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La colère populaire ou le moteur des ambitions politiques !

19 juillet 2026, 18:15

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Et c’est de bonne guerre ! Chaque camp joue son rôle selon son positionnement et sa perspective. Pendant que le gouvernement s’enfonce dans une crise de confiance malgré sa campagne d’explication et quelques concessions sur la réforme des pensions ; pendant que la Platform Komin Syndikal, forte du succès de sa manifestation du 11 juillet, continue d’agiter la menace d’une grève générale si le retour de la pension universelle à 60 ans n’est pas rétabli, les partis de l’opposition, parlementaires comme extraparlementaires, tentent de transformer l’impopularité grandissante de l’Alliance du Changement en capital politique.

C’est sur fond de cette colère populaire que Bhadain organise son meeting ce dimanche 19 juillet à Quatre-Bornes, posant ainsi, de manière prématurée, les premiers jalons d’une future campagne électorale. Le leader du Reform Party prend plusieurs longueurs d’avance dans ce qui ressemble déjà à un tout premier galop d’essai, le regard résolument tourné vers les urnes de 2029.

Sa stratégie semble déjà visible : miser sur le grand âge de Ramgoolam, qui pourrait peiner à mener une nouvelle campagne électorale dans trois ans, couper l’herbe sous le pied de Jugnauth, dont les dérives autoritaires entre 2014 et 2024 restent encore présentes dans les mémoires, et tenter de fédérer les mouvements de moindre envergure, considérés comme les petits partis, avec l’espoir, à terme, d’un éventuel rapprochement avec le FPM de Bérenger.

S’il faut reconnaître que Bhadain bénéficie ces jours-ci d’une dynamique favorable, c’est parce qu’il a été le premier à décrypter, dès le soir de la présentation du Budget, les conséquences déroutantes d’un means test controversé, alors que plusieurs élus de la majorité ne semblaient pas maîtriser les mécanismes de la réforme. Depuis, il revendique la paternité de la suppression de ce test basé sur les revenus, multiplie les interventions publiques, enchaîne les sorties médiatiques et les formules percutantes («si enn voler inn kokin kot ou ek li rann enn parti ou larzan, ou pou dir li mersi ?...»), jusqu’à se soumettre, avec son meeting, à un véritable test de popularité à travers une démonstration de force !

Certes, le leader du Reform Party est pleinement dans son rôle de chef d’un parti opposant quand il bouscule le gouvernement, en le confrontant à ses engagements pris durant la campagne électorale et en l’obligeant à rendre des comptes. Mais la seule dénonciation – exercice relativement facile lorsque l’on est dans l’opposition – ne suffit pas dans un contexte économique particulièrement contraignant, marqué par le poids de la dette publique, le vieillissement de la population, la baisse de la natalité et les fortes pressions qui pèsent sur les finances de l’État. Dans un tel environnement, comment financer le rétablissement de la pension universelle à 60 ans ? Quel modèle économique alternatif Bhadain, et tous ceux qui critiquent la réforme des pensions proposent-ils face à Ramgoolam qui évoque, lui, un système «pas soutenable» et impute cette situation à une gestion «irresponsable» de l’ancien gouvernement, dont nous subissons – selon lui – aujourd’hui les conséquences?

Car tant que les porte-parole de l’opposition ne proposeront pas d’alternative crédible, préférant les slogans démagogues aux solutions et les calculs politiques aux démonstrations chiffrées, nous risquons de revivre le même scénario : des engagements publics irréfléchis dans l’opposition, une condamnable escalade à l’approche des échéances électorales, et une fois au pouvoir, la découverte soudaine de l’état réel des finances publiques, avant d’expliquer qu’il faut finalement faire exactement l’inverse de ce qui avait été promis.

C’est précisément le scénario que vivent aujourd’hui les Mauriciens, et que le Junior Minister Parapen a reconnu, certes maladroitement, mais très franchement, en levant involontairement le voile sur une réalité politique que beaucoup préfèrent taire. En affirmant naïvement, sur le plateau de Radio Plus, que «la fin justifie les moyens» et que l’Alliance du Changement a pratiqué, ni plus ni moins, une surenchère politique afin de «tir enn mafia de ce pei», l’élu de Rezistans ek Alternativ laisse comprendre que les promesses électorales ne sont qu’un subterfuge permettant d’accéder au pouvoir.

C’est cette banalisation du populisme qui mine la confiance entre les citoyens et des politiciens qui ont un langage différent, dépendant de leur positionnement et leur perspective ! Si c’est de bonne guerre entre adversaires politiques, les Mauriciens, eux, finissent toujours par en payer le prix fort !

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