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Veemal Gungadin : «Nous voulons bâtir une IA de confiance, qui protège et crée de la valeur»

19 juillet 2026, 20:00

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Veemal Gungadin : «Nous voulons bâtir une IA de confiance, qui protège et crée de la valeur»

Veemal Gungadin, CEO de Mauritius Telecom (MT).

À l’occasion du «allmyt Summit» 2026, Veemal Gungadin affiche une ambition claire : faire de Maurice un hub régional de l’intelligence artificielle. Le CEO de MT revient sur les avancées depuis la première édition, les partenariats stratégiques, notamment avec Amazon Web Services (AWS), ainsi que les projets destinés à accélérer la transformation numérique, développer les compétences et renforcer la souveraineté numérique du pays.

L’an dernier, vous aviez lancé le «allmyt Summit» avec l’ambition d’en faire un rendez-vous annuel. Un an plus tard, qu’est-ce qui a le plus évolué ?

L’an dernier, nous avons lancé l’allmyt Summit avec une ambition claire : créer un espace de dialogue autour des transformations qui façonnent notre avenir numérique. Un an plus tard, cette ambition est devenue une réalité. Le rendez-vous a grandi. Le contenu s’est enrichi. Les conversations se sont approfondies. Mais la plus grande évolution est ailleurs : nous sommes passés de la réflexion à l’action. En 12 mois, nous avons transformé des idées en réalisations concrètes. De nouvelles plateformes. De nouveaux services. De nouveaux partenariats.

L’allmyt Summit n’est plus seulement un sommet sur la technologie. C’est une plateforme où les acteurs publics, privés et technologiques se rencontrent pour construire ensemble les solutions de demain. Parce que l’avenir numérique ne se construit pas seul. Il se construit par la collaboration, par la confiance et par la capacité à transformer l’innovation en impact concret. Le fil conducteur de cette édition 2026 tient d’ailleurs en un mot : la confiance. Parce que la confiance ne se déclare pas, elle se démontre.

Quel bilan tirez-vous de la première édition de 2025 ?

La première édition du allmyt Summit a été un moment fondateur. Elle nous a permis de prendre le pouls d’un écosystème en pleine transformation et de mesurer l’importance de créer un espace où les différentes expertises peuvent se rencontrer. Le premier enseignement est simple : les acteurs économiques, publics et technologiques veulent avancer ensemble. Ils cherchent des réponses concrètes. Des perspectives claires. Des partenaires capables de les accompagner.

Cette première édition a également permis de faire émerger de nouvelles conversations autour des enjeux qui allaient devenir incontournables : l’adoption responsable de l’intelligence artificielle, la confiance numérique, la souveraineté des données et l’évolution des modèles économiques. Elle nous a donné une base solide. Elle a confirmé la pertinence de cette plateforme. Et elle nous a encouragés à aller plus loin, avec une édition 2026 davantage orientée vers les solutions, les collaborations et les réalisations concrètes.

Y a-t-il eu des partenariats ou projets concrets qui sont nés du sommet 2025 ?

Oui, le allmyt Summit 2025 a fait émerger des collaborations concrètes, notamment avec les autorités publiques. Un partenariat a été établi avec le ministère de l’Éducation et des ressources humaines pour le lancement pilote de mytGPT Education dans les écoles.

Cette initiative vise à mettre l’intelligence artificielle (IA) au service de l’éducation : un coach IA personnalisé pour les élèves, accessible depuis un ordinateur portable, une tablette ou un téléphone ; et un assistant virtuel pour les enseignants afin de les accompagner dans la préparation de leurs cours. Après une phase pilote dans huit établissements à Maurice et un à Rodrigues, cette plateforme évolue aujourd’hui vers myt Learn, avec l’ambition d’un déploiement national.

L’an dernier, vous aviez présenté la «5G Advanced» en avant-première pour Maurice et l’Afrique. Où en est aujourd’hui son déploiement ?

Effectivement, nous avons été parmi les précurseurs en Afrique dans le domaine de la 5G-Advanced et le premier opérateur à Maurice à tester cette technologie. Ces premiers essais avaient un objectif clair : explorer les capacités de cette évolution technologique et préparer les infrastructures aux besoins futurs des entreprises, des services publics et de nouvelles applications liées notamment à l’IA.

