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Got to have Kaya now!
On a attendu huit ans pour avoir un vrai Best Of de Joseph Réginald Topize, un opus avec des versions inédites au niveau de l?arrangement mais aussi des voix héritiers de Kaya. Ainsi, ce sera bientôt chose faite avec ce projet de Harbour Music (Kailesh Persand). Une occasion de revenir sur les traces de ce personnage et de sa musique qui a marqué l?histoire de notre île.
Son personnage imposait le respect, malgré les dernières années sombres de sa vie, Kaya demeurait dans le c?ur des Mauriciens, le révolutionnaire d?une musicalité nouvelle.
Il mesurait le sens de ses mots et composait sa philosophie en prose. Il a su, avec une formule fraîche, associer le séga d?ici avec le reggae de Bob dans un alliage trempé dans le social. L?homme devenu Kaya (en chantant Marley) a cessé de donner de la voix, à mots cachés ou déguisés. Ses paraboles devenaient limpides rythmées par des riffs de guitares sèches, guidées et inspirées par les aléas de l?existence et des exigences d?un pays aux multiples visages. «Malbar, sinwa, afrikin, blan? ki p viv dan lil moris kot sakenn pe guett so diferans kalite? », extrait Ki to été twa. Un verbe et un cri qui assomme la réalité d?une île.
Best Of Kaya pérennise la mémoire discographique du roi du seggae, chanteur pacifique mort de manière mystérieuse dans une cellule à Alcatraz un février noir, en 1999.
En temps de braise, Kaya s?est fait le martyr d?une île. La révolte qui s?en suit atteste de la fragilité d?un pays vivant sous les chardons du communalisme. Aujourd?hui encore, les stigmates de ce mal fait de l?ombre à un semblant d?harmonie nationale.
<B>Héritiers du seggae</B>
A 38 ans, ce père de deux enfants avait écrit à l?encre de sa rage, mais aussi de sa tristesse la division sociale persistante, appelant à un retour aux sources. Le seggae s?est fait la locomotive musicale saignant la réalité à coup de mots. Kaya a su trouver par le biais de ses chansons le moyen d?exposer à une société aveugle la véracité de son destin. «Mo pep to racinn pe brile».
En son absence, les émules du seggae continuent le travail enclenché par le père. Le seggae à forte teneur revendicatrice, sociologique et autobiographique à trouver des dignes héritiers pour porter cette sonorité vers d?autres contrées. OSB Crew, Ras Natty Baby? ont permis au seggae de rayonner ailleurs.
Aujourd?hui, chacun à leur façon, conserve le fruit de Kaya et empêche que la racine de notre île soit calcinée dans des enclaves communales. Les chansons et les citations de Kaya inspirent les contemporains de la musique locale. Bon nombre reprennent ses mots pour perpétuer la mémoire de l?homme. Dagger Kkila chante Kaya sur le DVD Reggae Donn Sa 2, pour introduire La kam (en duo avec Blakkayo). Double K en fait autant sur son album solo, Zizman dernier. Menwar fait de Ras Kouyon un «sagaï bluesé» en compagnie d?Eric Triton et de Ras Minik, lors d?un concert inédit.
Kaya reste, dans la mémoire collective, cette voix solitaire qui résiste à la marée de l?oubli. Les vagues de la nostalgie nous ramènent à la réalité de ses dires. Joseph Réginald Topize est vivant au travers de ses messages. L?homme n?est plus, son héritier survit. Merci Kaya !
<B>Blakkayo : ?Conserver la memoire dew kaya ? </B>
Il est une des voix qui accompagne Kaya sur la nouvelle version musicale de Ras Kouyon. Fast-styler d?OSB Crew, Blakkayo se dit honoré de participer à ce featuring post-mortem. «C?est aujourd?hui un grand plaisir de contribuer à ce projet,» dit ce membre d?Otentikk Street Brothers.
Héritier de Kaya de par son engagement musical avec le combo de Plaisance mais aussi en solitaire, Blakkayo insiste sur l?importance de conserver la mémoire de Kaya. «Les messages de Kaya continuent encore d?avoir leur importance dans notre société. Ses mots commentent encore et toujours notre actualité. »
Kaya, poursuit Blakkayo, était un grand visionnaire, son analyse de la société avec un sens aigu de la vérité et de l?égalité est un exemple à suivre. «Grâce à la musique d?OSB Crew ainsi que d?autres artistes, on continue le travail de Kaya, diffusant encore le malaise d?une société en danger et la souffrance d?un peuple.»
