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Manière de voir
Les joueurs africains et de la diaspora dominent la coupe du monde
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Manière de voir
Les joueurs africains et de la diaspora dominent la coupe du monde
Les clameurs se sont tues. Presque toute la planète était mobilisée pour la Coupe du monde de football. Un fait marquant n’est pas passé inaperçu. Cette coupe est venue confirmer la prédominance des joueurs professionnels africains et de la diaspora. L’Afrique est devenue le vivier des talents pour le football mondial. Soixante-deux joueurs africains avaient été retenus pour cette coupe.
En Europe, 21 des 26 joueurs sélectionnés par la France sont africains ou d’origine africaine directe ; 15 sur 26 dans l’équipe anglaise ; 15 dans l’américaine ; 14 pour les Pays-Bas... Ce qui n’a pas empêché une ministre du Paraguay de comparer Mbappé à un singe et un commentateur de clamer qu’un joueur africain ne pouvait pas tenir les 90 minutes d’un match. Les Noirs brillent dans certaines disciplines sportives comme l’athlétisme, le basket-ball, la boxe, grâce à la diaspora africaine.
⚫ Gamins des rues
Pour essayer de comprendre ce phénomène, il faut remonter dans l’histoire de la colonisation. Ce sont les colons français, anglais et autres qui ont importé le football. Tout démarre avec des gamins qui pratiqueront le football pieds nus sur des petites portions de terre. Il n’existait aucune infrastructure et même pas des chaussures de football. C’est ainsi que naît sur le continent noir le football de rue pour de pauvres gamins qui, à la longue, vont affûter certaines qualités : la technique, la vitesse, l’explosivité, l’endurance... le foot de la rue devint roi.
Au moment de la décolonisation, ces jeunes pousses vont petit à petit faire du chemin et intégrer des équipes de 2ᵉ division en Europe. En 1956 naît la Confédération africaine de football. De nos jours, suite aux résultats obtenus par ces pionniers africains, des pays européens envoient des recruteurs scruter les tout jeunes dans les pays africains. Un filon. Ils repèrent des pépites, d’où la signature de contrats, pour qu’ils intègrent de grandes équipes pour se perfectionner jusqu’à passer professionnels. Tout ne se fit pas en un jour.
Aujourd’hui, les grands clubs européens se les arrachent à coups de millions. Les meilleurs dans certains clubs vont même être idolâtrés, mais les préjugés demeurent. On «animalise» leurs traits dans certaines tribunes. N’oublions pas que la plupart sont issus de pays africains souffrant de pauvreté, d’un gros déficit sur les plans sanitaire et éducatif. Les premières stars proviennent notamment du Nigeria, de l’Afrique du Sud, du Maroc, du Sénégal, d’Égypte, de Côte d’Ivoire. Ils vont supplanter les stars brésiliennes adulées à l’époque comme Pelé. Mais nous, Mauriciens, que savons-nous de cette Afrique ?
⚫ Un peu de géographie
Pour nous, un Africain, ça n’est qu’un Africain. Nous les confondons tous. Quelle différence y a-t-il entre un Sénégalais, un Sud-Africain et un Kenyan ? Aucune. Ils sont tous noirs, c’est tout. En revanche, nous faisons la distinction entre un Anglais, un Français, un Italien, un Polonais... C’est une des conséquences de la colonisation. Or, l’Afrique c’est tout un continent. Faisons abstraction du Maghreb (Algérie, Tunisie, Maroc) et de l’Afrique du Nord (Égypte, Libye...) pour nous intéresser à l’Afrique noire, les pays subsahariens.
Il existe quatre catégories que nous devons distinguer. L’Afrique de l’Ouest compte 16 pays, dont la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Sénégal, le Nigeria, le Bénin, le Mali, le Niger... ; l’Afrique centrale : 11 pays dont l’Angola, le Cameroun, les deux Congo, le Gabon... ; l’Afrique de l’Est, dont le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie, Djibouti, la Somalie... ; l’Afrique australe : dix pays, dont l’Afrique du Sud, la Namibie, le Botswana, le Zimbabwe... ceci n’est qu’un petit sommaire pour les situer.
Dans chacun de ces pays, dont les frontières ont été généralement tracées par les pays colonisateurs, vivent une multitude de tribus ou d’ethnies qui ne parlent pas la même langue. Alors, deux ou trois langues majoritaires prennent le dessus et, finalement pour éviter toute discorde, dans la capitale et ses environs, on adopte la langue du colonisateur qui reste inconnue dès qu’on aborde la brousse, les forêts tropicales ou le désert. Il est donc simpliste de les réduire tous au terme «africains».
En schématisant, cette Afrique n’est pour nous que le foyer de dictatures, de coups d'État, de guerres tribales, avec deux tiers de la population sous-alimentés et souvent non scolarisés. Cette image n’est que trop négative d’autant que de grandes entreprises mauriciennes (banques, assurances, tourisme...) investissent en Afrique, considérée comme le continent de l’avenir. Son sol renferme la majorité des minerais au monde, très recherchés dans les nouvelles technologies. La Chine, elle, l’a bien compris ! Imaginez demain une Coupe du monde de football des continents, soit l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, l’Afrique, l’Asie et les pays du Pacifique. Il ne faut pas être devin pour prédire que le continent noir jouera les premiers rôles. Rappelez-vous la phrase de Yannick Noah : «Quand je gagne je suis Français, quand je perds Camerounais.»
⚫ Les Afro-Mauriciens
Du terrain de football, passons aux réalités du terrain de notre pays. La communauté la plus défavorisée et au bas de l’échelle est incontestablement celle des Afro-Mauriciens que l’on reconnaît d’un simple coup d’œil. En outre, on les a intégrés dans la fameuse communauté fourre-tout, la population générale. Malgré le temps, la discrimination met... du temps à lentement disparaître. La jeune génération moins complexée est même fière de sa négritude à la manière des Afro-Américains. «Say it loud, I’m black and proud» (James Brown).
Nous entendons encore dans un langage courant des termes comme mazanbik, nwar tcholo, ti seve... On retrouve ces descendants d’esclaves dans les métiers les plus pénibles (pêcheurs, artisans, auparavant dockers...). Ceux qui arrivent à grimper quelques échelons sur l’échelle sociale font figure d’exception dans la bonne société. L’histoire a voulu qu'ils n'aient pas eu de leader charismatique dans le domaine politique à la Rozemont. Mais leur plus grave erreur aura été pendant des décennies de négliger la scolarisation obligatoire pour leurs enfants contrairement aux autres communautés. Ajoutez à cela qu’au moment de leur affranchissement, on les a parfois affublés de noms de famille péjoratifs, voire risibles. Des gens de couleur ? Alors les autres n’auraient pas de couleur ?
Alors mo nwar, la prochaine fois que tu acclameras les joueurs africains, pense à tout le parcours semé d’embûches qu’ils ont dû affronter. Beaucoup seront appelés, mais il y aura peu d’élus, les meilleurs. Mais, après tout, faut pas s’en faire, nous descendons tous d’une seule race qui a émergé d’abord en... Afrique.
Eta, so seve... inpermeab!
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