Express.mu (620 x 330) (64) Sarat Lallah, président du conseil d’administration de MT, Jyoti Ball, «Lead» d’AWS Sub-Saharan Africa Business, Navin Ramgoolam, Premier ministre, Avinash Ramtohul, ministre des TIC, et Veemal Gungadin, CEO de MT, dans la photo souvenir de la signature du protocole d’accord avec AWS.

La 5G-Advanced représente une évolution importante dans le parcours des réseaux mobiles. Comme pour toute technologie émergente, son adoption à plus grande échelle dépendra de plusieurs facteurs, notamment de la maturité des usages et des besoins du marché. Notre priorité reste d’anticiper les évolutions, de tester les innovations pertinentes et d’assurer que notre infrastructure soit prête lorsque les conditions seront réunies.

L’un des temps forts de 2026 sera la signature d’un protocole d’accord avec AWS. Pourquoi est-ce un tournant pour Maurice ?

C’est un tournant parce que ce partenariat installe, au cœur de notre économie numérique, un principe simple : ce n’est pas une vente de technologie, c’est un partenariat pour aider Maurice à construire son propre avenir numérique. AWS apporte sa capacité technologique mondiale, MT son infrastructure de confiance et son ancrage national, et le gouvernement accompagne cette dynamique.

Le protocole d’accord signé au allmyt Summit s’articule autour de quatre piliers : rapprocher les capacités mondiales de cloud et d’IA de Maurice ; accompagner la transformation cloud du secteur public et des entreprises; préparer 50 000 Mauriciens à l’économie de l’IA ; et aider les idées mauriciennes à rayonner au-delà de nos frontières. C’est la première fois qu’un cadre aussi complet relie un hyperscaler mondial, un opérateur national et une ambition nationale de compétences.

Concrètement, que va changer ce partenariat pour les entreprises mauriciennes ?

Pour les entreprises mauriciennes, ce partenariat change d’abord l’accès : accès aux capacités mondiales de cloud et d’IA, avec un accompagnement local et un cadre de confiance. Concrètement, à mesure que le partenariat se déploie, les entreprises bénéficieront de programmes de formation et de certification, d’un accompagnement dans leur transformation cloud et, à terme, de capacités d’infrastructure rapprochées de Maurice, avec des garanties de résidence des données et de latence que cela permet. Nous restons volontairement prudents sur le calendrier : chaque étape fera l’objet d’annonces précises, au fur et à mesure.

Au-delà de la signature, quelles seront les premières réalisations concrètes de ce partenariat dans les prochains mois ?

Les premières réalisations concerneront les compétences. Les premières cohortes du programme de formation des 50 000 Mauriciens seront annoncées dans les prochaines semaines, en commençant par les enseignants et les élèves à travers myt Learn, puis les professionnels et les agents du secteur public. En parallèle, les équipes travailleront avec le ministère des Technologies de l’information, de la communication et de l’innovation sur la feuille de route du cloud gouvernemental ; et avec les premières entreprises sur des cas d’usage concrets. Notre discipline restera la même : nous n’annonçons pas ce que nous prévoyons, nous annonçons ce qui est déjà là.

Le Budget prévoit la formation de 50 000 Mauriciens à l’IA. Quel sera le rôle précis de MT dans ce projet ?

La formation de 50 000 Mauriciens à l’IA est une ambition importante pour notre pays. Elle répond à un enjeu essentiel : faire en sorte que l’IA soit comprise, maîtrisée et utilisée par le plus grand nombre. En tant qu’opérateur national de l’écosystème numérique mauricien, MT s’est engagée à porter le volet éducatif à travers myt Learn, qui accompagnera enseignants et élèves à l’échelle nationale, et à contribuer, aux côtés de ses partenaires, à la formation des professionnels et des agents du secteur public. Notre rôle sera de contribuer au développement des compétences, au partage de connaissances et à la sensibilisation autour de l’usage responsable de l’IA.

Pensez-vous que Maurice dispose aujourd’hui des compétences nécessaires pour devenir une économie portée par l’IA ?

