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Giovanni Catherine, la canne autrement
Tout est une question de vraie gourmandise chez Giovanni Catherine. D?ailleurs, rien que le nom de son kiosque, Siro piké, vous met l?eau à la bouche et vous entraîne sur un air de fantaisie. Depuis décembre dernier, il investit un espace au Caudan, un lieu de pure volupté où l?on presse la canne devant vous pour faire déguster du fangourin. Son charmant kiosque prônera encore plus de fraîcheur exotique à partir d?aujourd?hui car en plus de son fangourin nature, au limon de Rodrigues et à l?ananas, un fangourin à l?ice tea de passion, mangue ou letchis vient s?ajouter à la farandole.
Et comme il n?arrête jamais, Giovanni part déjà à la conquête d?une innovation, dans sa cuisine-atelier. Il travaille sur une inspiration hongkongaise, un fangourin chaud qu?il proposera dans quelques semaines. Il compte par ailleurs s?installer du côté de l?Astrolable aussi. Mais il ne faut pas croire que notre homme n?a fait que claquer les doigts pour en arriver là. Entre galères et délires, il a dû beaucoup ramer et rame toujours.
Cet homme-là est un libéral pur sucre. Il y a treize ans, il quitte son travail de bureau chez Cargo Express, sur un coup de tête. Marié, sans le sou, il est dans la mélasse jusqu?au cou. Cette situation va durer deux ans, deux ans sabbatiques pendant lesquels ses parents vont le soutenir. Mais Giovanni est loin d?être le roi des fainéants.ça bouillonne dans tous les sens dans sa tête. Notre homme est un fureteur, il tâte le terrain, il mijote en fait sa propre entreprise, il veut revisiter un folklore : le sucre. « Avec Cargo Express, j?allais souvent à la Réunion et je ramenais toujours dans ma valise du sucre en morceaux. J?étais impressionné par ces cailloux. Je trouve magique de tenir les cristaux de sucre entre ses doigts. J?ai eu envie d?en fabriquer aussi. »
Commence alors l?expérimentation artisanale dans la cuisine de maman. Giovanni achète 50 kilos de sucre du Syndicat du sucre et à l?aide d?ustensiles qu?il a sous la main, cuit le sucre, l?humidifie, le presse et le fait recuire. Au fur à mesure, son père lui fabrique des moules en inox, il s?achète un déshumidificateur, un grand four et transforme le garage en atelier. Cat sucre est né. L?hôtel Saint Géran est son principal client, il utilisait les batonnets et les cheminées en sucre de Giovanni en guise de décorations de tables. Les supermarchés London de Vacoas et Grand-Baie Store deviennent également ses fidèles clients. De Sainte-Croix où il habitait, il faisait lui-même ses livraisons à moto.
« Je suis un fonceur,un bagarreur »
Après quelques années, le sucre en morceaux ne suffit plus, Giovanni se met aussi au sucre en poudre en sachet pour pouvoir faire face à la concurrence. Clergy Joseph se joint à lui comme partenaire et renforce alors le capital. Là encore, l?eldorado ne durera que quelque temps mais l?homme ne baisse pas les bras. « Je suis bélier, je suis un fonceur, un bagarreur. » Un voyage en Malaisie fait germer en lui une idée : faire du fangourin. Son entreprise entre alors dans une autre phase.
Il faudra deux ans pour tout mettre au point. Pour avoir le permis, il lui a fallu répondre à plusieurs critères. « Le secteur du sucre est fragile, délicat à toucher. Je devais avoir ma propre culture de canne, expliquer chaque étape de mon business. En fait, les autorités devaient s?assurer que je n?allais pas faire diversion et produire du rhum illicite, de l?éthanol, des parfums etc. », explique Giovanni. Effectivement, il achète 17 arpents de champs de canne à Quartier-Militaire et met la main à la pâte lui aussi avec les laboureurs. Il lui faut récolter au fur et à mesure pour avoir 200 roseaux de cannes chaque semaine. « J?ai su ce que c?est que d?arriver à Quartier-Militaire à 4 heures du matin pour superviser le travail. Entre les piqûres de guêpes, les coups de soleil, la pluie, les rats, le mal de dos, j?ai beaucoup galéré », raconte-t-il. Un entrepreneur ne fait pas que donner des directives. En tout cas, c?est la devise de Giovanni.
Si vous allez au Siro piké aujourd?hui, vous verrez qu?il ne s?agit pas de vendre du fangourin pur et simple. Aux heures les plus chaudes, après un shopping dans Port-Louis, allez faire une pause au kiosque. Un service VIP vous y attend. Vous vous installez sur un banc, on vous offre une serviette au parfum d?ylang-ylang pour vous rafraîchir le visage. Pendant qu?on broie votre canne, vous pouvez survoler les panneaux pédagogiques qui vous expliquent les différentes étapes de la canne jusqu?à sa transformation en sucre. Il y a également le kiosque où l?on vend une douzaine de variétés de sucre en morceaux de Giovanni, mais aussi des bougies, des sucres d?orge etc.
Entre-temps, pendant que vous sirotez votre fangourin, Giovanni continue son marathon. Il parle beaucoup aux gens, aux touristes et il pioche des idées ça et là. Et entre-temps, il continue à s?occuper de sa famille, de son épouse, de ses deux enfants et de ses sept teckels.
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