Publicité

“Les Choristes”

1 juillet 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Jacques Perrin est acteur de cinéma depuis 1961. S’il est vu dans de nombreux rôles intéressants, c’est cependant sa prestation dans Les Demoiselles de Rochefort (de J. Demy – 1967) aux côtés de Catherine Deneuve et Françoise Dorléac qui le fait remarquer aux yeux du public. Jacques Perrin est aussi producteur depuis 1968, afin, dit-il, “de monter les films que j’aimais et que les autres ne voulaient jamais faire”.

Au départ, il s’agissait de produire des courts-métrages documentaires. Mais, en cette même année, Jacques Perrin vole au secours de Costa-Gavras et produira Z, qui aura le retentissement que l’on sait. Cela tout en poursuivant sa carrière d’acteur car, dit-il aussi, il n’a jamais abandonné l’idée d’être comédien. “La profession d’acteur m’intéressait au plus haut point et m’intéresse encore.”

De fait, ses apparitions, au cinéma ou dans des téléfilms, passent rarement inaperçues. Mais la carrière de Jacques Perrin en tant que producteur mériterait un article de fond. Qu’il s’agisse de documentaires ou de courts et longs métrages, ses productions ont beau être des plus diverses, elles ont en commun la qualité. On lui doit La Victoire en Chantant, Les 40e Rugissants, Le Peuple Singe, ainsi que l’audacieux Microcosmos, Le Peuple de l’Herbe, entre autres. “J’aime à me passionner pour des choses auxquelles je crois, réunir des gens. En bref, faire naître quelque chose à partir d’une idée”, déclare-t-il dans un entretien. Juste récompense, Jacques Perrin reçoit en 1997 cinq Césars, dont celui du meilleur producteur.

Cela laisse supposer de grandes qualités d’humaniste que vient confirmer sa dernière production, Les Choristes, film réalisé par Christophe Barratier. Le sujet pourrait être d’actualité : une histoire de gamins, laissés-pour-compte qui retrouvent ou trouvent leur humanité à travers la musique. Mais dans ce film, l’émotion nous est communiquée autrement qu’à travers des moindres dénominateurs communs.

Deux vieux messieurs, le chef d’orchestre, Pierre Mohrange, et son ami Pépinot, en se revoyant après toute une vie, se souviennent de celui qui allait bouleverser leurs existences. Retour en arrière. Nous sommes en 1949. Ils sont une vingtaine de garçons dont personne ne veut qui habitent une maison de redressement appelée “Le Fond de l’Étang”. Toute une métaphore.

Et la maison est à l’image même de son nom : toute délabrée, avec des professeurs usés et désabusés qui se bornent à faire de la répression et, surtout, un directeur, M. Rachin (François Berléand), aussi abusif qu’incompétent et dont la devise est “action – réaction !”

Le pion musicien

En cette année 1949, donc, arrive Clément Mathieu (Gérard Jugnot), musicien et compositeur à qui le succès a posé un lapin. Juste avant, il a été professeur de musique. Cette fois, il vient prendre de l’emploi comme pion, c’est à dire comme assistant professeur et comme surveillant. Clément Mathieu aura une idée extraordinaire : fonder une chorale.

En 1944, soit plus ou moins à l’époque où est censée se dérouler notre histoire, le réalisateur Jean Dréville sortait La cage aux Rossignols, un film qui racontait la même histoire avec les mêmes personnages et qu’on peut considérer comme étant à l’origine des Choristes.

Christophe Barratier s’est attaché à recréer cette ambiance des films français des années 1940. Les personnages sont d’époque, les gamins ont des têtes sorties tout droit de ces années noires. Les costumes sont évidemment ceux de l’époque, mais il y a surtout l’éclairage (les couloirs et la salle de classe) et ces couleurs par moments presque délavées. On a même parfois l’impression que le son dans les scènes d’extérieurs est celui du cinéma d’antan. Les intonations des acteurs aussi, notamment dans les scènes avec les enfants, évoquent toute cette ambiance d’autrefois.

Mais Les Choristes est beaucoup plus une relecture qu’un remake du film de Jean Dréville. L’original, tout en suscitant une grande émotion dans le public, dénonçait un système basé sur la répression, alors que le film de Christophe Barratier va beaucoup plus loin. Comme dans l’original, Gérard Jugnot, reprenant le rôle que tenait Noël-Noël, a tout d’abord une série d’accrochages avec les gamins. Il y a notamment l’incident de la farce contre le concierge, l’homme à tout faire Maxence (Jean-Paul Bonnaire) en personnage d’époque et la punition du coupable et puis les confrontations avec Pierre Mohrange enfant (Jean-Baptiste Maunier).

Cette fois cependant, le personnage de Clément est plus fouillé. Alors que Noël-Noël se contentait d’incarner un redresseur de torts, Jugnot, lui, se retrouve une raison d’être en tant que musicien. Et on sent aussi chez lui l’éveil d’un instinct paternel au contact des pensionnaires – même qu’il est prêt à user de violence physique pour défendre le petit Pépinot (qui n’est pas un délinquant mais qui est là juste parce que ses parents sont morts) qu’il a inconsciemment déjà adopté.

Porté par la musique

Ce n’est pas tout : outre le fait d’être un beau film sur les rapports humains, Les Choristes est aussi un très beau film sur la musique et sur les rapports que nous devrions entretenir avec elle. On devrait même dire que le film est porté par la musique. Il y a dans la bande originale une chorale de Jean-Philippe Rameau (“Hymne à la Nature”, je crois) et aussi une composition signée Bruno Coulais (écrite uniquement pour les besoins du film ?). Les oeuvres de Jean-Philippe Rameau, grand compositeur du baroque, sont connues et appréciés pour leurs belles mélodies et leurs harmonies limpides (dommage pour ceux qui ont du mal à suivre).

Même si elle n’est pas comparable, la composition de Bruno Coulais a pour sa part le mérite de porter très haut l’émotion du film. Lyrique à souhait, elle éclaire et habille certaines scènes quand elle ne les fait pas tout simplement décoller. Christophe Barratier a tenu à ce que le rôle de Pierre Mohrange, enfant, soit tenu par un vrai chanteur. Il a bien fait car, en plus d’avoir la tête de l’emploi (jeune garçon intelligent, sensible et surtout farouchement individualiste), Jean-Baptiste Maunier a une voix magnifique qu’il maîtrise parfaitement. Il est on ne peut plus crédible, tout comme les autres jeunes comédiens, ce qui rend très émouvants ces instants où on voit ces personnages juvéniles découvrir que leur vie a un sens.

A un moment où tous parlent d’exclus et de laissés-pour-compte, Les Choristes aurait pu être un film sur des “petits jeunes des banlieues” se livrant à des combines minables et qui décident de former un groupe de rap. En d’autres mots, ce film s’adresse au plus grand nombre et ratisse large en montrant ce que le public aime voir. Au lieu de quoi, voilà un film qui traite de la découverte d’un sens à la vie à travers celle du travail artistique. Ce choix, qui n’est pas celui de la facilité, est très caractéristique des productions de Jacques Perrin et mérite le soutien des amateurs de bon cinéma, comme celui des amis de la musique.

Gilles Noyau

Publicité