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Historique

15 septembre 2007, 00:00

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<B>Par Nazim ESOOF</B>

Le projet de commission Justice et Vérité prend forme avec la visite à Maurice de l?historien Robert Shell. Le fait que ce soit un professionnel étranger qui ait été choisi pour présider cette commission a le mérite de nous éviter ces inévitables rengaines que la commission aurait produites si elle n?était composée que de Mauriciens. Non pas qu?on ne fasse pas confiance à leur professionnalisme, mais plutôt parce qu?il est des enjeux qui doivent être entièrement dépoussiérés de leurs oripeaux idéologico-historiques. C?est en cela que le choix de Robert Shell est une bonne chose.

Il reste que dans le fond, une aventure débute. Une aventure qui va nous ramener dans le passé afin que nous puissions mieux saisir le présent. Un éclairage dépassionné ? Il faut l?espérer, même si on connaît une certaine propension mauricienne à la dramatisation et à l?hyperémotivité dès lors qu?il est question d?histoire. Et c?est bien de sa capacité à remettre en perspective l?histoire en mouvement, l?historicité des événements et le dialogue entre les époques, que sera mesurée la pertinence des travaux de cette commission.

Faut-il mettre en place une telle commission ? La question peut paraître saugrenue, voire déplacée. Pourtant, elle illustre l?échec de la société contemporaine post-indépendante et de ses différentes classes dirigeantes à traiter de la question de l?esclavage et de l?histoire. Une certaine immaturité idéologique nous a fait dandiner au fil des ans entre les extrêmes. Du refus de voir à la dénonciation radicale. D?un sentimentalisme primaire à une réflexion essentiellement revendicatrice. La critique pure et l?analyse objective ont souvent été polluées à la sauce des jugements de valeur. Si la commission Justice et Vérité parvient à nous sortir de ce marasme, elle aura réussi une grande partie de sa mission.

Mais il y a une autre partie de la réflexion qu?il ne faudra pas occulter. Cette commission procède d?un marchandage politique. C?est un concept importé. C?est une initiative qui, à sa source, n?a rien de scientifique. Pour beaucoup, la question se résume à l?impératif de compensation. Si la commission s?enferme dans ces considérations, elle sera au mieux une man?uvre qui sert à apaiser les revendications des uns et, au pire, à nous engager dans un processus sans issue réelle.

Cela dit, il sert de rappeler que l?histoire est ductile. C?est de sa capacité à s?inscrire dans cette élasticité que les sociétés acquièrent de la maturité. Nous en sommes encore loin avec notre «nation arc-en-ciel» ou notre «unité dans la diversité» ou encore notre fameuse «unité nationale».

Une nation se construit. Lorsque l?histoire s?invite à sa table, c?est toujours la réinventer. Cependant, dans la logique d?appartenance qui est la nôtre, il y a cet irrésistible basculement à la balkanisation. L?île Maurice dite «moderne» mérite probablement de vérifier la nécessité d?une compensation. Saura-t-elle néanmoins compenser ses générations futures pour l?abysse culturel et intellectuel auquel elle les condamne ?

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