Maurice dispose déjà d’un capital humain de qualité. Nous avons des talents. Nous avons des profils compétents dans les domaines du numérique et des technologies. Mais une économie portée par l’IA nécessite d’aller encore plus loin. Elle demande de nouvelles expertises, de nouvelles spécialisations et une montée en compétences à plus grande échelle. C’est tout l’enjeu des initiatives nationales annoncées sur la formation à l’IA. Il s’agit de donner à davantage de Mauriciens les moyens de comprendre, d’adopter et de créer avec ces nouvelles technologies. Le potentiel est là. L’ambition est là. La prochaine étape est de transformer ce potentiel en une véritable capacité nationale autour de l’IA.

Après le lancement de «mytGPT» en 2025, quelles nouvelles solutions d’IA préparez-vous ?

Depuis le lancement de mytGPT en 2025, première plateforme d’IA souveraine de niveau entreprise à Maurice, notre priorité a été de poursuivre son évolution tout en construisant l’écosystème technologique nécessaire pour accélérer l’adoption de l’IA dans le pays. En tant que leader des télécommunications à Maurice, notre rôle ne se limite pas à développer des applications : nous bâtissons également l’infrastructure qui permettra à l’IA de se déployer à grande échelle. Cela inclut notamment des capacités de calcul avancées avec des clusters GPU dédiés, des environnements sécurisés pour le traitement des données sensibles et une infrastructure capable de soutenir les futurs usages de l’IA au niveau local et régional. Cette construction a d’ailleurs franchi une nouvelle étape au allmyt Summit, avec mytGPT Enterprise, notre plateforme d’IA de niveau entreprise hébergée localement, et myt AI Cloud, qui ouvre l’accès à plusieurs modèles d’IA aux particuliers, aux start-ups et aux organisations.

Comment concilier innovation en IA, protection des données et souveraineté numérique ?

Le maître mot, c’est la confiance. Concilier innovation, protection des données et souveraineté numérique, c’est trouver le juste équilibre entre ouverture et maîtrise. L’innovation en IA nécessite l’accès aux technologies, modèles et expertises mondiales. Mais elle doit s’appuyer sur un cadre de confiance : une gouvernance claire, une protection rigoureuse des données et une meilleure maîtrise des usages.

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La souveraineté numérique ne signifie pas se couper du monde. Elle signifie avoir la capacité de faire des choix, de comprendre où se trouvent ses données, comment elles sont utilisées et comment elles sont protégées. L’objectif est de construire une IA de confiance. Une IA qui innove. Une IA qui protège. Une IA qui crée de la valeur pour les utilisateurs.

Le lancement du registre national des projets d’IA est une première. Pourquoi était-il important de créer cette plateforme ?

Nous avons en effet mis en ligne, le 9 juillet, le Mauritius AI Registry, un registre de confiance permettant de découvrir les modèles, agents, compétences et autres ressources d’IA pertinentes pour Maurice. Cette initiative répond à un enjeu essentiel : rendre plus visibles et identifiables les ressources d’IA développées localement ou adaptées aux réalités mauriciennes. De nombreuses ressources existent déjà, qu’il s’agisse de modèles linguistiques, d’outils pour les services publics ou d’applications métiers, mais elles restent souvent dispersées et difficiles à identifier.

Le Registre vient donc structurer cet écosystème en référençant, décrivant et localisant ces ressources, sans les héberger, ni intervenir dans leur exploitation. Le principe est simple : le Registre référence, le fournisseur opère. Au-delà de la visibilité, cette plateforme apporte un cadre de confiance grâce à une meilleure transparence sur les porteurs de projets, l’ancrage local des solutions et leur éventuelle reconnaissance institutionnelle. Elle constitue ainsi un levier pour accélérer l’adoption de l’IA et mettre en valeur l’innovation mauricienne.

Vous souhaitez positionner Maurice comme un pont numérique entre l’Afrique et l’Asie. Quels sont aujourd’hui les principaux atouts du pays ?

Nous avons dévoilé l’année dernière notre ambition de positionner Maurice comme un véritable pont numérique entre l’Afrique et l’Asie. Cette vision repose sur des atouts profonds qui font du pays un point de convergence naturel entre ces deux grandes régions. Maurice bénéficie d’une stabilité politique et économique reconnue, d’une connectivité internationale stratégique, d’infrastructures numériques performantes, ainsi que d’un écosystème financier et institutionnel qui renforce sa crédibilité auprès des investisseurs et des partenaires internationaux.

