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Les marques et le superflu sacrifiés
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Les marques et le superflu sacrifiés
Les ménages mauriciens sont affectés. Des denrées alimentaires aux autres produits de grande consommation, tous sont pris dans la hausse vertigineuse des prix. Importateurs et réseaux de grande distribution font le même constat. Les Mauriciens évoluent dans leur rapport à la consommation. Et les options ne sont pas élargies autant à l?importation qu?à la distribution.
Dans son édition de juin 2006 du rapport : Perspectives de l'alimentation, l?Organisation des Nations Unies pour l?alimentation et l?agriculture (FAO) prévoyait déjà une augmentation constante de la facture des importations alimentaires mondiales. Les pays en développement, étant les plus importants importateurs de denrées alimentaires, continuent à voir leurs factures augmenter.
Parmi ces pays figurent, en premier chef, des économies comme la Chine et l?Inde. Ces deux marchés fournissent aussi une part conséquente de l?importation mauricienne, hormis les destinations classiques pour des produits spécifiques. «Les commandes grossissent. Des pays comme la Chine surplombent désormais le commerce mondial. Cela se répercute au niveau de l?alimentation et du prix évidemment», confirme Siddick Rostom, directeur de Centrale d?Achat Import/Export Ltée.
«La filière pour le lait en poudre reste, par exemple, l?Australie et la Nouvelle Zélande. Pour le riz, c?est l?Inde et le Pakistan et, dans une certaine mesure, la Thaïlande. Pour le lait, si nous parlons d?autres sources d?approvisionnement, c?est l?Europe et, là, les prix sont doubles, voire triples. Pour le riz, il y a l?option Madagascar et la Chine, mais ils proposent un riz d?une autre qualité que celle à laquelle les Mauriciens sont habitués. C?est aussi une question d?habitude de consommation», explique Nicolas Kan Wah, manager de London Way de Rivière-Noire.
Habitudes de consommation, mais aussi des contraintes à l?importation. «Les prix à travers le monde ont augmenté de plus de 50 %. Même des pays comme la Chine sont touchés. Pour notre part, nous testons bien d?autres marchés pour nos importations. Nous n?exigeons aucun marché, pas même celui des pays africains. Mais les consommateurs ont des réflexes consacrés. Ils ont l?habitude des gros pois blancs. On ne peut, par conséquent, leur proposer un gros pois rouge venant d?un autre pays. C?est la même chose pour le Red Cow ou le riz basmati», fait ainsi ressortir Veemarlaine Veera-pen, directeur de J.M. Veerapen International, importateur de riz et de grains secs. «Il est des produits de base pour lesquels les Mauriciens ne sont pas disposés à faire des compromis sur les marques», ajoute-t-il.
Sur la scène internationale, il y a des impératifs contre lesquels on ne peut se battre. D?une part, l?économie mondiale est devenue plus volatile. D?autre part, le prix du pétrole enregistre des hausses qui ont des répercussions néfastes. Les marchés agricoles, dans ce contexte, ne sont pas épargnés. Face aux impondérables du climat, il y aussi des maladies qui se sont développées.
<B>Nouvelles experimentations</B>
«La production mondiale des denrées de base a baissé. Même si elle était en hausse, elle n?arriverait pas à répondre à la demande. Parallè-lement, le fret, le coût de la main-d??uvre et de production sont en hausse. Mais il faut être optimiste. Pour certains produits, les prix reviendront à la normale à partir de janvier prochain car des récoltes sont prévues en octobre prochain», assure Veemarlaine Veerapen.
Dans des conditions aussi difficiles, les fournisseurs aussi bien que les consommateurs n?hésitent pas à tenter de nouvelles expérimentations. «Il existe des alternatives et une multiplicité de produits qui permettent à des substituts de se faire une place sur les rayons. Il faut aussi développer des stratégies commerciales qui répondent aux besoins des ménages. Par exemple, pour le riz, il y a des marques qui sont très prisées mais dont les prix ont connu une forte hausse. Donc, lorsqu?on propose des promotions, on le fait sur d?autres marques. Mais il faut que le rapport qualité-prix soit excellent», explique Fazal Ebrahim Dawood, marketing manager à Shoprite.
«Pour le lait aussi, le client va bouger de marque. Cependant, cela dépend de ce qui est disponible, ou alors il va mélanger le lait en poudre avec de l?UHT. On l?a constaté à maintes reprises et il n?y a pas d?autres règles : les substituts décollent s?ils sont de bonne qualité. Mais il est aussi vrai que le Mauricien ne fera pas de concession sur certains produits, par exemple, les boissons gazeuses, saucisses de poulet, la margarine et, dans une certaine mesure, le jus», poursuit-il.
Ce constat est partagé par Nicolas Kan Wah qui note également que la consommation générale n?a pas connu de baisse, même si les prix ont augmenté.
«Les Mauriciens sont moins sélectifs. Maintenant, c?est le prix qui compte», souligne-t-il. «Aujourd'hui, les consommateurs ne prennent plus en compte les marques. La majorité des Mauri-ciens ont pour souci majeur les prix», confirme Siddick Rostom.
«Des produits de haute gamme ont connu des hausses. Cela a favorisé les marques secondaires et les Mauriciens ont franchi une barrière psychologique. Ils passent plus facilement à un autre produit que celui qu?ils ont l?habitude de prendre, mais cela ne veut pas dire que ce produit soit de moindre qualité. C?est une tendance qui se généralise et on va assez vite dans cette direction», analyse Nicolas Kan Wah. «Les grandes marques ont compris cela et elles n?augmentent pas, en conséquence, leurs prix. C?est la compétition qui joue en faveur du consommateur», poursuit-il.
Il existe, cependant, d?autres types de produits où le changement dans les habitudes est radical. «Il en est ainsi pour le whisky. Le marché du whisky est très réduit désormais. Par contre, celui du gin, du rhum ou des spiritueux, enregistre une hausse», témoigne, à cet effet, Nicolas Kan Wah.
Une grande partie des consommateurs mauriciens est donc disposée à changer de marques mais n?est pas prête à transiger sur la qualité. Discours de convenance des opérateurs ou réel constat des habitudes de consommation?
La question reste posée. Mais il est une autre réalité sur laquelle Siddick Rostom attire l?attention. «D?une part, il y a un phénomène de pénurie pour certains produits. D?autre part, il est un fait que le pouvoir d?achat a considérablement baissé. Face à ces deux défis, il faut que le pouvoir central développe d?autres stratégies. Sans une augmentation du seuil du salaire minimal, des foyers continueront à s?appauvrir, avec les conséquences négatives que cela peut entraîner», conclut, à ce chapitre, Siddick Rostom.
CONSEIL DES MINISTRES
■ <B>Les consommateurs pourront poursuivre les commerçants malhonnêtes</B>
Le Profiteering Court sera mis sur pied bientôt. Ce tribunal écoutera les litiges entre consommateurs et commerçants malhonnêtes. C?est une décision du Conseil des ministres d?hier.
Le Fair Trading Act de 1974 fait provision pour une Profiteering Court. Le but était de s?assurer que les commerçants respectent les droits des consommateurs. Ceux qui violent ces lois sont référés à ce tribunal qui, selon la loi, serait présidé par un juge de la Cour suprême.
Or, il semble que cet amendement au Fair Trading Act n?avait jamais été promulgué. Ce problème est désormais réglé avec la décision du cabinet.
L?Attorney General, Rama Valayden, est responsable de la mise sur pied de ce tribunal. « Nous allons faire en sorte que cette Profiteering Court devienne une division de la cour intermédiaire », nous a affirmé le ministre de la Justice.
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