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A partir du moment où on parvient à le modifier, le futur n?est plus le futur. Donc, lorsque les personnages de fiction prédisent un avenir qu?ils modifient par la suite, il y a comme un contresens, puisque cet avenir ne sera jamais et par conséquent, n?était pas prévisible. C?est l?argument alambiqué que certains petits malins ne manquent jamais de sortir à chaque fois qu?il est question de prescience dans une fiction. L?un des rares mérites de Next, film de Lee Tamahori, est d?apporter un semblant de réplique à cet argument aussi futile qu?alambiqué.
Le don de prescience que possède le héros Cris Johnson (Nicolas Cage) ne lui permet pas de voir au-delà de trois minutes dans son propre futur. Mais en revanche, ce futur nous est expliqué comme étant plus ou moins une succession de possibilité d?actions qui sont comme des carrefours dans le temps, l?avenir du héros étant déterminé par ses choix au moment où il se trouve à ces carrefours.
Ainsi, il peut gagner sa vie en faisant des tours de magie et en jouant dans les casinos de Las Vegas. Il peut aussi échapper aux agents de sécurité de ce même casino, empêcher un braquage et montrer au public qu?il est un brave type. Il peut également choisir le meilleur moyen et le meilleur moment pour échapper à Julianne Moore en agent du FBI, qui veut utiliser ses dons pour neutraliser des terroristes. Et, le spectateur se prend à rêver en le voyant utiliser son pouvoir pour décider de la meilleure façon d?aborder Jessica Biel, en qui il a reconnu la femme de sa vie.
Les scènes de poursuite sont généralement palpitantes quand elles sont réussies : ici, le pouvoir que possède le héros leur donne un côté piquant, avec aussi une petite note d?humour. Leur originalité n?enlève rien au spectacle, surtout dans la scène où Nicolas Cage déclenche une avalanche d?objets hétéroclites (voitures, tronc d?arbres, une balustrade, un mirador, etc.) sur ses poursuivants, agents du FBI et terroristes confondus. Mais, la réussite de ces moments étant due autant à la nature du héros qu?à l?habileté de la réalisation, on se dit qu?une partie du mérite revient au romancier Philip K. Dick, l?auteur de l??uvre originale (une nouvelle intitulée
The Golden Man). Hollywood a adapté bon nombre de ses ?uvres, quelques fois pour en faire de bons films, le plus souvent pour en faire des films peu ou pas du tout inspirés. Next fait malheureusement partie de cette deuxième catégorie.
Une fois sorti des scènes de poursuite et d?action, on a l?impression que le réalisateur et les scénaristes se sont dit qu?il n?y avait aucune raison d?en faire plus, leurs honoraires leur étant garantis. Rien ne vient nous expliquer ni le refus du héros de sauver des milliers de vies innocentes, ni les motivations de ces terroristes qui veulent absolument faire exploser un engin nucléaire sur le territoire américain et encore moins en quoi les pouvoirs du héros peuvent bien aider les autorités américaines. D?une poursuite à l?autre, les minutes s?écoulent interminables : aucune tension, aucune impression d?un piège qui se referme inexorablement sur le héros ou de l?imminence d?une catastrophe nucléaire. Hors des scènes d?action, la réalisation Lee Tamahori est paresseuse, le metteur en scène donnant l?impression qu?il filme une promenade. Il n?est donc pas étonnant qu?à leur tour, les acteurs se limitent strictement à ce que leur demande leur contrat et qu?ils ne soient pas convaincants, même s?ils ne sont pas mauvais. Et, au bout de la chaîne, le spectateur ne se sent pas tenu à plus que le strict nécessaire en termes d?enthousiasme.
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