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Pour un 25ᵉ anniversaire

Namaste : L’histoire d’un bluff devenu institution

19 juillet 2026, 22:00

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Namaste : L’histoire d’un bluff devenu institution

Il y a 25 ans, Atma Bumma ne connaissait rien à la cuisine indienne. Il ne savait même pas ce qu’était un «tandoor». Une promenade dominicale au Caudan Waterfront, une conversation entre amis et un immense pari allaient pourtant donner naissance à l’une des plus belles réussites de la restauration mauricienne. Aujourd’hui, «Namaste» célèbre son jubilé d’argent. Plus qu’un restaurant, c’est un morceau de l’histoire de Port-Louis.

«Je n’avais ni projet, ni argent, ni expérience…» Atma Bumma sourit encore lorsqu’il raconte cette anecdote. 25 ans ont passé, mais il revoit toujours cette promenade dominicale d’octobre 2000 comme si c’était hier. À cette époque, il est directeur des programmes de la télévision nationale. Son univers est celui des studios, des plateaux de télévision et des productions audiovisuelles. Rien ne le prédestine à la restauration.

Pourtant, ce matin-là, après un café à Ty Breiz, son regard s’arrête sur un bâtiment fermé : l’observatoire du Caudan Waterfront. Il croise Rivaltz Mayer. Une question surgit presque naturellement. «Pourquoi ce bâtiment est-il fermé ?» Depuis quelque temps déjà, une idée lui traverse l’esprit : un restaurant indien trouverait parfaitement sa place dans cet édifice chargé d’histoire. Rivaltz Mayer le regarde. «Tu es sérieux ?» Il répond oui.

Express.mu (620 x 330) (22) Les employés ont été récompensés pour leur fidélité et leur engagement au service de l’entreprise.

Aujourd’hui encore, il éclate de rire. «En réalité, je bluffais complètement. Je n’avais ni business plan, ni argent, ni expérience. Je ne savais même pas ce qu’était un tandoor.» Deux jours plus tard, tout bascule. Invité au Caudan, il rencontre Philippe D’Arifat. Les lieux lui sont présentés. Puis vient cette phrase qui changera sa vie. «Les lieux sont à toi.»

Une histoire de rencontres

Pour Atma Bumma, Namaste n’est pas l’histoire d’un homme. C’est avant tout celle de rencontres. Il cite sans hésiter ceux qui ont rendu l’aventure possible : Rivaltz Mayer, Philippe D’Arifat, René Leclézio. Puis un autre nom revient avec émotion : Romesh Sharma, réalisateur indien avec lequel il collaborait à la télévision. C’est lui qui lui présente Irfan Mohd. «Sans Irfan, Namaste n’aurait probablement jamais existé.» Irfan structure entièrement le projet. Il recrute les premiers chefs. Choisit les équipements. Fait découvrir au futur restaurateur la cuisine moghole et les grandes tables indiennes. À ses côtés, Rais Ahmed, premier chef de Namaste, pose les bases culinaires qui feront la réputation de la maison.

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Autre hommage appuyé : Ismet Ghanty, disparu aujourd’hui, créateur du célèbre logo de Namaste. «Une idée toute simple. Remplacer le “A’’ par les mains jointes. 25 ans plus tard, ce logo reste immédiatement reconnaissable.» Une philosophie avant un restaurant. Pourquoi avoir choisi le nom Namaste ? La réponse dépasse largement le marketing. Dans la tradition indienne, Namaste signifie : «Je m’incline devant le divin qui est en vous.» À cela s’ajoute un autre principe fondamental : Atithi Devo Bhava, l’invité est semblable à Dieu. Cette philosophie est devenue la colonne vertébrale du restaurant. Ici, le client n’est jamais simplement un client. Il est un invité.

Entrepreneur avant tout

Atma Bumma refuse pourtant qu’on le qualifie de restaurateur. «Je suis entrepreneur.» La nuance est importante. Il explique qu’il est rarement présent dans les cuisines. Son rôle n’est pas de préparer les plats. Son rôle consiste à réunir les bonnes personnes. «Un entrepreneur ne peut pas tout faire. Il doit savoir reconnaître ses limites et s’entourer de personnes qui connaissent mieux que lui certains domaines.»

Express.mu (620 x 330) (23) Atma Bumma.

