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«Il faudrait proscrire les partis comme le Hizbullah»

12 août 2006, 00:00

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<B>Pensez-vous que la jeune génération s?intéresse suffisamment à l?histoire du pays et aux différents rôles joués par nos tribuns ? </B>

Non, les jeunes ne sont pas intéressés mais on ne peut pas les blâmer pour cela. Il est très important pour un pays d?inculquer à ses jeunes l?histoire de leur pays, la lutte des générations précédentes. Ce n?est qu?en ayant connaissance de notre histoire que nous savons dans quelle direction aller. Malheureusement à Maurice, l?histoire dépend de la politique car elle est modifiée ou déformée selon le parti politique au pouvoir.

<B>L?histoire de son pays ne devrait-elle pas aussi s?apprendre à l?école ? </B>

Bien sûr mais à chaque arrivée d?un gouvernement au pouvoir, le curriculum change et ce sont les enfants qui sont victimes de ce chambardement. Au collège, j?ai eu à mon programme scolaire les Social Studies en Form I. C?est important de connaître les anciennes civilisations mésopotamiennes, de la vallée de l?Indus, etc. Et puis nous avons appris que les Arabes étaient venus à Maurice, que les Hollandais étaient aussi là mais après ? Qu?en est-il de notre histoire contemporaine ? Comment inculquer le sens du patriotisme si nos jeunes ne réalisent pas que nous étions des esclaves sous la colonisation française et anglaise ? Comment les jeunes vont-ils réaliser qu?à l?époque coloniale, il fallait changer de nom pour être admis au couvent de Lorette si vous n?aviez pas un nom chrétien ?

<B> L?action de votre grand-père et éventuellement la création du Comité d?action musulman (CAM) étaient importantes à un certain moment de l?histoire du pays. Est-il toujours d?actualité d?avoir un parti politique qui lutte essentiellement pour les intérêts d?une communauté ? </B>

Retournons dans le passé. La caricature qu?a publiée l?express mercredi dernier, a paru dans le Mauritius Times à l?époque. C?était un appel au réveil aux musulmans à l?époque. Il fallait leur dire que l?on se servait d?eux et que leurs intérêts n?étaient pas défendus. Il était important à l?époque que les musulmans soient partie prenante de l?action politique dans le pays, qu?ils soient conscientisés.

Sinon, il n?y aurait jamais eu de musulmans élus à l?Assemblée. Mais 38 ans après l?indépendance, je pense que toutes les communautés sont respectées et reconnues à Maurice. La situation a changé. Je vous donne un exemple ; j?ai été élu député dans la circonscription n° 13 qui comporte une majorité d?hindous et une minorité de musulmans. Cela démontre que les partis politiques sectaires n?ont plus cours. Le PTr représente toutes les communautés.

<B>Mais même au sein du Labour, il faut des quotas. </B>

Et c?est assez normal afin de ne pas créer des frustrations. Il importe de comprendre que nous pouvons avoir une nation arc-en-ciel dans un beau pays où tout le monde est égal. Mais cela n?arrivera pas tant que telle ou telle communauté est piétinée. Le mérite doit primer. Mais pour arriver à ce stade, les politiciens et le peuple doivent changer de mentalité et il faudra des lois plus sévères pour condamner le plus petit dérapage de la part des politiciens. Je pense à une loi comme l?Equal Opportunities Act.

<B> Sir Satcam Boolell disait lors de la campagne électorale l?année dernière que ce sont les musulmans qui allaient décider de l?issue des élections. Vos commentaires ? </B>

Sir Satcam avait raison. Les musulmans ont décidé de ne plus s?attacher à un parti politique. Ils ont décidé de voter autrement. Ils ont décidé de ne plus être assujettis à un parti politique. C?était le second réveil des musulmans de Maurice.

<B>Est-il raisonnable que les membres d?une communauté ne votent que pour un certain parti politique ? </B>

Non, dans la circonscription n° 13, 45 % des musulmans ont voté contre moi.

<B> Est-ce dire que 38 ans après notre indépendance, nous avons échoué dans notre tentative de construire une nation ? </B>

Il y a un long chemin à faire. Si vous saviez les choses dites à mon égard lors de la dernière campagne électorale parce que je suis musulman. Il faut des lois contre de tels procédés.

<B>La promulgation de nouvelles lois changerait-elle les mentalités ? </B>

Il faut forcer les gens à changer. Je ne pense pas que des organisations politiques à connotations communales ont une raison d?être. Il faut les proscrire. Un parti comme le Hizbullah ne représente pas les valeurs de l?île Maurice moderne.

<B>Quand vous parlez de proscrire les partis politiques sectaires, faites-vous aussi référence au CAM ? </B>

Le CAM était un parti politique qui voulait mener les musulmans within the bigger picture. Le Hizbullah dit que tout le monde devrait être musulman. Il y a une grande différence.

