plus lourd dans les économies fragiles comme la nôtre.
L?ironie veut que ce soit les substituts au pétrole qui ont provoqué, en grande partie, la cherté des denrées alimentaires. D?importantes quantités de céréales, dont le maïs, sont déviées vers la production de biocarburants.
La culture du maïs occupe aujourd?hui environ 70 % de la production céréalière. Destiné au marché des biocarburants, le maïs est bien plus rentable que le blé, et incite de plus en plus d?agriculteurs à lui consacrer davantage de surface.
Le blé, déjà victime de sécheresses et d?inondations, voit ses stocks se fragiliser davantage. L?insuffisance de l?offre face à la demande a propulsé les cours à des sommets historiques.
Le phénomène de la Chine vient compliquer la problématique. L?effet chinois est une arme à double tranchant. D?abord, la Chine inonde la planète avec des vêtements, des équipements et des accessoires de tout genre à bas prix, provoquant, du coup, un mouvement de déflation mondiale.
Toutefois, pour produire ces mêmes produits, les entreprises chinoises mobilisent de gigantesques volumes de métaux, de pétrole, de bois et de coton, entre autres, des quatre coins du monde, mettant ainsi de la pression sur le coût de ces matières et sur le transport maritime.
C?est dans ces conditions que le commerce mondial se redessine avec, d?une part, des négociations de l?Organisation mondiale du commerce qui s?acheminent vers une conclusion et, d?autre part, des discussions autour des Accords de partenariat économique entre l?Europe et les pays d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Maurice devra rester sur ses gardes. La libéralisation commerciale risque de le rendre encore plus vulnérable aux nouvelles dynamiques des échanges internationaux.
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