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M. D. raconte Chagos et les Chagossiens

17 septembre 2007, 00:00

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Nombreux sont ceux se prétendant les protecteurs patentés de nos frères et s?urs chagossiens, déportés et abandonnés à leur triste sort depuis 1965 et après. Ils vont de ceux qui apparaissent, à l?occasion du passage d?un visiteur de marque, après avoir obtenu l?assurance de la présence de caméras de télévisions locales et étrangères. On leur reconnaît par leurs efforts risibles d?imiter l?intrus voulant jouer les familiers. Ils sont des chasseurs patentés de cartes d?invitation, des fraudeurs-fonctions, s?estimant, de droit divin, des right men in the right place. Il y a aussi ceux plus discrets mais plus efficaces sur qui nos frères et s?urs chagossiens peuvent toujours compter surtout quand ils sont dans le besoin. Il y a aussi ceux qui, comme le précieux et fidèle collaborateur omniscient de l?express, M.D. ou K.D., ont vécu plusieurs années aux Chagos, y ont travaillé et connaissent la plupart des Chagossiens personnellement. Au début de septembre 1982, M.D. évoque donc ses souvenirs des Chagos à l?intention des lecteurs de son journal préféré, l?express.

Il est optimiste l?ami M.D. Il espère que le problème de ses amis chagossiens sera bientôt et définitivement réglé. La Grande-Bretagne leur promet une compensation (à laquelle il n?a pas droit en dépit de ses nombreuses années de travail aux Chagos, comme tant d?autres Mauriciens et Mauriciennes et non des moindres, compensation qu?ils ont la décence et l?élégance de ne pas réclamer alors qu?ils y ont droit incontestablement, étant devenus sur la terre chagossienne des Chagossiens de c?ur). Les Mauriciens conservent de leur côté leurs droits inaliénables de réclamer la rétrocession des Chagos, ces îles éparses, leur appartenant, que l?Anglais leur vole et que les Etats-Unis d?Amérique recèlent illégalement, à l?encontre de toutes les conventions onusiennes, concernant la décolonisation et l?indépendance des anciennes colonies.

Les Chagossiens n?étaient pas moins miséreux et parfois ignominieusement exploités, sur leurs îles natales, par des administrateurs mauriciens ou seychellois mais également sans c?ur ni humanisme. Sans être au paradis, ils pouvaient toutefois y vivre l?esprit aussi tranquille que les oiseaux du ciel ou encore les lys des champs. Il n?est pas dit que tous les Chagossiens veulent retourner vivre dans les ziles-là-haut, pense M.D., à moins que les conditions de vie et de travail changent du tout au tout.

Les Chagossiens sont de bons marins. Ils ne paniquent jamais ou presque même dans les moments les plus critiques. Il donne un exemple. On reste, un jour, sans nouvelle d?un bateau, le Seamaster, envoyé en mission de Salomon à Peros. Il doit faire face à des vents contraires et prend 36 heures pour arriver en vue de Peros. Sa grande voile est déchirée et il perd son foc en cours de route. Le voyant ainsi en difficulté, l?administrateur de Peros part à sa rencontre à bord d?un bateau à moteur. Au moment de l?accostage, survient un énorme grain qui trempe jusqu?aux os les personnes en mer mais qui noie surtout le moteur hors-bord. Voilà le Seamaster qui, en plus de ses soucis, doit remorquer le bateau à moteur. Ses occupants parviennent sur une île déserte qu?ils ne peuvent quitter pendant 48 heures en raison du mauvais temps prévalant de plus belle. Pendant ce temps, toute la communauté chagossienne s?inquiète d?être ainsi sans nouvelle des occupants du Seamaster comme de l?administrateur de Peros. De telles mésaventures sont monnaie courante aux Chagos. Tous peuvent toutefois compter sur l?expérience et sur la débrouillardise de tout un chacun, ce qui ne dissipe pas pour autant un certain sentiment d?inquiétude et de solidarité.

M. D. donne de précieux renseignements sur les différentes tâches auxquelles sont assignés les Chagossiens. L?éplucheur doit ramasser et éplucher 300 noix de coco par journée de travail. Il s?agit d?un minimum. Pour être bien vu de l?administration, il faut éplucher entre 800 et 1 000 noix de coco. Celles-ci sont payées dix sous... le cent. Un bûcheron remplit une charrette de bois coupé pour un... demi-litre de vin. Une écailleuse décortique, par jour, 700 noix de coco épluchées. Des fillettes de 12 à 13 ans transportent sur leur tête des paniers de pulpe de coco décortiquée, paniers pouvant peser jusqu?à... 150 livres. Les femmes enceintes doivent fabriquer 20 balais de coco par jour. Cela suppose le ramassage des palmes de cocotier, le grattage des feuilles pour ne conserver que les nervures, leur nouage en quantité suffisante pour constituer les 20 balais fatidiques.

Tout travail extra est tout bénef pour l?administration parce qu?elle s?acquitte du salaire dû mais se dispense de fournir la ration alimentaire attachée à ce salaire de misère. A demain, pour d?autres précisions concernant les conditions de vie et d?exploitation humaine aux Chagos.

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