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Rodrigues

Questions à… Arnaud Meunier : «Professionnaliser le tourisme rodriguais tout en préservant son authenticité»

10 juin 2026, 17:00

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Questions à… Arnaud Meunier : «Professionnaliser le tourisme rodriguais tout en préservant son authenticité»

Arnaud Meunier, président de la Rod-Trail Association.

La Cendrillon des Mascareignes, Rodrigues a choisi une autre voie que celle des grandes destinations balnéaires. Le tourisme s’est construit autour de l’hébergement chez l’habitant et de la randonnée. Avec près de 300 km de sentiers, l’île a fait de la nature et du sport des marqueurs de son identité. Figure du trail rodriguais, Arnaud Meunier livre son regard sur l’avenir de ce modèle.

Vous parcourez Rodrigues depuis des années, à travers ses forêts, ses sentiers et ses villages. L’île est-elle aujourd’hui en train de changer plus vite que vous ne l’aviez imaginé ?

C’est sûr que Rodrigues change aujourd’hui plus rapidement que ce que beaucoup d’observateurs habitués de l’île avaient anticipé. L’amélioration des routes, des télécommunications et des services ouvre davantage l’île vers l’extérieur. L’accès à Internet et aux réseaux sociaux modifie aussi les aspirations des jeunes générations. Cependant, il serait exagéré de parler d’une rupture totale. Ce qui frappe encore de nombreux visiteurs réguliers, c’est que Rodrigues conserve un rythme de vie, des solidarités locales et une relation à la nature qui restent remarquablement présents malgré les changements.

L’agrandissement de l’aéroport ouvre de nouvelles perspectives. Mais avant de parler du nombre de visiteurs, Rodrigues a-t-elle selon vous clairement défini le type de tourisme qu’elle souhaite développer ?

L’agrandissement de l’aéroport est souvent présenté comme une opportunité économique majeure. Mais une infrastructure, à elle seule, ne définit pas un projet touristique. Depuis plusieurs années, le discours officiel met en avant un tourisme à taille humaine, fondé sur l’authenticité, la nature, la culture rodriguaise et une intégration plus forte des communautés locales. La question est de savoir jusqu’où peut-on accroître la fréquentation sans altérer ce qui attire précisément les visiteurs. Au fond, le défi n’est pas seulement de décider combien de touristes Rodrigues veut accueillir, mais de déterminer quelles expériences elle veut offrir, quelles limites elle est prête à fixer et quel héritage elle souhaite transmettre aux générations futures.

Le trail a contribué à révéler une autre image de Rodrigues, plus proche de la nature et des habitants. Ce tourisme sportif peut-il servir de modèle pour l’avenir de l’île ?

Oui, le trail a largement contribué à mettre en valeur une autre facette de Rodrigues, loin du tourisme balnéaire classique. Il attire des visiteurs à la recherche d’expériences immersives et respectueuses de l’environnement. Il favorise aussi les retombées économiques locales en impliquant les hébergements, les restaurateurs, les artisans et les habitants. Le trail peut servir de modèle de développement durable pour l’île, à condition qu’il reste encadré et adapté à la capacité d’accueil du territoire.

Vous travaillez depuis longtemps sur des écosystèmes fragiles. À partir de quel moment le développement touristique cesse-t-il d’être une opportunité pour devenir une menace pour un territoire comme Rodrigues ?

Le développement touristique cesse d’être une opportunité lorsqu’il dépasse la capacité du territoire à absorber ses impacts environnementaux, sociaux et économiques. L’enjeu n’est pas seulement le nombre de touristes, mais la manière dont le tourisme est planifié et géré. Pour Rodrigues, la priorité devrait être de privilégier un modèle à taille humaine, fondé sur la qualité de l’expérience plutôt que sur le volume de visiteurs.

Lors de la table ronde pour marquer les 25 ans de Foulsafat, vous avez plaidé pour un classement rapide des structures d’accueil. S’agit-il d’une simple exigence de qualité ou d’une condition essentielle pour préserver la crédibilité du modèle touristique rodriguais ?

Cette demande va bien au-delà d’une simple exigence de qualité. Pour une destination comme Rodrigues, le classement des structures d’accueil constitue une condition essentielle pour préserver la crédibilité et la pérennité de son modèle touristique. Aujourd’hui, de nombreux visiteurs, notamment les traileurs, recherchent une expérience authentique à travers l’hébergement chez l’habitant. C’est une véritable force pour Rodrigues, car elle permet une rencontre directe avec la population et génère des retombées économiques réparties sur l’ensemble du territoire. Toutefois, cette authenticité doit s’accompagner de garanties minimales en matière de confort, de sécurité, d’hygiène et de qualité de service.

Un système de classement reconnu permettrait non seulement d’orienter les visiteurs dans leur choix, mais aussi de valoriser les efforts des hébergeurs qui investissent dans l’amélioration de leurs prestations. Il contribuerait à renforcer la confiance des touristes et des tour-opérateurs, tout en protégeant l’image de la destination. À long terme, la réputation de Rodrigues reposera sur sa capacité à offrir une expérience authentique sans compromis sur la qualité. Le classement des hébergements apparaît donc comme un outil stratégique : il ne s’agit pas de standardiser l’offre, mais de professionnaliser le secteur tout en préservant l’identité et l’hospitalité qui font la singularité de l’île.

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