En 2000, j?ai recréé le CAM mais je l?ai appelé le Comité d?action mauricien et j?ai mis un candidat créole dans la circonscription n° 3. J?étais étudiant au collège du St-Esprit et je peux vous affirmer que le racisme existait là-bas. Les blancs déjeunaient avec les blancs et les non-blancs déjeunaient ensemble. C?était ça le collège du St Esprit. Pour jouer au football, les équipes étaient constituées selon la couleur de peau des étudiants. Les autorités se sont-elles élevées contre une telle pratique ? Non. Je m?en suis plaint à l?époque mais personne n?a fait attention. Quand j?en ai parlé à mon père, il m?a dit « bienvenue à Maurice. Si tu veux changer les choses, il faut accepter d?abord que le racisme existe.»

<I>«Ramgoolam partageait ses convictions, ils avaient la même lutte. Il est vrai que Razack Mohamed était hanté par la partition en Inde, mais il voulait éviter cette même division ici.»

<B>Le «Best Loser System» n?encourage-t-il pas ce clivage ? </B>

Le Best Loser System est un garde-fou. Il y a un long chemin à parcourir avant d?atteindre notre but. Je ne dis pas que c?est le meilleur système, je dis simplement que c?est un garde-fou qui assure que toutes les minorités sont représentées adéquatement au Parlement. Sans ça, il y aurait eu six députés musulmans sur les 60 élus au Parlement et ce n?est pas juste.

<B>C?est un cercle vicieux. Vous avez un garde-fou mais qui, en même temps, alimente la division éthnique. </B>

Exactement. Mais il y a deux façons de voir la chose. Est-ce que le verre est à moitié vide ou à moitié rempli ? Je ne le vois pas comme une division mais plutôt comme un système qui assure que les minorités soient représentées. Jusqu?au jour où il y aura le système de Party List qui réglera le problème de la représentation.

<B>Revenons un peu en arrière dans le temps. Il y a des interrogations concernant la décision de sir Razack de s?associer à Jules Koenig contre le PTr à un moment. Avez-vous un éclairage à apporter ? </B>

Il faut comprendre une chose. Razack Mohamed était l?adversaire politique de sir Seewoosagur Ramgoolam mais ils étaient amis. Quand il a demandé que les droits des musulmans soient défendus, on le lui a refusé. Quand il a demandé la Muslim Personal Law, on lui a encore opposé un refus. Quand il a été élu par un écart d?une voix aux élections municipales de Port-Louis, Jules Koenig a demandé un nouveau décompte malgré le fait qu?ils étaient en alliance. Ce sont les raisons pour lesquelles il s?est éloigné de Jules Koenig. Ramgoolam partageait ses convictions, ils avaient la même lutte. Il est vrai que Razack Mohamed était hanté par la partition en Inde mais il voulait éviter cette même division ici.

<B>Mais il n?a pas toujours pensé ainsi. </B>

À un moment. Mais après il a voulu que les hindous et les musulmans travaillent ensemble pour le bien du pays.

<B>Il a quand même fait le choix de s?associer avec Jules Koenig malgré tout. Etait-ce la peur de la «domination» hindoue ? </B>

(Hésitations?) Le livre sur mon grand-père n?en parle pas. Personnellement, je pense que c?était son admiration pour Jules Koenig en tant qu?homme de lettres et de loi. L?indépendance n?était même pas d?actualité à l?époque où il était avec Jules Koenig. Disons qu?il s?est associé à Jules Koenig par naïveté ? Après, il a pris conscience de la réalité.

<B>Comment expliquez-vous cette méfiance entre la communauté musulmane et la communauté hindoue qui date du temps de votre grand-père ? </B>

Y avait-il une méfiance en 1963 ?

<B>Avant. </B>

C?est la politique et les politiciens. La bagarre raciale à Plaine-Verte, c?est toujours la politique. Gaëtan Duval aurait eu beaucoup à en répondre. Je ne pense pas que la méfiance entre ces deux communautés existe en tant que telle mais cette perception est encouragée par les politiciens.

<B> Mais cette division ne les aide pas toujours. </B>

Ça les aide beaucoup. Encourageons la méfiance chez les hindous pour qu?ils ne votent pas pour Shakeel Mohamed. Faisons peur aux hindous de Triolet en disant que Navin Ramgoolam aime les musulmans. Diviser est malsain ! En 1995, j?étais candidat dans la circonscription n° 2 et un dirigeant du MMM lors d?un meeting à Vallée Pitot devait dire à son audience

«Shakeel Mohamed so granmer kreol, ki li pou vinn defann pou ou ?» C?était sa déclaration mot pour mot. Cette même personne devait dire à Tranquebar que «Shakeel laskar li pou defann zis laskar.»Et je suis allé dire aux électeurs, «effectivement ma grand-mère est créole et j?en suis fier». (Rires?) Cela ne m?a pas aidé. J?ai perdu les élections !

Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN

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