Publicité

Manan Fakoo : reddition sous conditions

31 décembre 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Manan Fakoo s?est rendu à la justice? trois mois après s?y être substitué. Et c?est accompagné de son homme de loi, Me Sanjiv Teeluckdharry, et de ses proches que Manan Fakoo s?est constitué prisonnier mercredi matin. Il a choisi de se rendre en se présentant dans le bureau de l?Attorney General, Rama Valayden, qui a organisé une conférence de presse improvisée pour, a-t-il dit, « que tout se déroule dans la transparence ».

Tout au long de cette affaire, c?est Manan Fakoo qui a tenu, pour ainsi dire, les rênes. Il a ainsi décidé de la manière de communiquer avec les autorités, et choisi le moment « propice » pour se ren-dre. C?est encore lui qui a imposé à l?Attorney General ses conditions. Ces dernières ont été acceptées sans réser-ves. Et ce « traitement de faveur » n?a pas été sans provoquer des réactions dans la population carcérale.

En effet, conformément au jugement rendu par la cour, Manan Fakoo purgera bien sa peine d?un an. Mais contrairement aux procédures habituelles, c?est à la prison de haute sécurité de La Bastille qu?il sera incarcéré, et non à celle de Beau-Bassin. Manan Fakoo, craignant pour sa sécurité, a en effet exigé cette « faveur ». La première d?une longue liste?

Le traitement qui lui a été accordé est diversement commenté du côté de la prison de Beau-Bassin. Certains détenus, mécontents des « bonnes » conditions qu?aurait obtenues Manan Fakoo, tant pour ce qui est de sa sécurité que pour son affectation à La Bastille, ont provoqué quelques remous à la prison de Beau-Bassin durant la semaine écoulée. « Certains de ces détenus avaient, en vain, cherché à obtenir des avantages auprès de la direction de la prison en échange, par exemple, d?informations. Ils voient donc d?un mauvais ?il que Manan Fakoo ait obtenu gain de cause », laisse-t-on ainsi entendre du côté des autorités pénitentiaires.

Un coup médiatique bien orchestré

Tout au long de sa cavale, il aura imposé ses règles, aux policiers comme aux journalistes. Il avait « invité » ces derniers à venir le rencontrer dans sa cache, au nez et à la barbe des policiers qui étaient à sa recherche. Le fugitif avait alors expliqué, dans les journaux, et sur les antennes des radios les raisons de son refus de se rendre.

Manan Fakoo avait parfaitement orchestré son coup médiatique. En travaillant son image d?abord : la tête en-tourée d?un bandage, il montrait volontiers ses blessures ? il avait été agressé par plusieurs individus le 9 février dernier ? en déclarant : « Vous voyez bien que je suis malade. Je ne suis pas en état pour faire de la prison. Je n?y survivrai pas. » Craignant pour sa sécurité, il avait plaidé sa cause en affirmant que sa vie était en danger. En prenant congé des journalistes, Manan Fakoo avait lâché, déterminé : « Je préfère mourir libre qu?entre les murs d?une prison. » Le bon sens lui aura cependant conseillé de s?y prendre autrement.

Malgré la « médiatisation » de la fuite de Manan Fakoo, les différentes unités de police lancées à sa recherche ont été incapables de l?intercepter. D?aucuns estiment que les forces de l?ordre auraient fait preuve d?une certaine « mollesse » parce que Manan Fakoo est connu pour être un agent « zélé » du Parti travailliste. Ce dernier était notamment accusé d?avoir troublé l?ordre public lors d?un meeting organisé par le Dr Dinesh Ramjuttun (voir hors-texte) lors de la partielle de Flacq-Bon-Accueil en 1998.

« Tous les moyens » mis en ?uvre

« S?ils le voulaient vraiment, ils auraient très bien pu lui mettre la main dessus depuis longtemps. Mais ils ont préféré le laisser courir pendant trois mois en faisant croire qu?il était introuvable », laisse entendre un observateur du monde politique.

Unanimes, des enquêteurs proches du dossier affirment, quant à eux, que « tous les moyens nécessaires » avait été mis en ?uvre pour retrouver le fugitif. « Les policiers ont travaillé nuit et jour pour tenter de le retracer. S?il a pu échapper à la police pendant ces trois mois, c?est grâce à l?aide de ses nombreux proches et sympathisants qui lui ont offert l?asile et de la nourriture », affirme l?un d?entre eux.

Afin de mettre davantage de pression sur les autorités pour tenter d?obtenir une grâce, l?épouse de Manan Fakoo, Sangeeta, avait même entamé une grève de la faim. Elle tiendra sept jours. Prise d?un malaise, elle a été immédiatement hospitalisée et placée en observation.

Elle explique : « Quand j?ai eu mon malaise, Manan m?a demandé de mettre fin à ma grève de la faim et d?essayer de négocier auprès des autorités. Il disait qu?il ne se rendrait que quand il obtiendrait la garantie que sa sécurité serait assurée. Notre avocat a alors entamé des démarches en ce sens. Ce n?est que la veille de sa reddition que nous avons obtenu certaines garanties. Il m?a dit qu?il était très satisfait de celles que lui avait données Rama Valayden. Je suis heureuse car le plus important pour moi c?est qu?il soit en sécurité et qu?il puisse recevoir des soins médicaux. » D?une voix fébrile, elle nous explique n?avoir pas été autorisée à rendre visite à son époux depuis sa reddition. « Désormais, je ne peux qu?attendre qu?il sorte de prison », confie Sangeeta.

FAKOO VOULAIT SE RENDRE LE 4 JANVIER

Manan Fakoo avait initialement prévu de se rendre le 4 janvier, car, a-t-il confié, il souhaitait « fêter la nouvelle année en famille ». Le lieu ? Grand-Bassin ? avait même été choisi pour sa reddition. Tout ne se serait toutefois pas passé comme prévu car les policiers, apprenant que Fakoo serait armé, auraient reçu comme instructions de « tirer à vue » sur le fugitif. Deux dirigeants de la Voice of Hindu, Krit Manohur et Navin Unnoop, seraient alors intervenus pour convaincre Manan Fakoo de se rendre à la justice.

Un mandat d?arrêt avait été émis contre lui le 12 septembre dernier. Il faut savoir que Manan Fakoo avait été condamné sous trois chefs d?accusation : les deux premiers pour possession d?armes à feu et le troisième pour avoir donné des instructions pour troubler l?ordre lors d?un meeting en 1998.

Il avait, au départ, été condamné à trois ans de servitude pénale. Mais après avoir fait appel, sa peine avait été ramenée à un an de prison. Contestant cette décision, Manan Fakoo a alors tenté de recourir au Privy Council mais là encore, sa demande d?autorisation a été rejetée par le Senior Puisne Judge, Bernard Sik Yuen. Le 12 septembre 2006, un mandat d?arrêt a été émis contre lui. Une Private Notice Question avait même été adressée au Premier ministre, Navin Ramgoolam, concernant la cavale de Manan Fakoo. Navin Ramgoolam avait, par ailleurs, exigé des explications au commissaire de police, Ramanooj Gopalsingh, sur cette affaire.

Publicité