Précédemment, Blakkayo avait déjà fait un duo avec Kaya, de son vivant, sur Mauritian Groove, produit par Percy Yip Tong, où il avait refait la chanson Fam dan zil avec Kaya. «Ce fut un moment mémorable. Côtoyer le créateur du seggae pour un jeune soldat est une rencontre qui vous marque à vie. Kaya sera toujours là,» conclut Blakkayo. Par ailleurs, le groupe travaille toujours sur son troisième album qui devrait être dans les bacs en décembre.
<B>Ras Natty Baby : ?Seggae, la musique d?émancipation?</B>
Ami et partenaire de Kaya à ses balbutiements vers la route du seggae, Ras Natty Baby confie que Ras Kouyon est la première composition de Kaya, après sa phase de reprises de Bob Marley. «Le premier titre de cette chanson était Imbecile, après Kaya l?a changé pour en faire Ras Kouyon.» La musique de Kaya, avance le chanteur, est une émancipation du séga. Cette sonorité trop festive ne collait pas aux messages contestataires de Kaya. La musique de Kaya avait une portée militantisme. «La post-indépendance a emmené une vague de frustration au sein du peuple mauricien, et le message de Kaya avait trouvé un véhicule au travers du seggae pour évacuer cette frustration,» poursuit Ras Natty Baby.
Interprété cette chanson avec Kaya, même après sa mort, est réaffirmé sa solidarité avec son frère musical. «Ras Kouyon est l?une des chansons de Kaya qui m?a toujours marqué. Le message est vrai et sincère, appelant une nation à réagir. Dans son interprétation, il conserve l?esprit du texte de Kaya avec des modifications insignifiantes à la fin des phrases.» Malgré le langage populaire qui a construit une rivalité entre les deux chanteurs, Ras Natty Baby tient à éclaircir la situation : « Il n?a jamais eu de rivalité entre Kaya et moi. Notre relation fut tout le temps cordiale et amicale. »
Le seggae est aujourd?hui une identité mauricienne qui a contribué à une vraie évolution. C?est devenu un catalyseur avec un accent fortement social. La nouvelle génération l?a bien compris.
<B>Best Of Kaya un nouvel arrangement</B>
Pour ce Best Of de Kaya, huit ans après sa disparition, l?arrangeur Jalill Auckbaraullee a invité les musiciens du groupe Cool is I, Maxime, Togos, Rajen, Jocelyn ainsi que Clarel Armelle, Hans Mallet, Patrice Desvaux et Caroline Auckbaraullee. Sur le disque, il n?y a rien que la voix de Kaya qui reste, la musique a été complètement retravaillée avec un nouvel arrangement : plus de sonorités africaines sur quelques chansons. On retrouvera quelques titres figurant sur le dernier opus de Kaya, Seggae Experience, notamment Lape Universel, Chant l?amour? ainsi que d?autres titres issus des albums de Joseph Réginald Topize.
«Ce fut un grand plaisir de travailler sur ce disque Kaya aujourd?hui en assurant l?arrangement,» dit Jalill Auckbaraulle. Best Of Kaya est enregistré au Studio Scorpio, à Petite-Rivière et est produit par Harbour Music. Baby? ont permis au seggae de rayonner ailleurs.
Aujourd?hui, chacun à leur façon, conserve le fruit de Kaya et empêche que la racine de notre île soit calcinée dans des enclaves communales. Les chansons et les citations de Kaya inspirent les contemporains de la musique locale. Bon nombre reprennent ses mots pour perpétuer la mémoire de l?homme. Dagger Kkila chante Kaya sur le DVD Reggae Donn Sa 2, pour introduire La kam (en duo avec Blakkayo). Double K en fait autant sur son album solo, Zizman dernier. Menwar fait de Ras Kouyon un «sagaï bluesé» en compagnie d?Eric Triton et de Ras Minik, lors d?un concert inédit.
Kaya reste, dans la mémoire collective, cette voix solitaire qui résiste à la marée de l?oubli. Les vagues de la nostalgie nous ramènent à la réalité de ses dires. Joseph Réginald Topize est vivant au travers de ses messages. L?homme n?est plus, son héritier survit. Merci Kaya !
<B>Stephan Jauffret-REZANNAH</B>
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