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Hâpy endormi sous les flots d?Aboukir

18 décembre 2006, 00:00

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Depuis le 9 décembre, les visiteurs du Grand Palais à Paris peuvent découvrir les merveilles de l?exposition Trésors engloutis d?Egypte, sous la grande verrière restaurée du musée. Une collection de 500 objets? statues, bijoux, pièces de monnaie, etc. ? fruit de quinze ans de fouilles sous-marines réalisées par Franck Goddio et la fondation Hilti au large du delta du Nil en coopération avec le Conseil suprême des antiquités égyptien.

Figure de proue de cette exposition déjà présentée à Berlin, le dieu Hâpy (IVe siècle avant J.-C.), monumentale statue en granit rose de 5,40 mètres de haut, personnification divine du Nil et de ses crues bienfaitrices dans la mythologie égyptienne. C?est lui, photographié sous les eaux de la baie d?Aboukir en compagnie d?un plongeur immobile, comme pétrifié d?admiration, qui illustre l?événement du Grand Palais (jusqu?au 16 mars 2007).

La photo nous montre Hâpy, coupé en deux au niveau du torse, majestueusement dressé dans un halo bleuté irréel, une partie du visage mangée par l?ombre aquatique. Seules quelques bulles d?air remontant à la surface apportent un peu de mouvement à cet étonnant cliché, à la fois mystérieux et envoûtant. ?Certains m?ont demandé si je n?avais pas retravaillé l?image, si ce n?était pas un montage?, explique avec le sourire Christoph Gerigk, photographe-plongeur, spécialiste de la photo sous-marine depuis plus de vingt ans.

Rien de tel. Ni retouches ni montage. Juste ce moment rare où ?tout allait bien?, à 6 mètres environ sous la surface de la mer. C?était en juin 2001, au cours de la mission Héracléion, juste avant que les équipes de Franck Goddio ne procèdent à la remontée de la statue. ?Cela faisait quelques jours que je tournais autour de ces objets et que j?assistais à tous les préparatifs de la remontée, à l?assemblage des morceaux des statues?, commente le photographe allemand. Deux fois récompensé au World Press (troisième prix en 2001 et deuxième prix en 2002), Christoph Gerigk accompagne Franck Goddio dans ses expéditions depuis 1998.

?Le problème, c?est que la visibilité était extrêmement mauvaise à cet endroit où la mer n?est pas très profonde. On n?y voyait pas plus loin que deux mètres à cause des algues qui envahissent la baie quand l?eau se réchauffe à cette période de l?année.?

Pas facile donc, dans ces conditions, de trouver les bons contrastes et surtout la bonne luminosité pour graver sur pellicule le géant de granit. ?Ma chance, c?est qu?il y avait une énorme plate-forme à la surface de l?eau qui servait à l?équipe pour remonter les objets. Elle était juste au-dessus de la statue.?

Grâce à cette ombre et à plusieurs sources d?éclairage artificiel (flash, lumières des plongeurs), Christoph Gerigk parvient à saisir Hâpy dans sa léthargie aquatique avec un objectif grand angle de 18 mm. ?C?était un peu magique. Pour moi, cette photo résume tout. à la fois l?Egypte, la plongée sous-marine, l?aventure humaine et la rencontre entre le passé et le présent.?

Plus qu?un outil de communication ou un témoignage scientifique, Christoph Gerigk considère ses images comme ?la mémoire d?une mission?. Elles racontent autant qu?elles mettent en valeur le travail de Franck Goddio, qui depuis 1992 explore, entre autres, la baie d?Aboukir et le port d?Alexandrie à la recherche des trésors égyptiens engloutis, avec le soutien de la Fondation Hilti et du Commissariat à l?énergie atomique (CEA).

Les images prises par Christoph Gerigk et notamment celles d?Hâpy font ainsi partie intégrante de l?exposition du Grand Palais. Elles figent pour toujours ces vestiges enfouis depuis des siècles, au moment de leur découvert et de leur ?renaissance? aux yeux de tous.

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