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Santé publique à Maurice
Le ministère recrute avec un diplôme que son propre système ne reconnaît pas !
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Santé publique à Maurice
Le ministère recrute avec un diplôme que son propre système ne reconnaît pas !
À Maurice, la santé publique semble avoir découvert une nouvelle spécialité : la médecine administrative à géométrie variable. Le dernier exercice de recrutement de Community Physicians illustre le manque apparent de coordination entre le ministère de la Santé et du bien-être, la Public Service Commission (PSC), le Medical Council et l’Université de Maurice (UoM).
L’avis de vacance No. 60 of 2026 pour le poste de Community Physician est pourtant clair : le candidat doit être enregistré comme médecin généraliste et posséder un Master in Public Health (MPH), ou une qualification équivalente, obtenu après au moins une année académique de formation. Jusque-là, rien d’extraordinaire. Sauf qu’à Maurice, ce parcours a priori simple prend une tournure kafkaïenne.
Un MPH… reconnu par l’UoM, mais pas par le Medical Council
L’UoM dispense précisément un MPH d’une durée d’un an à plein temps. Des médecins mauriciens s’y sont inscrits, ont consacré du temps à leur formation et payé des frais universitaires importants. Plusieurs cohortes ont déjà terminé le programme.
Mais lorsqu’ils ont demandé au Medical Council de reconnaître ce MPH comme Additional Qualification, surprise : le Medical Council a refusé cette reconnaissance à certains candidats. Parmi les motifs invoqués : le recours partiel au Technology Enabled Learning et le fait que l’accès au programme ne soit pas réservé exclusivement aux médecins, mais également ouvert à d’autres professionnels de la santé.
Résultat : l’État recherche des médecins titulaires d’un MPH pour devenir Community Physicians, tandis que des médecins ayant obtenu ce même MPH de l’université nationale se voient refuser son inscription comme qualification additionnelle par le Medical Council. Il fallait y penser.
Qui parle à qui ?
La question dépasse le cas de quelques candidats : qui coordonne la formation des professionnels de santé à Maurice ? Le ministère connaît ses besoins en Community Physicians, l’université forme les professionnels censés y répondre, le Medical Council détermine les qualifications additionnelles inscriptibles au registre, et la PSC recrute sur cette base. Comment ces institutions fonctionnent-elles avec des critères qui, en pratique, aboutissent à une telle contradiction ? Avant de proposer ce MPH, quelqu’un n’aurait-il pas dû vérifier sa conformité aux exigences du Medical Council ? Ce n’est plus une simple question administrative. C’est une question de gouvernance.
La santé publique serait-elle devenue trop publique pour le Medical Council ?
Le fait que le MPH soit ouvert à des professionnels autres que des médecins figure parmi les motifs de non-reconnaissance. Pourtant, la santé publique est, par définition, multidisciplinaire – épidémiologistes, médecins, statisticiens et responsables des politiques sanitaires y travaillent ensemble partout dans le monde. Qu’un MPH accueille plusieurs catégories de professionnels n’est donc pas, en soi, une aberration académique.
Cela ne signifie pas que le Medical Council doive l’inscrire comme qualification additionnelle : la décision relève de son cadre juridique. Mais si ses critères diffèrent de ceux du MPH et de l’UoM, pourquoi cette incompatibilité n’a-t-elle pas été identifiée avant la formation de plusieurs cohortes ? C’est là le véritable problème.
Et la Faculté de médecine et des sciences de la santé dans tout cela ?
Cette affaire pose aussi une question sur la gouvernance académique de la formation médicale. La Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’UoM joue un rôle stratégique dans la formation des professionnels destinés au système national de santé, et la question de son leadership mérite d’être posée. Lorsqu’une faculté forme des médecins, son pilotage devrait comprendre en profondeur non seulement les exigences universitaires, mais aussi les réalités de la profession médicale, de la formation clinique, de l’accréditation et des régulateurs.
C’est pourquoi, dans de nombreuses facultés de médecine à travers le monde, le leadership académique repose sur des médecins ayant une importante expérience clinique. À Maurice, le fait que le doyen de la Faculté de médecine et des sciences de la santé ne soit pas médecin ne peut manquer d’alimenter le débat – l’épisode démontre avec éclat pourquoi cette question ne peut plus être considérée comme secondaire.
Le médecin, lui, paie et attend
Au milieu de ce ping-pong institutionnel, il y a surtout de jeunes médecins, qui ont suivi une formation publique, payé des frais considérables et réussi leurs examens. Certains souhaitent répondre à un appel à candidatures pour devenir Community Physicians – et découvrent que les composantes du système public n’ont pas harmonisé leurs critères. L’université forme ; le Medical Council ne reconnaît pas la qualification ; la PSC l’exige ; et le ministère en a besoin. Le seul acteur qui semble avoir rempli ses obligations est… le candidat.
Le ministère doit remettre de l’ordre dans la maison
Cette affaire nécessite une clarification rapide au plus haut niveau. Le ministère de la Santé et du bien-être devrait réunir les parties concernées — Medical Council, UoM, autorités compétentes en reconnaissance académique et PSC — afin de déterminer la valeur du MPH pour le recrutement au poste de Community Physician et, séparément, les conditions de sa reconnaissance comme Additional Qualification.
Il faut éviter de confondre deux questions juridiquement distinctes : l’éligibilité à un poste dans la fonction publique et l’inscription d’une qualification additionnelle auprès du Medical Council. Si les règles conduisent à ce qu’un même diplôme soit acceptable dans un contexte et rejeté dans l’autre, l’État doit l’expliquer clairement – et corriger l’incompatibilité pour les prochaines cohortes. Un pays ne peut demander à son université de former les professionnels dont son système de santé a besoin sans organiser en amont la coordination entre formation, réglementation et recrutement.
La situation pourrait presque prêter à sourire si elle ne concernait pas la carrière de jeunes médecins et la capacité du pays à disposer des compétences nécessaires en santé publique. Nous avons donc réussi un exploit administratif : former des médecins en santé publique, rechercher des médecins formés en santé publique et, simultanément, créer un doute sur la reconnaissance professionnelle de cette formation nationale.
Ce n’est pas un problème de diplôme. C’est un problème de gouvernance. Et cette fois-ci, le ministère de la Santé et du bien-être ne peut pas simplement prescrire un traitement symptomatique : il lui faut enfin poser le diagnostic.
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