Mais notre ambition ne se limite pas à la connectivité. Il s’agit de créer des passerelles durables entre les marchés, les talents, les investisseurs, les entreprises technologiques et les opportunités émergentes. Par sa position géographique unique et son environnement de confiance, Maurice se positionne comme la plateforme de référence facilitant les échanges numériques, économiques et technologiques entre l’Afrique et l’Asie. C’est dans cette perspective que nous souhaitons contribuer à faire de Maurice bien plus qu’un point de connexion: un véritable hub d’innovation et de collaboration entre deux continents en pleine transformation.

Vous allez également signer un accord avec une banque locale. Qu’est-ce que cela changera pour les consommateurs ?

Avec la State Bank of Mauritius, nous partageons une ambition commune pour Maurice : faciliter le quotidien numérique et financier des Mauriciens, aider les entreprises à se développer et à créer des fondations de confiance pour l’innovation. Pour les consommateurs, la direction est simple : que les services financiers et numériques du quotidien deviennent plus simples, plus accessibles et mieux connectés entre eux. Nous explorons comment les forces d’une banque et d’un opérateur peuvent se combiner à cet effet et nous préférons rester prudents sur les produits : chaque service sera annoncé lorsqu’il sera prêt.

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Cette édition marque aussi les 20 ans de la marque «my.t».Que représente cette nouvelle image de marque ? Cette nouvelle identité ouvre un nouveau chapitre pour myt à l’occasion de ses 20 ans. Et c’est bien plus qu’un rafraîchissement : c’est un changement de rôle. Myt n’est plus seulement une marque de connectivité. Elle devient la marque d’une plateforme intelligente à travers laquelle les Mauriciens, les entreprises et les institutions accèdent aux services numériques, l’IA étant progressivement infusée dans l’ensemble de nos services. Le tout dans la continuité de ce qui a fait myt depuis 20 ans : la proximité et la confiance.

Depuis votre arrivée à la tête de MT, quelle est la transformation dont vous êtes le plus fier ?

Depuis mon arrivée à la tête de MT, la transformation dont je suis le plus fier est le changement de culture que nous avons engagé au sein de l’entreprise. Notre priorité a été d’instaurer davantage d’agilité, de collaboration et de discipline d’exécution afin de mieux répondre aux attentes de nos clients et aux évolutions rapides du secteur technologique. Nous avons entrepris une réorganisation en profondeur pour décloisonner les équipes, renforcer l’efficacité opérationnelle et aligner l’ensemble de l’entreprise autour d’une vision commune. Parallèlement, nous avons mis en place de nouveaux modes de pilotage avec des objectifs plus clairs et un meilleur suivi de nos priorités stratégiques. Cette première année a surtout permis de poser les fondations d’une entreprise plus moderne, plus réactive et mieux préparée à saisir les opportunités futures.

Si nous nous retrouvons dans un an, quel serait, selon vous, le plus grand succès qui montrerait que cette édition 2026 du «allmyt Summit» a véritablement changé quelque chose pour Maurice ?

Eh bien, si nous nous retrouvons dans un an, le plus grand succès serait de constater que le allmyt Summit 2026 a contribué à transformer les ambitions en collaborations concrètes. Ce que nous souhaitons voir émerger, ce sont des partenariats durables, des projets qui prennent vie, des talents qui se connectent et des solutions numériques ou d’IA capables de répondre aux enjeux réels pour les citoyens, les entreprises et les institutions.

La véritable réussite de l’événement se mesurera à sa capacité à faire avancer l’agenda numérique du pays, à accélérer l’innovation et à convertir les échanges initiés aujourd’hui en résultats tangibles pour Maurice. Au-delà de l’événement luimême, l’objectif est de créer un véritable mouvement : renforcer la confiance dans le potentiel numérique de Maurice et positionner le pays comme un acteur capable de connecter l’Afrique et l’Asie autour de l’innovation, des technologies et des opportunités futures. Et si une seule chose devait rester de cette édition, ce serait celle-ci : à Maurice, la confiance ne se déclare pas, elle se démontre.

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