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Biodiversité marine
Cachalots des Mascareignes : la fragile survie d’une petite population
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Biodiversité marine
Cachalots des Mascareignes : la fragile survie d’une petite population
Dix-sept années de photo-identification ont permis aux scientifiques d’obtenir une image inhabituellement détaillée des cachalots de la région des Mascareignes, tout en mettant en évidence la vulnérabilité d’un petit groupe social résident, régulièrement observé dans les eaux mauriciennes.
Les travaux menés entre 2008 et 2024 ont réuni les données à long terme du programme Mission Maubydick, mené par la Marine Megafauna Conservation Organisation Mauritius, ainsi que les recherches de GLOBICE Réunion et de MEGAPTERA. Cet effort conjoint a permis de produire la première évaluation de la population de cachalots à l’échelle des Mascareignes, ainsi que de la petite unité sociale résidente régulièrement rencontrée au large de Maurice.
Le catalogue commun recense 280 cachalots identifiés individuellement, sur la base de 4 747 identifications photographiques. Les chercheurs estiment qu’environ 144 cachalots fréquentent l’ensemble de la région des Mascareignes, tandis que seuls 26 environ appartiennent à l’unité sociale résidente présente au large de Maurice.
Les résultats, publiés dans la revue Marine Mammal Science, montrent que les cachalots n’utilisent pas la région de manière uniforme. Les chercheurs ont identifié différents modes d’occupation de l’habitat, incluant des individus qui parcourent largement la région, des résidents régionaux et des «spécialistes insulaires» montrant un attachement plus marqué aux îles des Mascareignes. Maurice apparaît particulièrement importante pour ces derniers groupes. La plupart des cachalots régulièrement observés dans les eaux mauriciennes appartiennent à la petite unité sociale résidente, ce qui suggère que les eaux entourant l’île jouent un rôle significatif dans le cycle de vie du groupe.
Mais ce suivi de longue durée soulève également des inquiétudes.
Les chercheurs rapportent une hausse de la mortalité ces dernières années, ainsi que des signes d’instabilité au sein du groupe résident, notamment un déclin du nombre de femelles adultes. Pour une population estimée à seulement 26 individus environ, de tels changements pourraient avoir des conséquences importantes sur sa viabilité à long terme.
Des déplacements documentés
Ces résultats confirment des travaux antérieurs indiquant que les eaux de l’ouest et du sud-ouest de Maurice constituent des zones importantes d’alimentation et de reproduction pour les cachalots. Des études de suivi satellitaire ont par ailleurs documenté des déplacements entre Maurice, La Réunion et Rodrigues, illustrant l’étendue régionale utilisée par ces animaux.
Les cachalots sont classés comme vulnérables sur la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature. Leur capacité à plonger à de grandes profondeurs et à passer de longues périodes sous l’eau les rend difficiles à observer et à étudier. Le suivi photographique de longue durée constitue donc, pour les scientifiques, une méthode précieuse pour suivre les individus, documenter les groupes sociaux et détecter les évolutions de la structure de la population au fil du temps.
Cet ensemble de données de 17 ans revêt une importance particulière, car il permet de dépasser les simples observations isolées de cachalots à Maurice. En combinant des observations recueillies sur près de deux décennies et dans différentes parties des Mascareignes, les chercheurs ont pu distinguer une petite population résidente du nombre bien plus élevé de cachalots qui transitent par la région au sens large.
Pour Maurice, ces résultats portent un message clair en matière de conservation. Selon les chercheurs, la protection des habitats clés, la réduction des perturbations humaines, une meilleure gestion des activités d’observation des baleines et la poursuite d’un suivi à long terme sont essentielles.
L’étude remet également en question l’idée selon laquelle les eaux mauriciennes ne seraient qu’une simple zone de transit pour les cachalots. Les données suggèrent au contraire qu’elles constituent une part importante de l’habitat de ces animaux, en particulier pour une petite unité sociale résidente dont l’avenir pourrait dépendre fortement de la santé et de la protection des eaux entourant l’île.
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