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Vers une exploitation viable
La recherche océanographique pour soutenir la mise en place des politiques économiques. Lors du 4e forum national d?océanographie, tenu à l?auditorium Octave Wiéhé à Réduit les 11 et 12 juillet, tout un ensemble de recherches ont été présentées au public. Si d?emblée, le contenu des présentations scientifiques peut sembler obscur aux non initiés, on se rend néanmoins vite compte de l?importance de la recherche dans ce domaine. Maurice doit apprendre à exploiter au mieux ses eaux territoriales déclarait, en substance, le vice-premier ministre Rashid Beebeejaun lors de la cérémonie d?ouverture.
L?économie mauricienne est intimement liée à la mer : tourisme, exploitation des ressources marines, aquaculture, et même potentiels gisements sous-marins d?hydrocarbures. La communication faite autour des activités du Mauritius Oceanography Institute (MOI) a permis de mieux comprendre les enjeux environnementaux et l?impact économique des activités marines. Si l?ensemble des recherches menées n?est pas en lien direct avec les politiques mises en place par les autorités, elles permettent néanmoins d?informer sur l?état de nos lagons, de nos ressources marines et des perspectives de développement.
Le forum a été l?occasion pour les scientifiques de communiquer autour de leurs recherches. Il serait encore plus louable que les résultats pouvant intéresser le grand public soient vulgarisés et mis en perspective afin d?éclairer sur les thèmes plus économiques ou sociales.
Le MOI est en charge d?un projet visant l?extension de la juridiction maritime de Maurice. La Zone économique exclusive (ZEE) mauricienne s?étend sur 1,9 million de km2 ? Tromelin et Chagos compris. Il va sans dire que l?extension de la ZEE participe à la volonté mauricienne d?accroître ses ressources marines. Pour ce faire, le MOI s?appuie sur des arguments géologiques. Le plateau continental mauricien s?étend vers le nord et sort des limites maritimes du pays.
<B>Du petrole dans nos eaux ? </B>
«Un consultant australien, avec la collaboration de notre personnel scientifique, a écrit un rapport qui abonde dans le sens de la demande mauricienne», indique le Dr Bhikajee. Le rapport mauricien a également été revu et approuvé par un panel d?experts. «Nous sommes confiants, notre dossier répond à l?ensemble des critères définis par la Commission des Nations unies sur les limites des plateaux continentaux.» La revendication mauricienne doit être déposée auprès de cette commission avant 2009.
A noter que le Professeur Tamaki de l?université de Kyoto, principal invité étranger du forum d?océanographie, a fait partie de cette commission. Selon lui, la revendication mauricienne est tout à fait recevable.
En juillet 2006, le MOI a signé un protocole d?accord avec le Oil and Gas Commission Videsh Limited de l?Inde concernant la recherche de gisements sous-marins d?hydrocarbures. Maurice est une île volcanique, si bien qu?il n?y a pas de pétrole dans son sous-sol. Cependant, il semblerait que les fonds marins mauriciens ? au niveau du plateau continental ? peuvent renfermer des gisements.
Le Dr Bhikajee, directeur du MOI, explique : «Il faut remonter à l?époque géologique où le continent austral, appelé Gondwana s?est fracturé pour donner naissance à l?Afrique, l?Inde, l?Antarctique pour comprendre la probabilité de trouver des hydrocarbures dans nos fonds marins. Sur les parties actuellement émergées du Gondwana, correspondant à l?Afrique de l?est, l?Inde, la péninsule arabique, on trouve des gisements d?hydrocarbures ; il est donc probable que les fonds marins mauriciens, qui correspondent à des parties submergées de cet ancien continent, disposent également de gisements.» Les espoirs mauriciens se fondent sur des hypothèses scientifiques. La coopération indienne devrait entamer des explorations en tenant compte des données collectées par le MOI. «Ce n?est que si du pétrole est trouvé que des négociations sur le partage de cette ressource seront entamées», précise le Dr Bhikajee. Même si l?espoir est permis, ce n?est pas maintenant que des pétrodollars viendront remplir les caisses de l?Etat.
<B>Aquaculture : pour une gestion raisonnée des lagons</B>
Le projet de loi portant sur l?aquaculture a suscité de vives réactions. La plate-forme Kalipso, animée par l?océanographe Vassen Kauppaymuthoo, s?est élevée contre «la privatisation des lagons et les risques environnementaux et socio-économiques de ce projet de loi». La recherche océanographique éclaire à ce sujet. Elle met en avant la pauvreté des lagons mauriciens et la nécessaire protection de la biodiversité.
Il n?empêche que les travaux du MOI prennent en compte le développement. «Tout développement côtier ou maritime a un impact environnemental», souligne le directeur du MOI. Le MOI collabore actuellement avec le ministère de l?Agro-industrie sur la question de l?aquaculture. Les scientifiques de l?institut d?océanographie travaillent sur l?identification de zones de pêches. Il s?agit de dresser un ensemble de cartes tenant compte de la topographie sous-marine, de l?écosystème marin, de la tolérance des zones aux activités.
Pour Jean-Yvon Thépaut, consultant français auprès du ministère de la Pêche, «Maurice est contrainte à développer l?aquaculture, sinon le pays sera dans l?obligation d?importer du poisson pour le marché local.» Il précise que cette activité «devra être encadrée afin de ne pas répéter les fautes commises ailleurs». Le stock de poissons dans les lagons a dramatiquement diminué. La pollution agricole et industrielle, le développement des activités côtières en sont les principales raisons.
La recherche océanographique insiste sur la nécessité de «protéger l?écosystème marin car il participe au développement des productions marines». Dans le même sens, Jacqueline Sauzier, présidente de la Marine Conservation Society, pense que «l?aquaculture est une source de travail et de ressources mais les modalités d?opération doivent être bien pensées». Il serait opportun de mener une étude précise quant «à la capacité du lagon à supporter cette activité, aux espèces de poissons produites et leur impact sur l?écosystème».
L?aquaculture est une activité doit être considérée sous tous ses aspects : social, économique, écologique. Les études océanographiques doivent donc être prises en compte par les institutions pour mener un projet qui continue à faire des vagues.
La mer est certainement le principal atout du tourisme mauricien. Qu?il s?agisse d?érosion, de pollution, de dégradation de l?écosystème, les activités touristiques ont un impact sur les lagons. Les opérateurs du secteur sont néanmoins conscients de l?importance de protéger les fonds marins.
La dégradation du récif corallien n?est pas à minimiser. La plongée sous-marine, par exemple, peut en souffrir. «Des paramètres doivent être mis en place et respectés, nous demandons depuis cinq ans la révision des Environment Impact Assessments», plaide Jacqueline Sauzier. La présidente de la Marine Conservation Society demande que la société civile soit consultée avant le lancement de tout projet afin que les promoteurs tiennent compte non seulement des attentes des habitants des localités concernées mais aussi des recommandations des spécialistes de l?environnement.
Si le tourisme se développe grâce à la mer, il est dans l?intérêt du secteur de protéger au mieux l?environnement marin. Toutefois, la paupérisation des espèces de poissons dans le lagon ? «leur reproduction est d?ailleurs lente», la dégradation des coraux et la pollution des lagons peuvent porter préjudice aux activités touristiques.
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