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La fête dans le partage
«C?est la seule fête vraiment nationale que nous ayons», relève froidement Ishaan, élève de Standard VI à l?école primaire de Grand-Baie. La cérémonie d?hier matin était en effet un événement majeur pour les enfants. Anthony, Jérémy et Lorianne, les camarades de classe d?Ishaan, acquiescent : «Toutes les communautés célèbrent ce jour. Ki li indyen, mizilman, kreol ou sinwa. Li vrement nasyonal», ajoute Anthony.
L?école, située à la rue La Salette, est la fierté de la localité. Depuis l?arrivée du maître d?école, Abdool Motalib Chamroo, en 2003, elle a connu une vraie révolution. D?un taux de réussite de 32 % il y a deux ans, qui la condamnait à devenir une école ZEP (Zones d?éducation prioritaires), elle a est passée au-delà des 65 % l?année dernière. Et cela quoique sa capacité d?accueil soit dépassée.
Pour le lever de drapeau, la discipline est de rigueur. Le moment est important et revêt une portée symbolique. Et M. Chamroo, comme l?appellent les élèves et enseignants de l?école, veut que les enfants en comprennent la pleine mesure.
«Nous avons eu une semaine placée sous le signe de l?Indépendance pour leur expliquer ce que c?est et quelle en est l?importance», explique le maître d?école.
Massés en rangs dans la petite cour de l?école, les enfants chantent à pleins poumons l?hymne national. Ensuite viendra le message du Premier ministre, lu dans toutes les écoles. Et trois «hourras» pour la République de Maurice.
<B>Plaisir d?apprendre</B>
«L?indépendance, li tre importan. Avan nou ti dirize par angle, zordi nou fer li par noumem», explique Ali, 8 ans, élève de Std IV. Lors d?un bref discours, M. Chamroo fait sa profession de foi : «Le message que nous voulons passer c?est que tous les enfants peuvent réussir, mais il faudra faire l?effort. Vous y arriverez tant que vous le faites avec amour».
L?invité de marque pour cette célébration est Vijay Bundhoo, lecturer au Mauritius Institute of Education et ancien élève en primaire dans l?établissement. Il est présenté comme l?exemple à suivre. Aussi, dit-il aux enfants, «chacun d?entre vous a le potentiel, mais il faut essayer de le découvrir». Il mettra l?accent sur l?importance de la lecture et le plaisir d?apprendre.
Une des raisons du «miraculeux» bond en avant de l?école s?explique par les méthodes qu?elle emploie. «En Standard VI, les enfants doués ont été placés à côté de ceux qui apprennent un peu moins vite pour diverses raisons. Nos enfants proviennent de milieux très divers. Le résultat est stupéfiant. Aussi, le personnel de l?école encourage le partage et l?entraide entre enfants. ça marche», explique Babita Meetaroo, présidente de la Parent-Teacher Association (PTA).
Tout ne donne cependant pas lieu à réjouissance à l?école du gouvernement de Grand-Baie. Une partie de la cour de récré est systèmatiquement transformée en piscine ouverte à chaque grande pluie !
<B>Recours aux sponsors</B>
D?autres aspects du bâtiment laissent à désirer et l?école manque de place. Le petit établissement compte presque 1 200 écoliers. Enfants de Pointe-aux-Canonniers, de Grand-Baie, de Pereybère et même de Cap-Malheureux s?y retrouvent.
La PTA fait son possible en ayant recours à des sponsors. C?est ainsi que l?achat de plusieurs nouveaux ordinateurs a pu être financé.
«A plusieurs reprises nous avons fait appel au ministère de l?Education, mais les actions ne suivent pas de leur côté. Depuis un an et demi, nous demandons un enseignant supplémentaire parce qu?en Standard I, il y a des classes de 44 élèves et c?est trop», trouve Babita Meetaroo, la présidente de la PTA. Pour cette année scolaire, parents et enseignants se sont fixé comme objectif de dépasser la barre des 70 % de réussite. Mission très possible.
