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À mi-chemin entre Pollock et art nègre
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À mi-chemin entre Pollock et art nègre
Ses zébrures abstraites font penser à Jackson Pollock. C?est dire qu?on aime ou qu?on n?aime pas les peintures de Stéphanie Winterberger-Ramsamy, artiste autodidacte réunionnaise que la galerie Max-Boullé accueille jusqu?au 22 juillet 2003. C?est dire aussi qu?elle nous plonge dans cet art abstrait qui se veut davantage quête de nouvelles conventions artistiques qu?appréciations et émotions artistiques
ressenties et revécues.
La démarche intellectuelle peut se comprendre. L?effet décoratif est plus incertain. Il commande toutefois le commercial, un aspect qui ne peut pas, malheureusement, laisser l?artiste indifférent. L?argent peut ne pas l?obséder, mais il lui en faut ? et même beaucoup ? pour renouveler le stock de matériaux de peinture, pour ne rien dire des difficultés qu?éprouvent ceux qui veulent vivre de leurs ?uvres.
Il faut donc souhaiter à Stéphanie Winterberger-Ramsamy qu?il y ait chez nous un bon nombre d?amateurs de peintures à la Pollock ou d?art nègre.
Ce dualisme pourrait d?ailleurs gêner ceux qui ? arbitrairement, il est vrai ? exigent un style unique d?un artiste à jamais ou pendant une période donnée. Il est toutefois préférable de dissocier les deux styles retenus par notre artiste et de les apprécier séparément. Les peintures zébrées de Stéphanie Winterberger-Ramsamy se présentent comme des toiles aux dimensions respectables.
Elles ont un faux air de fresques murales qui vont dans le sens des recherches de Jackson Pollock. Le fond se compose d?aplats de franches couleurs plutôt primaires : du noir, du bleu, du vert, du jaune, sans effet de marbrures ni de surimpression.
Puis viennent les intuitions successives de l?artiste, se superposant, se mélangeant parfois, se côtoyant ou s?éliminant. Elles forment, au gré de l?artiste, des cercles, des encadrements, des croix de Saint André, des zébrures et une quantité de minuscules taches colorées.
Le trait est parfois mince comme un cheveu et d?autres fois d?une bonne épaisseur, lui donnant du muscle, des formes imprévues mais expressives.
On les appelle « marrons »
Il arrive parfois à l?artiste de laisser l?empreinte de sa main ou de la plante de son pied sur l?une ou l?autre de ses toiles. Mains reconnaissables, plantes de pied déformées pour mettre davantage en relief l?Espérance ou la souffrance de Zistoire longtemps. Certaines toiles sont moins hermétiques que d?autres. Départ au coucher du soleil en est un bon exemple. Entre les zébrures à la Pollock et le symbolisme expressionniste de l?art nègre, quelques toiles assurent une certaine transition. Derrière les barreaux illustre bien cela. L?intention de l?artiste est plus explicite. Un ciel rougeâtre tombe en pluie sur une terre jaunâtre. D?épais barreaux noirs, rendus par des coups de pinceaux rageurs, clôturent l?ensemble. Ils sont toutefois atténués par d?épaisses zébrures jaunes et des pétales rectangulaires blancs, qui nous rappellent la possible présence d?un rayon de soleil, d?une quête de liberté et de dignité, même dans les plus désespérantes des geôles.
Mon voyage est sans doute l?une des ?uvres qui retiennent le plus facilement l?attention des visiteurs que nous espérons nombreux. Cette toile est en effet accessible au plus grand nombre en raison de la simplicité de ses formes colorées suggérant une nef majestueuse qui largue ses amarres après avoir hissé sa grande voile jaune.
Dans la vingtaine de toiles exposées à la galerie Max-Boullé par Stéphanie Winterberger-Ramsamy, l?art nègre est présent sous la forme de visages arrondis, négroïdes, aux lèvres bien marquées, aux yeux exorbités, exprimant des souffrances que nous devinons sans peine. Les membres, toujours écartelés, semblent retenus par de larges et sombres bandes colorées, pour mieux rappeler la vie et la liberté refusées aux peuples martyrs, aux populations soumises et exploitées.
Et pour que son message soit compris de tous, Stéphanie Winterberger-Ramsamy va même jusqu?à transformer l?une de ses toiles en une sorte de tableau noir, entouré de fils barbelés, anachronisme voulu pour nous rappeler que l?esclavage demeure, aujourd?hui encore, un crime contre l?humanité qu?on prétend intolérable, mais qui ne nous empêche guère de dormir sur nos deux oreilles : « Il y a dans ce monde des hommes, des femmes, des enfants, que l?on appelle marrons ! Enchaînés, maltraités, sans boire, ni manger, des journées entières. Femmes à la maison. Hommes aux champs. Enfants désespérés. La prière les aide à surmonter ce qu?ils subissent.
Ils imaginent des plans pour s?évader. Et ça fonctionne par la grâce de Dieu ! »
Les opinions divergent au sujet du mélange des expressions artistiques et des revendications sociopolitiques. Cela ne saurait pour autant entraver la liberté de l?artiste qui conserve toujours la possibilité de dire, comme il veut, ce qu?il désire exprimer. Le tout est qu?il y ait quelqu?un à l?autre bout du fil pour recevoir son message et s?intéresser à son contenu.
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