Une philosophie qui explique sans doute la stabilité exceptionnelle de l’équipe. Jenifer dirige la salle depuis plus de 23 ans. Shakil est son fidèle bras droit. Le chef Rintu assure la continuité des cuisines depuis plus de dix ans. Samir accompagne le groupe depuis plus de 20 ans. Et aujourd’hui, Joanna participe à structurer l’ensemble des activités du groupe avec méthode et rigueur. «Une entreprise ne tient jamais grâce à une seule personne. Elle tient grâce aux femmes et aux hommes qui la font vivre chaque jour.»

Le secret de la longévité

Comment expliquer qu’après 25 ans, Namaste demeure l’une des références de la cuisine indienne à Maurice ? Pour son fondateur, la réponse tient en un mot. La «constance». Les chefs changent. La cuisine, elle, reste fidèle à son identité. Chaque nouveau chef doit d’abord oublier certaines habitudes avant d’apprendre le «style Namaste». La maison refuse les sauces standardisées. Chaque plat possède sa propre personnalité. Et la philosophie culinaire se résume par une formule devenue presque un slogan. «Spicy, yes. Hot, no.» Autrement dit, privilégier les épices plutôt que le piment afin de préserver toute la richesse des saveurs.

Le dernier survivant du Waterfront

En 25 ans, le paysage de la restauration au Caudan Waterfront a profondément évolué. Des enseignes ont ouvert. D’autres ont fermé. Certaines ont changé plusieurs fois de propriétaires. Namaste, lui, est resté. Aujourd’hui, il est le seul restaurant de sa génération encore présent. Pour Atma Bumma, cette longévité n’est pas une victoire. C’est une responsabilité. «Nous avons traversé les crises économiques, la pandémie, les changements des habitudes de consommation. Nous avons simplement essayé de rester fidèles à nos valeurs.»

Express.mu (620 x 330) (25) Le 1er chef de «Namaste»: Rais Ahmed, il y a 25 ans.

Pourquoi un seul Namaste ? L’enseigne aurait pu devenir une chaîne. Des essais ont été menés à Floréal, Quatre-Bornes ou Flic-en-Flac. Sans lendemain. Pourquoi ? Parce que, répond son fondateur, certaines choses ne se reproduisent pas. «On peut reproduire un menu. On peut reproduire un décor. Mais on ne reproduit jamais une âme.» Selon lui, Namaste appartient au Caudan. À l’Observatoire. Au port. À la mer. À cette atmosphère particulière qui fait du Waterfront un lieu unique. «Il n’y a qu’une seule capitale. Un seul port. Un seul véritable Waterfront. Namaste est ici chez lui.»

Une destination plus qu’un restaurant

Au fil des années, Namaste a accueilli des présidents, des ministres, des diplomates, des artistes, des chanteurs, des chefs d’entreprise venus des quatre coins du monde. Mais le fondateur insiste sur un point. Tous sont reçus de la même manière. «L’illustre inconnu est accueilli comme l’illustre personnalité. Le respect ne dépend jamais du statut social.» Aujourd’hui, près de la moitié de la clientèle est composée de Mauriciens, l’autre moitié de visiteurs étrangers.

Pour beaucoup, venir à Namaste ne relève plus d’un choix de dernière minute. C’est une destination. «Les gens ne viennent plus au Caudan puis décident de manger chez nous. Ils viennent au Caudan parce qu’ils ont choisi Namaste.»

Le temps des souvenirs… et des projets

Express.mu (620 x 330) (21) Le président de la République, Dharam Gokhool, arrivant à «Namaste» pour la «Silver Jubilee Gala Nite» le 21 juin.

Le jubilé d’argent sera marqué par la présence du président de la République, de nombreuses personnalités politiques, économiques et culturelles, ainsi que de fidèles clients. Une reconnaissance qui touche profondément Atma Bumma. Mais lorsqu’on l’interroge sur l’avenir, il refuse de parler de grandeur. «Je ne rêve pas d’être le plus grand. Je veux simplement rester fidèle à ce qui nous a permis de durer  : la qualité, la constance et le respect du client.» Puis il conclut par une phrase qui résume sans doute toute l’histoire de Namaste. «On n’ouvre pas seulement un restaurant. On construit une mémoire.»

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