MESSAGE DU PREMIER MINISTRE
<B> «Nous devrions tous être fiers de notre pays» </B>
Dans son message aux élèves, lu dans les établissements scolaires hier, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a mis l?accent sur les défis qui se posent à Maurice et sa confiance dans un avenir brillant. «Nous devrions tous être fiers de notre pays et de notre drapeau. Nos accomplissements sont considérables, mais nous devons garder en esprit que même si notre pays à des potentiels formidables, cela requiert de l?assiduité, du travail dur et de la persévérance de nous tous pour réaliser entièrement ce dont nous sommes capables.» La prospérité du pays sera liée à la qualité de son capital humain, estime le Premier ministre. «Mon gouvernement prend toutes les mesures nécessaires pour vous équiper afin que vous puissiez modeler votre propre destin.» Il soutient que l?outil informatique est capital pour le développement. Aussi, donner la chance aux étudiants de le maîtriser «est une grande priorité pour mon gouvernement».Sur le patriotisme, Navin Ramgoolam indique que «cela représente également un profond sens de service envers la nation, la solidarité avec nos concitoyens et le respect mutuel pour tout un chacun».Il précise que «votre succès et votre bonheur me sont très chers» et que «c?est ma conviction que vous, la jeunesse de ce pays, méritez la meilleure éducation de niveau mondial et une meilleure qualité de vie»
AU QUEEN ELIZABETH COLLEGE
<B>Sous le charme de Veena</B>
Le Queen Elizabeth College s?était paré de beaux atours hier pour la traditionnelle cérémonie de lever de drapeau. Mais pour le 38e anniversaire de l?Indépendance et les 14 ans de la République, l?invité d?honneur, qui allait lire le message du Premier ministre aux élèves, n?était autre que Veena Ramgoolam, son épouse. Sa simplicité a fait forte impression.
Comme un flash qui a ébloui une assistance : c?est un peu l?impression qu?a laissée dans son sillage Veena Ramgoolam. Ceux qui l?ont approchée n?ont pu qu?être sous le charme.
Il faut dire que, pour l?occasion, le QEC avait tout fait pour avoir un air de fête. Toutes les poutres du couloir couvert étaient rehaussées par des tissus quadricolores et des grappes de ballons, ?uvre des élèves de Kovila Veeraragoo, rectrice de l?établissement. Pour recevoir la visiteuse de marque, la rectrice a choisi de porter un de ses saris de mariage d?un beau vert, au pulloo relevé par des rayures fuchsia.
Le comité d?accueil de Veena Ramgoolam comprenait aussi Fatimah Dhomun et Ambilall Busawon, respectivement vice-présidente et président de la Parent-Teacher Association, de même que de Maya Soonarane, administratrice pour la région au ministère de l?éducation.
Veena Ramgoolam, d?une ponctualité remarquable, est arrivée dans une grosse cylindrée, entourée de gardes du corps. Elle était resplendissante dans un sari bleu ciel, relevé par un collier de perles et un sac à main à paillettes. Exécutant le namaste, elle s?est dite «très honorée» d?être là. A un moment, elle s?est excusée pour son français. La conversation a aussitôt repris mais cette fois dans la langue de Shakespeare.
<B>Grande aisance</B>
Veena Ramgoolam a confié que c?était sa première visite au QEC, ajoutant cependant que sa belle-s?ur, Sunita Joypaul, lui en avait parlé car elle y était scolarisée. Tout sourire, elle n?a pas arrêté de dire à quel point elle était touchée de pouvoir lire le message du Premier ministre.
La partie officielle, dans le hall, a été réglée comme du papier à musique. Kovila Veeraragoo a rappelé que Veena Ramgoolam est non seulement formée en sciences sociales, donnant de son temps aux bonnes ?uvres mais qu?elle a aussi des centres d?intérêt aussi divers que la cuisine, l?histoire, l?art, la décoration, l?environnement. «Notre objectif au QEC, c?est justement de former et d?équiper nos élèves de façon à ce qu?elles reçoivent une éducation globale».
Chaudement applaudie, Veena Ramgoolam a donné lecture du message du Premier ministre avec une grande aisance. En sus d?un bouquet présenté par Mandy Lai Chuck Choo, Head Girl, l?épouse du Premier ministre s?est vu offrir une pyrogravure, réalisée par Vandana, une élève, et qui illustre l?envol d?une cateau verte vers une étoile, ou la quête vers l?excellence.
Ensuite, Veena Ramgoolam a échangé des propos avec les enseignants mais aussi avec 11 lauréates de la cuvée 2006. Avec ces dernières, il a surtout été question d?études et d?alimentation, notamment de poids à surveiller ! Avant de s?engouffrer dans sa voiture officielle, l?épouse du Premier ministre n?a pas manqué de signer le livre des visiteurs et d?y noter ces mots : «Thank you for having me. I?ve had a lovely morning. Thank you again».
<B>Hymne à une destinée commune</B>
La nation mauricienne a 38 ans. Et la République 14. C?est peu dans l?histoire d?un pays et c?est tout à l?honneur de ce pays qui a su maintenir un édifice social relativement solide.
Une nation, c?est une grande aventure identitaire, institutionnelle et politique. L?Île Maurice a entrepris cette aventure voilà 38 ans. Pour les plus exigeants, elle aurait pu faire des avancées plus probantes. Pour les plus réalistes, la modernisation du pays et la paix sociale actuelle sont déjà un témoignage de réussite. Il est un fait que la texture de la nation mauricienne reste attirante pour de nombreux observateurs, étrangers aussi bien que mauriciens.
Ce pays aurait ainsi une âme qui séduit par sa coexistence pacifique, par son «unité dans la diversité», par sa «réussite économique» mais surtout par le lien que chaque citoyen noue avec sa terre natale. C?est l?existence de cette âme qui détermine la fierté d?une nation. Ainsi pour Cassam Uteem, ancien président de la République, «la nation ne se définit pas en termes de tribus, de familles, de races, de langues ou de géographie. La nation, pourrait-on dire, c?est une âme.»
Le cas mauricien est révélateur en ce sens. C?est l?histoire d?un pays qui a obtenu son indépendance dans le dialogue. Un pays qui, après avoir surmonté une première bagarre raciale, s?est tenu éloigné des conflits ethniques. Un pays qui, dans les années 70, entreprend grâce à une riche activité intellectuelle son processus de maturation en tant que peuple qui apprend à réfléchir sur lui-même. Un pays qui ensuite prendra la voie d?une modernisation rapide, devenant même un cas d?école pour les pays de la région du Sud. Et aujourd?hui un pays qui livre la bataille de la survie dans un monde globalisé et impitoyable. À chaque épreuve, à chaque accident, le pays travaille inlassablement à sa destinée commune.
C?est ainsi que la commission pour l?unité nationale de la présidence veut désormais créer un sentiment de participation généralisée à la Fête nationale. Après une première manifestation régionale l?année dernière, elle a mis en place des programmes festifs à cette occasion dans différents villages de l?île. «Il importe que tout le monde exprime une certaine idée de la nation. Les célébrations décentralisées sont une manière d?engager tout le monde dans ce processus d?identification commune», expliquent des membres de la Commission. C?est un peu le souci de tout un chacun. Que la Fête nationale ne soit pas qu?un moment ponctuel, qu?une manifestation commémorative.
<B>Un fort désir de modernité</B>
Le fait d?être Mauricien se vit, en effet, tous les jours. C?est une manière d?être. C?est une manière de penser et d?agir. «C?est un principe spirituel constitué d?un passé, d?un présent et d?un avenir. Le passé, c?est le riche legs de souvenirs faits d?efforts et de sacrifices alors que le présent et l?avenir expriment la volonté de perpétuer une certaine vie commune», confirme Cassam Uteem.
Au-delà des lieux communs qui encensent la culture du coca-cola et du dholl puri, du soleil, de la mer et des plages?, il y a avant tout cette obsession de voir la nation réussir. «Quand un pays prospère, c?est à ce moment que tous les habitants en sont fiers. La fierté d?une nation, c?est sa réussite», explique, Surendra Bissoondoyal, ancien directeur du Mauritius Examinations Syndicate (MIE). Cette réussite est tout autant économique que culturelle et morale. à ce chapitre, l?Île Maurice a réussi un parcours qui, tout en n?étant pas exemplaire, repose sur une idée directrice, celle du succès. En témoigne, l?importance accordée à des concepts comme la productivité, l?excellence, la rigueur, le sacrifice, la tolérance?
Ce qui fait aussi la force d?une nation, c?est sa capacité à surmonter les épreuves, sa résilience et sa foi en l?avenir. Quant à ses aptitudes à relever les défis, la nation mauricienne en a déjà fait la preuve. De letan margoze, voici seulement quelques décennies, on ne garde qu?un vague souvenir. C?est dire le parcours réalisé en si peu de temps. Son désir de modernité, le peuple mauricien l?a prouvé à chaque instant de son histoire. «Ce qui fait une nation, c?est son histoire et l?effort fourni pour développer le pays», fait ressortir, à cet effet, Cassam Uteem.
C?est aussi vrai que cette réussite mauricienne s?est construite sur des paradoxes. Le principal étant celui de la pluralité ethnique. Unie dans une langue, manichéenne dans son rapport à la politique, relativement cloîtrée dans ses retranchements ethniques, la nation mauricienne ne peut se définir hors de ses complexités. «C?est un pays de peuplement possédant des liens serrés avec de nombreuses nations différentes.
Le Mauricien a à la fois du sang indien, européen, chinois? C?est une richesse et c?est quelque chose de particulier à Maurice», rappelle Surendra Bissoondoyal.
Laboratoire identitaire, le pays est aussi laboratoire linguistique et culturelle. «La fierté d?être Mauriciens procède du fait que nous venons de différentes parties du monde et que nous avons su créer une société globalement harmonieuse où nous nous sommes enrichis de l?autre. Un pays qui est aujourd?hui cité comme un pays phare de la région et qui est appelé à se développer davantage demain», estime Cassam Uteem.
Cependant, il faut se garder de tout angélisme, de toute candeur. Des problèmes, il en existe. Le plus important demeure la capacité à résoudre la question de l?exclusion. «Les gens sont fiers d?être Mauriciens lorsque tous leurs droits sont respectés», confirme Surendra Bissoondoyal. «Il y a définitivement une identité mauricienne mais lorsque prévalent des sentiments d?exclusion ou l?impression d?être rejetés, c?est là qu?on enregistre le repli identitaire et que surgissent des questions de langues ou d?ethnies», enchaîne Cassam Uteem. Il rappelle, en ce sens, le rôle des politiques qui ont la responsabilité de mettre en place des programmes d?inclusion, d?intégration, de justice et de méritocratie. «Nous allons être une nation plus forte si nous réussissons cela», insiste l?ancien président de la République.
<B>Devenir un citoyen du monde</B>
Les défis sont donc conséquents. Dans un contexte de mondialisation économique, la tendance est à l?internationalisme. Le concept nationaliste est ainsi engagé dans un double processus de liquéfaction et de renforcement. La revanche des nations s?accompagne également de la minimisation même du concept. Les peuples sont ainsi de plus en plus confondus dans un être planétaire né de la révolution technologique et du mouvement accentué des populations. C?est ce qui amène Surendra Bissoondoyal à penser que le Mauricien est en train de devenir un citoyen du monde. «Cela est compréhensible dans le sens où le Mauricien est, d?une part, originaire de tous les coins du monde, et d?autre part, il est à l?aise partout», analyse l?ancien directeur du MIE.
Au-delà des préconçus que peuvent receler les exercices de théorisations et des préjugés qui font partie des jugements de valeur, il y a une nation mauricienne qui, non seulement vibre lorsque brillent ses athlètes sur la scène internationale, mais qui surtout a prouvé à travers le temps sa faculté à vivre une destinée commune malgré les clivages politiques, ethniques et sociaux. Lorsqu?on sait que l?identité est plurielle et qu?il n?y a pas d?unicité identitaire d?un individu à un autre et même pas au sein d?un seul individu, on prend la mesure du défi que le citoyen mauricien vit chaque jour dans chacune de ses interactions et dans chacun de ses efforts pour construire sa nation.
C?est aujourd?hui ce qui, entre autres, constitue ce désir de vouloir continuer à vivre ensemble et de faire pleinement l?expérience d?une citoyenneté pleine au sein d?une nouvelle République.
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